Létrozole et préparation de l’endomètre : ce que montrent les données

Révisé médicalement le 11 août 2026 - Dr. Senai Aksoy
Femme examinant un calendrier de cycle de fertilité à son domicile

À retenir

Le létrozole est surtout un traitement d’induction de l’ovulation, notamment dans le SOPK anovulatoire. Pour un transfert d’embryon congelé, un cycle stimulé par létrozole peut être une option chez certaines patientes qui ovulent peu ou pas, mais les données restent de faible certitude et ne démontrent pas un bénéfice universel sur l’implantation.

Sources clés : Recommandations internationales 2023 sur le SOPK (ASRM) Méta-analyse 2025 des cycles de transfert avec létrozole Revue Cochrane de la préparation endométriale

Transfert congelé avec létrozole

Ce que fait réellement le létrozole

Le médicament bloque temporairement l’aromatase et réduit les œstrogènes au début du cycle. L’hypophyse peut alors libérer davantage de FSH, ce qui aide un follicule à se développer et à ovuler. Dans un cycle de TEC stimulé, l’ovulation produit les hormones du corps jaune ; dans un cycle substitué, les œstrogènes et la progestérone sont administrés.

Ce mécanisme rend l’approche plausible, mais il ne prouve pas à lui seul une meilleure réceptivité de l’endomètre ni un taux de naissance vivante supérieur.

Ce que montrent les études

Le létrozole est recommandé en première intention pour induire l’ovulation dans le SOPK anovulatoire, lorsqu’aucun autre facteur d’infertilité ne modifie la stratégie. Les recommandations internationales 2023 sur le SOPK (ASRM) parlent de restaurer l’ovulation, et non de démontrer un effet indépendant sur l’implantation.

Une méta-analyse publiée en 2025, portant sur des patientes avec SOPK ou oligo- anovulation, a inclus 15 études observationnelles et deux essais randomisés. Le signal en faveur de la naissance vivante était modeste et la certitude de toutes les issues était faible ; l’essai randomisé rapportant la naissance vivante ne confirmait pas d’avantage. La revue de Human Reproduction Update justifie donc « une option possible », pas « un protocole supérieur prouvé ».

Chez les patientes qui ovulent régulièrement, les essais comparant un cycle stimulé par létrozole à un cycle substitué montrent plutôt des résultats similaires ou aucune supériorité claire. Un essai randomisé chez des femmes aux cycles ovulatoires réguliers ne trouvait pas de différence significative sur les résultats de grossesse.

Chez une patiente qui ovule déjà, un cycle naturel ou modifié constitue aussi une option distincte : la décision ne se limite pas au létrozole ou au cycle substitué. Dans un essai randomisé multicentrique de 2026 portant sur 4 376 femmes ovulantes, les taux de naissance vivante saine étaient similaires ; la pré-éclampsie était moins fréquente avec l’ovulation naturelle, mais les annulations de cycle plus nombreuses. L’essai du BMJ ne portait pas sur le létrozole : il éclaire le choix global du protocole sans prouver que le létrozole est préférable.

Ce qui peut faire changer le choix en pratique

L’avis clinique du Dr Aksoy met l’accent sur une question concrète : la patiente peut-elle développer de façon fiable un follicule dominant et un corps jaune avec le létrozole ? Une réponse antérieure au traitement, une surveillance échographique et hormonale réalisable, et une raison clinique d’éviter un cycle substitué sans corps jaune peuvent faire pencher vers la stimulation. La méta-analyse 2025 observait aussi moins de troubles hypertensifs avec les cycles stimulés, mais le niveau de certitude restait faible. Le risque thrombotique relève ici d’une évaluation clinique individuelle ; cette revue portait sur les troubles hypertensifs et ne démontre pas que le létrozole prévient la thrombose. Human Reproduction Update

Les essais randomisés ne montrent pas de bénéfice constant sur la naissance vivante. Un essai de 420 patientes trouvait des taux presque identiques et un essai de 2025 portant sur 200 patientes ne trouvait pas de différence statistiquement significative sur la grossesse clinique. L’essai randomisé de 2023 et celui de 2025 soutiennent donc une décision individualisée, plutôt qu’un choix automatique en cas de SOPK. L’essai de 2023 signalait aussi davantage de diabète gestationnel sous létrozole (14,6 % contre 5,6 %) et une différence de poids de naissance chez les singletons : les avantages obstétricaux ne sont donc pas établis. Le signal de diabète gestationnel n’a pas été retrouvé dans l’analyse groupée de 2025, dont le niveau de certitude restait faible. La méta-analyse ne permet donc pas de conclure à un risque accru. Un essai randomisé multicentrique de 2025 incluant 155 patientes avec SOPK ne trouvait pas non plus de différence significative de grossesse clinique, de naissance vivante ou d’issues obstétricales rapportées entre létrozole et cycle substitué. Cet essai renforce l’interprétation prudente. Un petit essai randomisé de 2026, portant sur 100 participantes, rapportait davantage de grossesses cliniques et de « grossesses évolutives » avec une stimulation légère, sans démontrer un avantage sur la naissance vivante. Cet essai de 2026 doit être interprété avec prudence.

Le létrozole peut être mal adapté après une croissance folliculaire insuffisante, des annulations répétées, un endomètre régulièrement fin sous traitement, une réponse multifolliculaire incontrôlée, un timing ovulatoire peu fiable, un tableau hypogonadotrope ou hypoœstrogénique marqué, ou lorsque la surveillance ne peut pas être menée jusqu’au bout. Un cycle substitué peut être plus pratique si la date du transfert doit être fixée avec précision.

Comment se prend la décision ?

L’équipe peut tenir compte de la régularité de l’ovulation, des échographies, des antécédents d’endomètre fin ou d’annulation, de la cavité utérine, d’un hydrosalpinx, de la qualité embryonnaire, du calendrier souhaité et des risques associés au SOPK. L’épaisseur de l’endomètre, prise isolément, ne permet pas de choisir un protocole.

Un cycle stimulé comporte généralement un traitement en début de cycle, une surveillance folliculaire et endométriale, la confirmation du moment de l’ovulation, puis un transfert et une progestérone correctement synchronisés. Le cycle peut être modifié ou annulé si le follicule, l’endomètre ou le timing ne sont pas adaptés.

Sécurité et limites

L’utilisation du létrozole en fertilité est hors indication dans de nombreux pays. Une grossesse doit être exclue avant le traitement ; le médicament ne doit pas être pris pendant une grossesse connue. La recommandation ASRM et la notice officielle DailyMed décrivent ces limites. Des céphalées, de la fatigue, des vertiges ou des bouffées de chaleur peuvent survenir. Ne commencez pas, n’arrêtez pas et ne modifiez pas la dose à partir d’un protocole trouvé en ligne.

Le létrozole ne corrige ni la qualité embryonnaire, ni une anomalie de la cavité, ni un hydrosalpinx, ni un mauvais timing de progestérone. Il ne garantit ni implantation, ni grossesse, ni naissance vivante.

Questions utiles à poser

  1. Est-ce que j’ovule régulièrement, et comment le confirme-t-on ?
  2. Cherche-t-on à traiter l’ovulation, l’endomètre, le calendrier ou un échec antérieur ?
  3. Quelles données concernent réellement mon profil ?
  4. Comment surveillera-t-on le follicule, l’endomètre et la progestérone ?
  5. Qu’est-ce qui ferait modifier ou annuler le cycle ?

FAQ

Le létrozole est-il réservé au SOPK ?

Non. Il peut être discuté dans certains troubles de l’ovulation et certains protocoles de TEC, mais le niveau de preuve varie selon la population.

Rend-il forcément l’endomètre plus réceptif ?

Non. Il peut créer un cycle ovulatoire physiologique chez certaines patientes, mais cela ne prouve pas une meilleure chance de naissance vivante.

Est-il meilleur qu’un cycle substitué ?

Pas pour tout le monde. Dans le SOPK avec oligo-anovulation, c’est une alternative possible ; la supériorité n’est pas établie chez les patientes qui ovulent déjà régulièrement.

Puis-je le prendre si je risque d’être enceinte ?

Non. Une grossesse doit être exclue avant le traitement et le létrozole ne doit pas être pris pendant une grossesse connue.

À lire aussi

Sources

  1. Recommandations internationales 2023 sur le SOPK (ASRM)
  2. Bülow et al. Méta-analyse des cycles de TEC stimulés par létrozole chez les patientes avec SOPK ou oligo-anovulation. Human Reproduction Update. 2025;31(5):445–463. PubMed
  3. Ghobara et al. Préparation endométriale avant transfert d’embryons congelés. Revue Cochrane. 2020;10:CD006359. Revue complète
  4. Hosseini-Najarkolaei et al. Essai randomisé comparant létrozole et préparation hormonale artificielle. Reproductive Biology and Endocrinology. 2020;18:115. Article complet
  5. Yuan et al. Létrozole pendant le transfert d’embryon congelé chez les patientes avec syndrome des ovaires polykystiques : essai randomisé. Obstetrics & Gynecology. 2023;142(5):1087–1095. PubMed
  6. Jiang et al. Cycles stimulés par létrozole versus traitement hormonal substitutif avant transfert d’embryon congelé : essai randomisé prospectif. Journal of Assisted Reproduction and Genetics. 2025;42(6):1907–1915. PubMed
  7. Xie et al. Essai randomisé multicentrique d’un protocole d’ovulation par létrozole avant transfert d’embryons congelés chez des patientes avec SOPK. Reproductive Biology and Endocrinology. 2025;23:103. Article complet
  8. Wei et al. Ovulation naturelle versus cycles substitués avant transfert d’embryons congelés chez les femmes ovulantes : essai randomisé multicentrique. BMJ. 2026;392:e087045. Article complet
  9. Felippe et al. Lettre rapportant une méta-analyse actualisée des essais randomisés comparant létrozole et cycles hormonaux substitutifs. European Journal of Obstetrics & Gynecology and Reproductive Biology. 2026;320:114999. PubMed
  10. Hamdi et al. Comparaison des transferts d’embryons congelés après préparation hormonale ou stimulation légère dans le SOPK : essai randomisé. International Journal of Reproductive BioMedicine. 2026;23(12):995–1006. PubMed
  11. Ezoe et al. Préparation endométriale par létrozole comparée au cycle naturel : cohorte rétrospective. BMC Pregnancy and Childbirth. 2022;22:824. Article complet
  12. Notice officielle du létrozole (DailyMed)
  13. Samsami et al. Transfert d’embryon congelé : préparation endométriale par létrozole versus cycle substitué : essai clinique randomisé. International Journal of Reproductive BioMedicine. 2019;17(12):915–922. PubMed
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Dr. Senai Aksoy

Le Dr Aksoy s'est formé en France avant de rentrer en Turquie, où il a été membre fondateur de l'équipe ICSI de l'hôpital Sevgi à Ankara — premier centre ICSI du pays (1994-95) — et co-auteur des premières publications turques sur l'ICSI réalisées en collaboration avec l'équipe Van Steirteghem (Bruxelles, Human Reproduction 1996, PMID 8671323). Il a contribué à créer le programme FIV de l'Hôpital Américain d'Istanbul et dirige son propre centre de fertilité depuis 1998.

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