FIV : quels facteurs influencent vraiment les résultats ?

Révisé médicalement le 25 octobre 2026 - Dr. Senai Aksoy
Le Dr. Senai Aksoy en tenue de bloc à côté d'un incubateur EmbryoScope dans un laboratoire de FIV ; l'image de l'embryon à l'écran est floutée

À retenir

Les résultats d'une FIV dépendent de plusieurs facteurs liés : l'âge au moment où les ovocytes sont utilisés, la réponse ovarienne, la biologie des embryons et des spermatozoïdes, l'état de l'utérus et l'adéquation entre le diagnostic et le traitement. Le taux affiché par une clinique décrit un groupe de patientes, pas votre chance personnelle. Un examen ou un traitement complémentaire ne peut être jugé que si l'on sait chez qui il a été étudié, quel résultat a été mesuré et quel est le niveau de preuve.

Sources clés : ACOG/ASRM : déclin de la fertilité féminine lié à l'âge (avis 589) SART : comprendre les taux de réussite de l'AMP ESHRE : recommandations sur les traitements complémentaires

On cherche souvent un chiffre, ou une étape de plus, qui déciderait à lui seul de l’issue d’un cycle de FIV.

Il n’y a pas de secret unique. Plusieurs facteurs agissent ensemble, et aucun ne se lit isolément.

L’âge et la réserve ovarienne

L’âge au moment où les ovocytes sont utilisés est un facteur majeur des résultats d’une FIV. La fertilité diminue progressivement à partir d’environ 32 ans, puis plus vite après 37 ans (ACOG/ASRM, 2014). L’âge est aussi lié au nombre d’ovocytes susceptibles d’être recueillis et à la probabilité d’une anomalie chromosomique chez l’embryon : la proportion d’embryons chromosomiquement normaux diminue quand l’âge maternel augmente (Gao et al., 2023).

Les tests de réserve ovarienne aident surtout à estimer la réponse à la stimulation. Les deux plus courants sont le dosage sanguin de l’hormone anti-müllérienne (AMH) et le compte des follicules antraux, c’est-à-dire des petits follicules visibles à l’échographie. Ils ne mesurent pas la qualité ovocytaire et ne permettent pas, à eux seuls, de prédire une grossesse ou une naissance vivante. Une naissance vivante, c’est un enfant né vivant, pas seulement un test de grossesse positif. La Société américaine de médecine de la reproduction (ASRM) recommande de les interpréter en tenant compte de l’âge, du diagnostic, des traitements antérieurs et de la réponse observée lors des cycles précédents (ASRM, réserve ovarienne).

La biologie des embryons et des spermatozoïdes

La note d’un embryon décrit son aspect. Elle ne dit pas si ses chromosomes sont normaux. En moyenne, les meilleures notes s’accompagnent de taux plus élevés de chromosomes normaux, mais un embryon bien noté peut tout de même présenter une anomalie chromosomique (Gao et al., 2023 ; Baltaci et al., 2006).

La classification embryonnaire apporte au laboratoire des informations sur la morphologie, c’est-à-dire l’apparence de l’embryon : le stade de développement, la masse cellulaire interne (les cellules qui peuvent devenir le fœtus) et le trophectoderme (les cellules qui peuvent devenir le placenta) (ASRM, échelles de classification). Elle reste une évaluation visuelle, et un embryon d’aspect moins favorable peut tout de même s’implanter.

Le spermogramme évalue la concentration, la mobilité et la morphologie des spermatozoïdes. Ces résultats aident à mesurer la part d’un éventuel facteur masculin. L’intégrité de l’ADN spermatique peut être pertinente dans certaines situations, mais la recommandation AUA/ASRM déconseille l’analyse systématique de la fragmentation de l’ADN lors du bilan initial d’un couple (recommandation AUA/ASRM, partie I). Le sens d’un résultat dépend des antécédents du couple et de la question posée.

Adapter le traitement au dossier

La stratégie est ajustée au profil médical et à la réponse observée pendant le cycle. La discussion peut notamment porter sur les points suivants :

La même prudence s’applique aux traitements complémentaires (« add-ons »), ces examens et traitements proposés en plus de la FIV standard. Avant d’en envisager un, la Société européenne de reproduction humaine et d’embryologie (ESHRE) recommande d’informer les patients de ce que l’on sait de sa sécurité et de ses chances d’augmenter le taux de naissance vivante. Les preuves varient d’un traitement complémentaire à l’autre, et le fait qu’il soit commercialisé n’en fait pas une étape obligatoire (recommandations de l’ESHRE). Cela vaut aussi pour l’acupuncture et les plantes pendant la FIV : un éventuel confort n’équivaut pas à une hausse démontrée des naissances vivantes. Si vous préparez un nouveau cycle, les stratégies fondées sur les preuves détaillent l’ordre des décisions.

Comment lire les taux de réussite d’une clinique

La moyenne d’une clinique est un chiffre de groupe, pas un pronostic individuel.

Les statistiques publiées restent utiles pour comparer, à condition de leur poser les bonnes questions (SART, taux de réussite). Une moyenne globale dépend fortement des patientes prises en charge : leur âge, leur diagnostic et la complexité de leur dossier.

Il faut donc comparer les taux selon l’âge, le type de traitement et la manière dont le résultat est défini. Un taux par transfert d’embryon n’équivaut pas à un taux par cycle commencé. Aucun des deux n’équivaut au taux cumulé de naissance vivante, qui compte les naissances obtenues avec tous les transferts issus d’une même ponction. Notre méthode de présentation des taux de réussite en FIV précise le cadre retenu sur ce site.

L’approche du Dr. Aksoy

L’approche du Dr. Aksoy : Le facteur qui modifie le plus souvent ma stratégie est l’historique des traitements précédents. Il montre concrètement le maillon limitant : réponse ovarienne réelle, maturité ovocytaire, fécondation, développement embryonnaire ou implantation. Avant un premier cycle, l’âge féminin et la réserve ovarienne restent déterminants. Un échec ne justifie pas automatiquement l’ajout de tests ou de traitements. Il faut d’abord identifier un problème précis, puis vérifier que l’intervention proposée repose sur des preuves de bénéfice — idéalement sur le taux de naissance vivante — dans un profil comparable. Beaucoup de traitements complémentaires augmentent le coût et la complexité sans bénéfice démontré. La bonne question n’est pas « Que peut-on ajouter ? », mais « Quel obstacle avons-nous réellement identifié, et ce traitement peut-il raisonnablement le corriger ? »

Questions fréquentes posées au Dr. Aksoy

La FIV fonctionne-t-elle si la femme est infertile ?

Oui. C’est précisément son but : aider les couples qui ont du mal à concevoir naturellement. Ce qui compte, c’est la raison pour laquelle la grossesse ne survient pas.

Chez une femme dont les trompes sont bouchées, par exemple, la FIV peut être assez efficace, parce que nous fécondons l’ovocyte au laboratoire et que nous n’avons plus besoin des trompes. Nous pouvons aussi obtenir de bons résultats en cas de troubles de l’ovulation. La situation est différente si la réserve ovarienne est très diminuée ou si la femme est plus âgée. La FIV ne remonte pas le temps : elle ne restaure ni le nombre d’ovocytes ni leur qualité chromosomique. Il peut aussi être nécessaire d’évaluer certains problèmes utérins avant le transfert.

Je dis à mes patientes qu’un diagnostic d’infertilité, à lui seul, ne signifie pas que la FIV échouera. La vraie question est de savoir ce qui empêche la grossesse et dans quelle mesure la FIV peut contourner cet obstacle. C’est pourquoi j’évalue les chances à partir de l’âge de la femme, de sa réserve ovarienne, de l’état de l’utérus et des résultats spermatiques du partenaire, et non à partir du seul diagnostic d’infertilité.

Comment évitez-vous le SHO pendant une FIV ?

Le syndrome d’hyperstimulation ovarienne (SHO) est une situation que nous pouvons rencontrer en FIV, surtout chez les femmes dont les ovaires répondent trop fortement aux médicaments. Aujourd’hui, avec une stratégie adaptée, nous pouvons réduire ce risque de façon importante.

Pour moi, le point essentiel est d’identifier la patiente à risque avant de commencer. Je suis plus prudent chez les femmes qui ont un syndrome des ovaires polykystiques, une AMH élevée ou de nombreux follicules à l’échographie. Nous ne donnons pas la même dose à toutes les patientes. Nous fixons la dose de départ d’après la réserve ovarienne et la réponse attendue, puis nous suivons la croissance des follicules par échographie.

Chez les patientes à haut risque, nous préférons en général un protocole antagoniste. Déclencher l’ovulation avec un agoniste de la GnRH avant la ponction, plutôt qu’avec l’injection classique d’hCG, peut réduire nettement le risque de SHO. Si besoin, nous congelons tous les embryons et reportons le transfert à un cycle ultérieur. Cela réduit aussi le risque qu’une grossesse aggrave le SHO. Chez certaines patientes, nous pouvons en outre utiliser des médicaments protecteurs supplémentaires.

Bien sûr, il n’est pas possible de ramener le risque à zéro. Mon approche n’est pas de recueillir le plus d’ovocytes possible, mais d’obtenir suffisamment d’ovocytes matures tout en préservant la sécurité de la patiente.

Un embryon très bien noté garantit-il une grossesse ?

Non, malheureusement. Obtenir du laboratoire d’embryologie une très bonne note, par exemple 4AA ou 5AA, est bien sûr une bonne nouvelle. Mais j’insiste auprès de mes patientes : ces notes décrivent l’aspect de l’embryon au microscope. Elles ne montrent pas qu’il est chromosomiquement sain.

Un embryon 4AA peut par exemple porter une anomalie chromosomique, tandis qu’un embryon moins bien noté, comme un 3BB ou un 5BC, peut aboutir à une grossesse saine. L’aspect n’est pas pour autant sans importance. En général, les blastocystes de bonne qualité ont plus de chances de s’implanter et d’aboutir à une naissance vivante. Mais cela ne renseigne que sur une probabilité.

L’âge de la femme, le nombre de jours nécessaires au développement de l’embryon, sa constitution chromosomique et les facteurs utérins influencent aussi le résultat. Même un embryon dont le nombre de chromosomes est normal après un PGT-A (test génétique du nombre de chromosomes, réalisé sur quelques cellules prélevées sur l’embryon) ne garantit pas une grossesse.

C’est pourquoi il ne me semble pas juste d’annoncer un pourcentage de réussite précis à partir de la seule note. Pour moi, la note aide à décider quel embryon transférer en premier ; ce n’est pas une garantie de grossesse.

Conclusion

Un projet de FIV devient plus lisible lorsque l’on distingue ce qu’un examen peut mesurer de ce qu’il ne peut pas prédire, et lorsque les taux sont comparés avec les mêmes définitions.

Ce que l’on regardeCe que cela aide à estimerCe que cela ne dit pas
L’âge au moment où les ovocytes sont utilisésLe nombre probable d’ovocytes et le risque chromosomique chez l’embryonLe résultat d’un cycle
L’AMH et le compte des follicules antrauxLa réponse ovarienne et le nombre d’ovocytes qui pourraient être recueillisLa qualité ovocytaire, une grossesse ou une naissance vivante
La note embryonnaireL’aspect et le stadeSi les chromosomes sont normaux
Le taux affiché d’une cliniqueUn chiffre de groupeVotre chance personnelle, sauf si l’âge, le type de traitement et le résultat mesuré correspondent à votre situation

Les questions les plus utiles sont souvent concrètes : quel est le problème médical principal ? Quel constat modifierait la stratégie ? Que mesure exactement le taux annoncé ? Et quelles preuves soutiennent le traitement complémentaire proposé ?

Sources

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Dr. Senai Aksoy

Le Dr Aksoy s'est formé en France avant de rentrer en Turquie, où il a été membre de l'équipe ICSI de l'hôpital Sevgi à Ankara — premier centre ICSI du pays (1994-95) — et co-auteur des premières publications turques sur l'ICSI réalisées en collaboration avec l'équipe Van Steirteghem (Bruxelles, Human Reproduction 1996, PMID 8671323). Il a contribué à créer le programme FIV de l'Hôpital Américain d'Istanbul et dirige son propre centre de fertilité depuis 1998.

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