EmbryoGlue en FIV : ce que montrent les données et quand il n'est pas nécessaire
À retenir
L'EmbryoGlue est un milieu de transfert à forte concentration d'hyaluronane (acide hyaluronique) ; il ne colle pas l'embryon à l'utérus. La revue Cochrane de 2020 conclut qu'il augmente probablement un peu le taux de naissance vivante, qui passerait d'environ 33 % à une valeur comprise entre 37 et 44 %, mais une méta-analyse de 2026 ne retrouve pas de bénéfice clair, et l'estimation diminue encore une fois écartés les essais de moindre qualité. Dans les transferts d'embryons congelés, un essai randomisé n'a pas montré de différence. L'ESHRE le recommande en notant un bénéfice uniquement après un transfert frais et en l'associant au transfert d'un seul embryon ; la HFEA britannique le classe en « ambre » (bénéfice incertain).
Sources clés : Revue Cochrane : acide hyaluronique dans les milieux de transfert embryonnaire (2020) Essai randomisé en transfert d'embryons congelés (Fertil Steril 2021) Méta-analyse d'essais randomisés (JBRA Assist Reprod 2026)
Sur cette page
- L’EmbryoGlue en FIV
- Qu’est-ce que l’EmbryoGlue ?
- Comment est-il censé agir ?
- Ce que montrent les données
- Transferts frais et transferts congelés
- Ce que disent l’ESHRE et la HFEA
- Sécurité et jumeaux
- Ce que l’EmbryoGlue ne peut pas faire
- Questions fréquentes posées au Dr Aksoy
- Sources
L’EmbryoGlue en FIV
L’EmbryoGlue est l’un des add-ons de FIV (options ajoutées au traitement) les plus connus, et son nom n’y est pas pour rien : il évoque une colle. Ce n’en est pas une. C’est un milieu de transfert à forte concentration d’acide hyaluronique, dans lequel on place l’embryon peu avant le transfert.
Augmente-t-il les chances d’avoir un bébé ? Pour être franc : peut-être un peu, dans certains cycles, et les données sont moins tranchées que le nom ne le laisse penser. La revue Cochrane de 2020 a conclu à une hausse probable, mais modeste, du taux de naissance vivante.[1] Une méta-analyse de 2026 n’a pas retrouvé de bénéfice clair, et l’estimation a encore diminué une fois écartés les essais à risque de biais élevé.[3] Dans les transferts d’embryons congelés (TEC), un essai randomisé n’a pas montré de différence.[4]
L’approche du Dr Aksoy : L’EmbryoGlue n’est ni un miracle ni une simple stratégie commerciale. Je le considère comme une option complémentaire, au bénéfice potentiel modeste, dont l’utilisation peut faire l’objet d’une discussion individuelle — notamment en cas d’échecs d’implantation répétés inexpliqués ou de cycles de transfert complexes — sans qu’il s’agisse d’une indication démontrée pour ces sous-groupes, ni d’un substitut à la qualité embryonnaire.
Qu’est-ce que l’EmbryoGlue ?
L’EmbryoGlue est un milieu de transfert fabriqué par Vitrolife. Le fabricant le décrit comme un milieu tamponné au bicarbonate contenant de l’hyaluronane (acide hyaluronique) à 0,5 mg/mL et de l’albumine humaine recombinante à 2,5 mg/mL.[9] Il contient aussi un antibiotique, la gentamicine. Selon le fabricant, il ne doit pas être utilisé en cas d’allergie connue à l’un de ses composants.[11] Si vous êtes allergique à la gentamicine, signalez-le à l’équipe avant le transfert. Dans les essais, les milieux de comparaison contenaient moins d’acide hyaluronique (0,125 mg/mL) ou n’en contenaient pas.[1]
L’hyaluronane est présent naturellement dans l’organisme. Dans l’endomètre, son accumulation connaît deux pics : l’un au milieu de la phase proliférative (du 5ᵉ au 10ᵉ jour), l’autre au milieu de la phase sécrétoire (du 19ᵉ au 23ᵉ jour), à peu près au moment où un embryon s’implanterait.[6]
Pour vous, rien ne change pendant le transfert lui-même. L’embryon est placé dans le milieu au laboratoire, à l’avance, selon la notice du produit.
Comment est-il censé agir ?
On avance en général deux explications. Toutes deux sont plausibles. Aucune n’a été démontrée chez la femme.
- La viscosité. Le milieu est plus visqueux que les milieux standard, et l’on a suggéré que cela aiderait à éviter que l’embryon ne soit expulsé après le transfert.[5]
- La liaison à un récepteur. Un récepteur appelé CD44, qui se lie à l’acide hyaluronique, est présent sur l’embryon humain tout au long de son développement avant l’implantation.[7] L’hypothèse est que l’acide hyaluronique aide l’embryon à se fixer à la muqueuse de l’utérus. Dans un modèle de laboratoire, pourtant, un milieu contenant de l’acide hyaluronique n’a pas aidé des blastocystes humains à adhérer à des cellules endométriales.[8]
Le mécanisme n’étant pas démontré, ce sont les essais cliniques, et non la théorie, qui doivent répondre à la question.
Ce que montrent les données
La revue Cochrane de 2020 a inclus 26 essais randomisés et 6 704 femmes. Elle a comparé des milieux à forte concentration d’acide hyaluronique (0,5 mg/mL) à des milieux qui en contenaient peu ou pas du tout.[1] Seuls 10 de ces essais, portant sur 4 066 femmes, ont rapporté le taux de naissance vivante.[1]
| Critère | Essais (femmes) | Risque relatif, RR (intervalle de confiance à 95 %) | Ce que cela signifie | Niveau de certitude |
|---|---|---|---|---|
| Naissance vivante | 10 (4 066) | RR 1,21 (1,10 à 1,31) | Si 33 % des femmes donnent naissance à un enfant vivant sans ce milieu, environ 37 % à 44 % y parviendraient en l’utilisant | Modéré |
| Grossesse clinique | 17 (5 247) | RR 1,16 (1,09 à 1,23) | Probablement une légère hausse | Modéré |
| Fausse couche | 7 (3 091) | RR 0,82 (0,67 à 1,00) | Peut-être moins fréquente ; pas de différence nette dans les essais à faible risque de biais | Faible |
| Grossesse multiple | 7 (3 337) | RR 1,45 (1,24 à 1,70) | Probablement davantage de grossesses multiples ; cela pourrait être lié au transfert de plus d’un embryon | Modéré |
| Événements indésirables | 3 (1 487) | RR 0,86 (0,40 à 1,84) | Effet incertain | Faible |
Une analyse de 2022, menée par la même équipe, a retrouvé un bénéfice dans les cycles réalisés avec les propres ovocytes de la femme : le taux de naissance vivante passait de 32 % à 39 %, ce qui signifie qu’il faudrait traiter environ 14 femmes pour obtenir une naissance vivante supplémentaire. Il s’agit d’une moyenne calculée sur les populations des essais, pas d’un chiffre qui s’applique à chaque patiente. Dans les cycles avec ovocytes de donneuse, pour lesquels seuls deux petits essais étaient disponibles, l’effet était faible.[2]
Les données plus récentes sont moins encourageantes. Une méta-analyse d’essais randomisés publiée en 2026, dont la recherche bibliographique s’arrête en décembre 2024, a trouvé un RR de naissance vivante de 1,14 (IC à 95 % : 0,99 à 1,31). Après exclusion des essais à risque de biais élevé, il n’était plus que de 1,06 (0,85 à 1,31). Les auteurs ont jugé très faible le niveau de certitude des données et ont conclu que les preuves actuelles ne montrent pas de bénéfice clair.[3] La revue Cochrane et la méta-analyse de 2026 reposent probablement en grande partie sur les mêmes essais anciens : elles ne se confirment donc pas l’une l’autre de façon indépendante.
En pratique : s’il existe un bénéfice, il est modeste, et il n’est pas certain.
Transferts frais et transferts congelés
Dans ce débat, la distinction entre transfert frais et transfert congelé est centrale.
Transferts frais. L’ESHRE (2023) conclut que l’acide hyaluronique augmente le taux de naissance vivante après un transfert frais.[5] Cette conclusion est antérieure à la méta-analyse de 2026, qui n’a pas retrouvé de bénéfice global clair.[3]
Transferts congelés. Ici, les données ne vont pas dans le sens d’un bénéfice. Un essai randomisé en double aveugle, mené chez 550 femmes bénéficiant d’un TEC, a comparé l’EmbryoGlue à un milieu standard. Le taux de naissance vivante était de 25,5 % avec l’EmbryoGlue et de 25,8 % sans (RR 0,99 ; IC à 95 % : 0,74 à 1,31).[4] L’ESHRE note aussi que les trois essais menés uniquement dans des cycles avec transfert congelé, portant sur 713 participantes, n’ont apporté aucun élément en faveur d’un bénéfice.[5]
Ce que disent l’ESHRE et la HFEA
L’ESHRE et la HFEA interprètent les mêmes données de façon un peu différente.
- ESHRE, add-ons (2023). L’ESHRE recommande d’ajouter de l’acide hyaluronique aux milieux de transfert et conseille de surveiller le taux de grossesses multiples. Elle précise que le bénéfice a été observé après des transferts frais, qu’aucun effet n’a été mis en évidence après des transferts congelés, et que l’acide hyaluronique doit être associé à une stratégie de transfert d’un seul embryon.[5]
- ESHRE, laboratoire de FIV (2026). Ces recommandations reprennent la même distinction : un bénéfice sur la naissance vivante après transfert frais et aucun bénéfice démontré après transfert congelé, même si les résultats des études varient et que les grossesses multiples sont plus fréquentes.[12]
- HFEA (2023). L’autorité britannique qui encadre la FIV classe le milieu de transfert enrichi en acide hyaluronique (qu’elle dit « enrichi en hyaluronate ») en « ambre » (feu orange) pour la plupart des patientes : tout bien pesé, on ne sait pas s’il améliore les chances d’avoir un bébé, car des études de qualité modérée à élevée se contredisent. Son comité d’experts a examiné les données en juillet 2023.[10]
Sécurité et jumeaux
Aucun risque supplémentaire n’a été clairement démontré pour la femme ou pour le bébé. La HFEA indique que cet add-on ne comporte aucun risque supplémentaire connu.[10] La revue Cochrane juge toutefois faible le niveau de certitude des données sur les événements indésirables, et l’effet incertain.[1]
Le principal signal est une augmentation des grossesses multiples. La revue Cochrane suggère qu’elle pourrait venir de l’association de l’acide hyaluronique avec le transfert de plus d’un embryon.[1] Pour les vrais jumeaux (monozygotes) après le transfert d’un seul embryon, rien n’indique une augmentation. Dans une étude rétrospective portant sur 1 619 grossesses après transfert d’un seul embryon congelé, le milieu à l’acide hyaluronique était associé à moins de vrais jumeaux, même si une étude de ce type ne peut pas prouver de lien de cause à effet.[13] Le transfert d’un seul embryon reste le moyen le plus fiable de réduire le risque de jumeaux, quel que soit le milieu utilisé.[5] Une grossesse gémellaire comporte plus de risques pour la mère comme pour les bébés.
Ce que l’EmbryoGlue ne peut pas faire
L’EmbryoGlue ne peut pas :
- corriger une anomalie chromosomique de l’embryon ;
- remplacer la sélection des embryons, qu’elle se fasse sur leur aspect ou par un test génétique ;
- compenser un problème important de la cavité utérine, comme un fibrome sous-muqueux ou des adhérences ;
- garantir l’implantation.
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Questions fréquentes posées au Dr Aksoy
Pour qui utilisez-vous l’EmbryoGlue, et quand le jugez-vous inutile ?
J’explique d’abord à la patiente que l’EmbryoGlue n’est pas une substance qui colle l’embryon à l’utérus. C’est un milieu de transfert particulier, plus riche en acide hyaluronique. Certaines études ont rapporté des taux de grossesse et de naissance vivante plus élevés, mais les résultats ne sont pas constants. On peut l’évoquer comme une option supplémentaire, en particulier chez les patientes qui ont connu des échecs d’implantation répétés, même si, dans ce groupe aussi, son bénéfice n’a pas été démontré. Pour une patiente qui fait son premier transfert, avec un embryon de bonne qualité et un endomètre adapté, je ne le juge pas nécessaire. Je ne veux pas qu’une patiente ait le sentiment d’avoir perdu une chance importante de réussite parce qu’on n’a pas utilisé l’EmbryoGlue.
L’EmbryoGlue aide-t-il lors d’un transfert d’embryon congelé ?
Dans les transferts d’embryons congelés, les données sont moins solides. En particulier, un essai randomisé portant sur 550 femmes n’a pas trouvé de différence de taux de naissance vivante entre les femmes dont l’embryon a été transféré avec l’EmbryoGlue et celles dont l’embryon l’a été avec un milieu de transfert standard : 25,5 % contre 25,8 %. On ne peut donc pas dire que l’EmbryoGlue augmente les chances de réussite d’un transfert congelé. Pour moi, la qualité de l’embryon, la préparation de l’endomètre, le calendrier de la progestérone et la technique de transfert comptent beaucoup plus.
L’EmbryoGlue présente-t-il des risques, et augmente-t-il les chances de jumeaux ?
Jusqu’à présent, les études n’ont pas montré que l’EmbryoGlue entraîne un risque supplémentaire clair pour la mère ou pour le bébé. Certaines études ont toutefois trouvé un taux de grossesses multiples plus élevé. On pense que cela tient surtout au transfert de plus d’un embryon. Il n’est pas exact de dire que l’EmbryoGlue, à lui seul, divise un embryon et donne des jumeaux. Le moyen le plus efficace de réduire le risque de jumeaux est le transfert d’un seul embryon chez les patientes pour qui il convient. C’est pourquoi il ne me semblerait jamais justifié de transférer plus d’embryons simplement parce qu’on utilise l’EmbryoGlue.
Sources
- Heymann D, Vidal L, Or Y, Shoham Z. Hyaluronic acid in embryo transfer media for assisted reproductive technologies. Cochrane Database Syst Rev 2020;9:CD007421.
- Heymann D, Vidal L, Shoham Z, Kostova E, Showell M, Or Y. The effect of hyaluronic acid in embryo transfer media in donor oocyte cycles and autologous oocyte cycles: a systematic review and meta-analysis. Hum Reprod 2022;37(7):1451–1469.
- Rocha RM, Andrade MCR, Barcelos IDES, Viana IGR, Martins WP. Hyaluronic acid enriched medium for embryo transfer: a systematic review and meta-analysis. JBRA Assist Reprod 2026;30(2):382–395.
- Yung SSF, Lai SF, Lam MT, et al. Hyaluronic acid-enriched transfer medium for frozen embryo transfer: a randomized, double-blind, controlled trial. Fertil Steril 2021;116(4):1001–1009.
- ESHRE Add-ons working group; Lundin K, Bentzen JG, Bozdag G, et al. Good practice recommendations on add-ons in reproductive medicine. Hum Reprod 2023;38(11):2062–2104.
- Salamonsen LA, Shuster S, Stern R. Distribution of hyaluronan in human endometrium across the menstrual cycle. Implications for implantation and menstruation. Cell Tissue Res 2001;306(2):335–340.
- Campbell S, Swann HR, Aplin JD, et al. CD44 is expressed throughout pre-implantation human embryo development. Hum Reprod 1995;10(2):425–430.
- Ruane PT, Buck CJ, Babbington PA, et al. The effects of hyaluronate-containing medium on human embryo attachment to endometrial epithelial cells in vitro. Hum Reprod Open 2020;2020(2):hoz033.
- Vitrolife. EmbryoGlue: product information.
- Human Fertilisation and Embryology Authority. Hyaluronate enriched pre-transfer culture medium (e.g. EmbryoGlue). Classé ambre ; données examinées en juillet 2023.
- Vitrolife. EmbryoGlue: summary of safety and clinical performance (contre-indications).
- ESHRE Good Practice in the IVF Lab Working Group; Arroyo G, et al. ESHRE recommendations on Good Practice in the IVF laboratory. Hum Reprod 2026;41(8):1245–1269.
- Kelly AG, Blakemore JK, McCaffrey C, Grifo JA. Evaluation of clinical parameters as predictors of monozygotic twins after single frozen embryo transfer. F S Rep 2021;2(4):428–432.
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