Adénomyose et FIV : impact sur la fertilité et options de prise en charge
À retenir
Les études observationnelles associent l'adénomyose à des résultats de fertilité parfois moins favorables, mais elle ne rend pas la grossesse impossible. La stratégie en FIV dépend des symptômes, de l'imagerie, de l'âge, de la réserve ovarienne et des antécédents de transfert ; les preuves actuelles ne justifient pas une suppression hormonale systématique avant transfert d'embryon congelé pour chaque patiente.
Sources clés : Directive SOGC n° 437 — diagnostic et prise en charge de l'adénomyose Pados et al. 2023 — revue sur l'adénomyose et l'infertilité González-Comadran 2025 — agonistes de la GnRH avant transfert embryonnaire
Adénomyose et fertilité : que savons-nous ?
L’adénomyose est fréquemment découverte lors du bilan de règles douloureuses, de saignements abondants ou de difficultés à concevoir. Elle correspond à la présence, dans le muscle utérin ou myomètre, de glandes et de tissu de soutien semblables à ceux de l’endomètre, le revêtement interne de l’utérus.
Dans un parcours de fertilité, la présence d’une adénomyose à l’échographie n’est qu’un élément du dossier. Il faut surtout déterminer si elle peut modifier l’environnement utérin ou la stratégie de transfert, puis se demander si le bénéfice attendu d’un traitement préalable justifie le délai et les effets indésirables possibles.
L’approche du Dr Aksoy
La découverte d’une adénomyose sur un compte rendu d’échographie ou d’IRM ne signifie pas que l’utérus est incapable d’accueillir une grossesse. J’évite d’appliquer un protocole uniforme à toutes les patientes. Une adénomyose discrète et asymptomatique ne justifie pas, à elle seule, de retarder le transfert. Si la maladie est nettement diffuse, que l’utérus est augmenté de volume ou que les échecs d’implantation se répètent sans autre cause identifiée, nous pouvons discuter de la congélation de tous les embryons et, dans certains cas, d’une suppression hormonale temporaire par agoniste de la GnRH. Les données scientifiques actuelles ne montrent pas de bénéfice systématique de cette suppression pour l’ensemble des patientes. J’évite également la chirurgie du muscle utérin comme étape de routine, car elle risque d’affaiblir la paroi utérine lors d’une future grossesse.
Qu’est-ce que l’adénomyose ?
L’adénomyose se caractérise par la présence d’îlots glandulaires et d’un stroma de type endométrial dans le muscle de l’utérus. Le myomètre peut alors s’épaissir et l’utérus augmenter de volume. Certaines femmes ne ressentent aucun symptôme ; d’autres présentent des règles très douloureuses, des saignements abondants ou une pesanteur pelvienne.
La directive clinique n° 437 de la SOGC décrit deux grandes formes :
- Adénomyose diffuse : les anomalies myométriales sont réparties sur une zone étendue de la paroi utérine.
- Adénomyose focale ou adénomyome : les lésions forment une masse plus localisée, pouvant parfois ressembler à un fibrome lors de l’imagerie.
Cette distinction est importante pour le diagnostic, mais aucune de ces formes ne suffit à déterminer, à elle seule, le protocole de FIV.
Comment l’adénomyose peut-elle affecter la fertilité ?
L’adénomyose ne rend pas une grossesse impossible. Des revues de synthèse comme celle de Pados et ses collègues (2023) décrivent plusieurs mécanismes potentiels, dont l’impact varie grandement d’une patiente à l’autre :
- Réceptivité endométriale : l’inflammation locale et les anomalies de signalisation moléculaire peuvent rendre l’environnement utérin moins propice à l’implantation.
- Contractilité utérine : les altérations situées près de la zone de jonction entre l’endomètre et le myomètre peuvent perturber le péristaltisme utérin normal.
- Modifications inflammatoires et stress oxydatif local : ces modifications de l’environnement utérin peuvent influencer la nidation, même si leurs mécanismes précis font toujours l’objet d’études.
- Fausse couche : des études observationnelles rapportent un taux plus élevé dans certains groupes présentant une adénomyose. Ces résultats ne permettent toutefois pas de prédire le risque absolu d’une patiente en particulier.
L’âge maternel, le statut chromosomique de l’embryon, la présence d’une endométriose ou de fibromes associés, ainsi que la méthode diagnostique employée peuvent tous influencer les résultats des études.
Comment diagnostique-t-on l’adénomyose ?
Le diagnostic repose principalement sur l’imagerie non invasive plutôt que sur une intervention chirurgicale.
- Échographie endovaginale spécialisée : un opérateur expérimenté recherche les signes définis par le consensus échographique MUSA. Les signes directs comprennent notamment les microkystes myométriaux, les îlots hyperéchogènes et les lignes ou bourgeons sous-endométriaux échogènes. Les signes indirects comprennent un utérus globuleux, l’asymétrie des parois, les ombres en éventail, la vascularisation trans-lésionnelle et une zone de jonction irrégulière ou interrompue.
- IRM pelvienne : l’IRM peut être utile lorsque l’échographie ne permet pas de conclure, qu’une cartographie précise est nécessaire ou qu’il faut différencier un adénomyome focal d’un fibrome.
Les signes échographiques indirects ne suffisent pas, à eux seuls, à confirmer le diagnostic. À l’IRM, les modifications de la zone de jonction peuvent étayer l’évaluation, mais aucune mesure isolée ne permet de trancher tous les cas. La directive de la SOGC recommande d’interpréter l’imagerie avec les symptômes et les antécédents médicaux.
Planification de la FIV : un traitement est-il nécessaire avant le transfert ?
Toutes les patientes atteintes d’adénomyose n’ont pas besoin d’un prétraitement. La décision dépend de l’intensité des symptômes, du volume et de l’aspect de l’utérus, de l’âge, de la réserve ovarienne, des résultats des transferts précédents et des conséquences d’un transfert différé.
Congélation de tous les embryons et transfert différé
Dans certaines situations, les embryons sont vitrifiés plutôt que transférés immédiatement après la ponction ovocytaire. Séparer la ponction du transfert laisse le temps de réévaluer l’utérus ou d’instaurer un traitement préparatoire.
Cette stratégie peut être utile, mais elle n’est pas nécessaire pour chaque patiente.
Suppression hormonale par agoniste de la GnRH
Les agonistes de la GnRH réduisent temporairement l’activité hormonale ovarienne, ce qui peut atténuer les symptômes et réduire le volume utérin. Un prétraitement avant le transfert est parfois discuté chez des patientes sélectionnées, mais sa durée n’est pas standardisée.
Cependant, les données disponibles ne justifient pas d’en faire un traitement systématique. La revue systématique et méta-analyse 2025 de González-Comadran et ses collègues, portant sur huit études rétrospectives, n’a mis en évidence aucune amélioration des résultats reproductifs après un prétraitement par agoniste de la GnRH avant un transfert d’embryon congelé.
La décision doit donc tenir compte des symptômes et de l’imagerie, mais aussi des effets indésirables liés à la baisse des œstrogènes, de l’âge et du délai imposé avant le transfert.
La chirurgie a un rôle très limité
L’adénomyose diffuse ne présente pas de plan de séparation chirurgical net par rapport au muscle utérin sain. Une résection étendue risque de laisser une cicatrice myométriale fragile et d’augmenter le risque de rupture utérine lors d’une grossesse ultérieure.
La chirurgie n’est donc pas recommandée de routine avant une FIV. Dans le contexte précis des échecs répétés d’implantation, l’avis de l’ASRM publié en 2026 souligne lui aussi que les données sur la chirurgie avant transfert embryonnaire restent limitées. Elle ne s’envisage que dans des cas exceptionnels et très soigneusement sélectionnés d’adénomyome focal après avis spécialisé. Notre guide détaillé présente les indications et limites de la chirurgie de l’adénomyose.
Questions qui guident un plan personnalisé
| Situation clinique | Éléments à évaluer | Point de discussion utile |
|---|---|---|
| Adénomyose discrète ou asymptomatique | Découverte fortuite à l’imagerie ; peu de modification du volume utérin | Un prétraitement apporterait-il un bénéfice suffisant pour justifier de retarder le transfert ? |
| Maladie plus étendue ou symptomatique | Utérus augmenté de volume, douleurs ou plusieurs critères d’imagerie | Quels sont les avantages potentiels et les limites d’un transfert différé ou d’une suppression hormonale ? |
| Échecs d’implantation inexpliqués | Transferts antérieurs d’embryons de bonne qualité sans nidation | Les facteurs liés à l’embryon et à la cavité utérine, ainsi que les autres causes possibles, ont-ils été explorés avant d’attribuer l’échec à l’adénomyose ? |
| Atteinte focale déformant la cavité | Lésion bien délimitée modifiant la cavité utérine | Un avis multidisciplinaire est-il pertinent, et les bénéfices potentiels, encore incertains, de la chirurgie pourraient-ils l’emporter sur les risques pour la paroi utérine ? |
Vidéo du Dr Senai Aksoy
Cette vidéo a été enregistrée en français par le Dr Senai Aksoy.
Ce qu’il faut retenir
Un diagnostic d’adénomyose ne signifie pas que la grossesse est impossible ou que la FIV est vouée à l’échec. Il indique simplement que les résultats d’imagerie doivent être interprétés dans leur contexte.
La stratégie la plus adaptée tient compte des symptômes, de l’aspect de l’utérus, de l’âge, de la réserve ovarienne et des transferts précédents. L’objectif est d’éviter aussi bien un traitement superflu qu’un transfert programmé au mauvais moment.
FAQ
Puis-je tomber enceinte avec une adénomyose ?
Oui. De nombreuses femmes atteintes d’adénomyose conçoivent naturellement ou grâce à la FIV. L’impact varie selon l’âge, la qualité embryonnaire, les symptômes, l’étendue de la maladie et les éventuels facteurs de fertilité associés.
L’adénomyose réduit-elle systématiquement les chances de succès en FIV ?
Non. Les études observationnelles rapportent des taux parfois moins favorables dans certains sous-groupes, mais une adénomyose discrète ou de découverte fortuite n’a pas la même signification clinique pour chaque patiente. Aucun examen d’imagerie ne permet, à lui seul, de prédire l’issue d’une tentative de FIV.
Combien de temps dure un prétraitement par agoniste de la GnRH ?
Il n’existe pas de durée standard. Comme son bénéfice n’a pas été démontré pour toutes les patientes avant un transfert d’embryon congelé, les effets indésirables et le décalage du transfert doivent être soigneusement soupesés ; voir la revue systématique et méta-analyse de 2025.
L’échographie suffit-elle pour diagnostiquer l’adénomyose ?
Une échographie endovaginale réalisée par un praticien spécialisé peut étayer le diagnostic lorsque plusieurs signes reconnus concordent. Les signes indirects seuls ne sont pas concluants. L’IRM est utile en cas de doute diagnostique, pour une cartographie approfondie ou en présence de fibromes associés.
Une chirurgie est-elle recommandée avant la FIV ?
Pas de manière systématique. La chirurgie peut fragiliser le myomètre, et son effet comparatif sur les résultats reproductifs et les naissances vivantes reste incertain en raison de l’hétérogénéité des études disponibles. Elle reste réservée à de rares formes focales très sélectionnées après avis spécialisé.
Quels documents apporter lors d’une consultation de fertilité ?
Apportez vos comptes rendus d’échographie et d’IRM, vos bilans hormonaux et de réserve ovarienne, le détail de vos cycles de FIV et de vos transferts précédents, ainsi qu’une brève note sur vos douleurs et l’abondance des saignements.
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Sources
- Society of Obstetricians and Gynaecologists of Canada (SOGC). Guideline No. 437: Diagnosis and Management of Adenomyosis. J Obstet Gynaecol Can. 2023;45(6):417-429.e1. doi:10.1016/j.jogc.2023.04.008.
- Pados G, et al. Adenomyosis and Infertility: A Literature Review. Medicina (Kaunas). 2023;59(9):1551. doi:10.3390/medicina59091551.
- González-Comadran M, et al. Utility of GnRH Agonists Before Embryo Transfer in Women with Adenomyosis: A Systematic Review and Meta-Analysis. JBRA Assist Reprod. 2025;29(3):507-519. doi:10.5935/1518-0557.20250012.
- Steinmann M, et al. GnRH agonist pretreatment prior to frozen embryo transfer in women with adenomyosis: a systematic review and meta-analysis. Reprod Biomed Online. 2025;51(5):105075. doi:10.1016/j.rbmo.2025.105075.
- Exacoustos C, et al. Consensus on revised definitions of MUSA features of adenomyosis. Ultrasound Obstet Gynecol. 2022;60(1):118-131. doi:10.1002/uog.24786.
- American Society for Reproductive Medicine. Recurrent implantation failure: a committee opinion. 2026.
- Tan J, et al. Reproductive Outcomes after Fertility-Sparing Surgery for Focal and Diffuse Adenomyosis: A Systematic Review. J Minim Invasive Gynecol. 2018;25(4):608-621. doi:10.1016/j.jmig.2017.12.020.
- Moawad G, et al. Adenomyosis and Infertility. J Assist Reprod Genet. 2022;39(5):1027-1031. doi:10.1007/s10815-022-02476-2.
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