Les échographies dans le diagnostic de l’endométriose, ce que les couples infertiles doivent savoir
À retenir
L'échographie peut aider à cartographier l'endométriose, notamment grâce à une démarche en 4 étapes, et à orienter la prise en charge de l'infertilité.
Les échographies dans le diagnostic de l’endométriose : ce que les couples infertiles doivent savoir
L’endométriose est une affection gynécologique dans laquelle un tissu proche de l’endomètre se développe en dehors de l’utérus. Elle peut provoquer des douleurs pelviennes, des règles abondantes, des douleurs pendant les rapports et parfois une infertilité. Pour un couple en bilan de fertilité, l’enjeu est de comprendre l’étendue des lésions et leur impact possible sur les ovaires, les trompes ou la chirurgie à venir. L’échographie joue souvent un rôle central dans cette première cartographie.
Une approche non invasive au cœur du diagnostic
L’échographie repose sur l’utilisation d’ondes sonores pour visualiser les structures internes du corps. Deux techniques principales permettent d’évaluer l’endométriose :
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L’échographie transabdominale Méthode : Le transducteur est placé sur l’abdomen, offrant une vue d’ensemble des organes pelviens. Avantages et limites : Elle permet une première évaluation générale, mais sa résolution est parfois insuffisante pour détecter les lésions fines ou infiltrantes.
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L’échographie transvaginale (ETV) Méthode : Un petit transducteur est inséré dans le vagin pour obtenir des images de haute résolution de l’utérus, des ovaires et des structures adjacentes. Avantages : Cette technique est privilégiée pour la détection de l’endométriose, grâce à sa capacité à révéler des anomalies subtiles et des lésions en profondeur. Des techniques complémentaires, telles que la sonovaginographie (introduction d’une petite quantité de gel dans le fornix postérieur), améliorent encore la précision de l’examen.
Dans certains cas particuliers, comme la suspicion d’atteinte intestinale, l’échographie transrectale peut également être utilisée pour compléter l’exploration.
Une démarche systématique en quatre étapes
Pour standardiser l’examen échographique et améliorer la détection de l’endométriose, le groupe international IDEA (International Deep Endometriosis Analysis) a proposé une approche en quatre étapes. Cette méthode aide à examiner les mêmes zones de façon cohérente et à mieux préparer la suite du bilan.
1. Examen de routine de l’utérus et des annexes
Objectif :
- Rechercher les signes classiques de l’endométriose, notamment la présence d’endométriomes, et identifier d’éventuels signes d’adénomyose.
Comment :
- Le praticien examine l’utérus, les ovaires et les structures environnantes pour détecter des masses ou des anomalies de texture.
- Les endométriomes se présentent typiquement sous la forme de kystes ovariens à aspect homogène, décrits comme « en verre dépoli ».
2. Identification des marqueurs d’adhérences
Objectif :
- Détecter la présence d’adhérences, conséquences fréquentes de l’endométriose, qui peuvent modifier la mobilité des organes pelviens.
Comment :
- L’examen vise à observer la position des organes : une rétroflexion utérine ou des ovaires fixés de manière anormale peuvent être des indices forts.
- La détection d’adhérences est utile, car elles peuvent contribuer à la douleur et compliquer la chirurgie ainsi que les traitements de fertilité.
3. Recherche du « sliding sign »
Objectif :
- Vérifier la mobilité relative des organes pelviens pour identifier d’éventuelles adhérences dans le cul-de-sac de Douglas.
Comment :
- En temps réel, le praticien observe la glisse entre l’utérus, les ovaires et le rectum.
- Normalement, ces organes doivent se mouvoir librement ; une absence de « sliding sign » est suggestive d’une fixation due à des adhérences.
4. Recherche des nodules d’endométriose infiltrante profonde (EIP)
Objectif :
- Détecter les nodules infiltrants, particulièrement dans les zones difficiles à explorer, comme les ligaments utérosacrés, le tissu péri-rectal ou les parois intestinales.
Comment :
- L’examen se concentre sur la détection de zones hypoechogènes, c’est-à-dire des zones apparaissant plus sombres à l’échographie, qui indiquent souvent la présence de tissu endométrial infiltrant.
- Ces nodules peuvent être irréguliers et s’étendre profondément dans les structures. Les repérer aide à anticiper la difficulté d’une éventuelle chirurgie.
Cette approche en quatre étapes peut donner une cartographie plus précise de l’extension de la maladie. En identifiant les endométriomes, les adhérences et les lésions infiltrantes, le médecin peut discuter une stratégie plus adaptée au projet de fertilité et aux symptômes.
Signes échographiques évocateurs d’endométriose
Au-delà de cette démarche systématique, plusieurs signes échographiques peuvent évoquer l’endométriose :
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Les endométriomes : Aspect : Kystes aux contours bien définis, généralement uniloculaires ou parfois multiloculaires, avec un contenu homogène rappelant un « verre dépoli ». Importance : Leur présence est souvent corrélée à une atteinte sévère et à une infertilité associée.
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L’endométriose infiltrante profonde (EIP) : Aspect : Nodules hypoechogènes aux contours irréguliers, notamment dans les ligaments utérosacrés, la vessie ou le tissu intestinal. Importance : Ces lésions peuvent être à l’origine de douleurs chroniques et compliquer la prise en charge chirurgicale.
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Les adhérences et la distorsion anatomique : Aspect : Mobilité réduite des organes, absence du « sliding sign », voire rapprochement anormal des ovaires (« kissing ovaries »). Importance : Elles témoignent souvent d’une atteinte étendue et peuvent impacter directement la fertilité.
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Les anomalies des trompes de Fallope : Aspect : Apparition de structures allongées et serpentines, parfois avec des cloisons incomplètes. Importance : Ces modifications peuvent perturber le passage des ovocytes et ainsi contribuer à l’infertilité.
Il convient de souligner que, bien que l’échographie soit un outil précieux, elle présente certaines limites. Notamment, les lésions superficielles restent souvent invisibles et l’examen dépend fortement de l’expertise du praticien. Dans ces cas, l’IRM ou la laparoscopie (qui demeure le diagnostic de référence avec confirmation histologique) peuvent compléter l’évaluation.
En pratique
Pour les couples confrontés à l’infertilité, l’évaluation de l’endométriose peut modifier la stratégie de traitement. L’échographie permet souvent une première cartographie des endométriomes, des adhérences et des nodules infiltrants. L’approche en quatre étapes du groupe IDEA rend cet examen plus structuré et plus utile pour discuter la suite.
Si une atteinte endométriosique est suspectée, la discussion avec le spécialiste sert surtout à choisir les examens utiles, sans multiplier les explorations inutiles. Une prise en charge bien ciblée peut aider à mieux contrôler les symptômes et à préparer une stratégie de fertilité plus cohérente.
FAQ
Une échographie normale exclut-elle l’endométriose ?
Non. Elle peut être rassurante pour certaines formes profondes ou les endométriomes, mais les lésions superficielles peuvent rester invisibles.
Pourquoi l’expérience de l’opérateur compte-t-elle ?
La recherche d’endométriose profonde demande une technique structurée et une bonne connaissance des compartiments pelviens. Tous les examens ne se valent pas.
Quand faut-il compléter par une IRM ?
L’IRM se discute si les symptômes sont importants, si la chirurgie est envisagée ou si l’échographie ne suffit pas à cartographier les lésions.
L’échographie aide-t-elle avant une FIV ?
Oui, elle peut préciser les endométriomes, les adhérences suspectées, l’accès aux ovaires et les éléments qui influencent la stratégie de ponction ou de transfert.
Que préparer avant l’examen ?
Apportez les anciennes échographies, IRM, comptes rendus opératoires, localisation des douleurs et informations sur le projet de grossesse ou de FIV.
À lire aussi
Sources
- European Society of Human Reproduction and Embryology. ESHRE guideline: endometriosis.
- Guerriero S, Condous G, van den Bosch T, et al. Systematic approach to sonographic evaluation of the pelvis in women with suspected endometriosis, including terms, definitions and measurements: a consensus opinion from the International Deep Endometriosis Analysis (IDEA) group.
- Leonardi M, Espada M, Choi S, et al. How to perform an ultrasound to diagnose endometriosis.
Le contenu a été créé par Dr. Senai Aksoy et approuvé médicalement.