Préparer l'endomètre avant un transfert d'embryon congelé
À retenir
Un transfert d'embryon congelé peut être préparé en cycle naturel vrai, en cycle naturel modifié ou en cycle substitué (HRT). Chez les femmes qui ovulent régulièrement, les données randomisées de 2026 montrent des taux de naissance vivante comparables, avec moins de pertes de grossesse et moins de complications comme la prééclampsie, lorsque l'ovulation est préservée. Le cycle substitué reste le choix pratique lorsque l'ovulation est absente ou difficile à suivre, ou que la date doit être strictement contrôlée.
Sources clés : Wei et al. 2026 — ovulation naturelle ou cycle substitué, essai randomisé (BMJ) Erden et al. 2026 — TEC en cycle naturel, revue systématique et méta-analyse (Hum Reprod Update) Labarta et al. 2021 — progestéronémie le jour du transfert en cycle substitué (Hum Reprod)
Table des matières
- Préparer l’endomètre
- Pourquoi le calendrier compte
- Cycle substitué ou HRT
- Cycle naturel
- Cycle hybride
- Comment le choix se fait
- Sécurité et grossesse
- Quand personnaliser davantage
- Questions fréquentes posées au Dr Aksoy
- Références
Préparer l’endomètre avant un transfert congelé
Dans un transfert d’embryon congelé (TEC), l’embryon est déjà disponible. L’objectif est de faire coïncider le moment où l’endomètre est prêt avec le stade de l’embryon.
Il existe plusieurs façons d’y parvenir. Les trois principales sont le cycle naturel vrai, qui suit votre propre ovulation ; le cycle naturel modifié, dans lequel l’ovulation est le plus souvent déclenchée par une injection d’hCG ; et le cycle substitué (aussi appelé cycle artificiel, médicamenteux ou HRT), dans lequel les œstrogènes et la progestérone remplacent l’ovulation. Chez les femmes qui ovulent régulièrement, les données penchent désormais vers la préservation de l’ovulation.
L’approche du Dr Aksoy : chez une femme qui ovule régulièrement, je préfère désormais, en règle générale, préserver l’ovulation, sauf raison claire de faire autrement. Les TEC en cycle naturel et naturel modifié donnent des résultats reproductifs comparables à ceux du cycle substitué, tandis que les données actuelles suggèrent moins de pertes de grossesse et moins de complications hypertensives pendant la grossesse (Wei et al., 2026 ; Martins et Nastri, 2026). J’utilise toujours le cycle substitué lorsque l’ovulation est absente ou difficile à suivre, ou lorsque ses avantages cliniques et pratiques l’emportent sur ces différences.
Pourquoi le calendrier compte
Un TEC est d’abord une question de synchronisation. L’endomètre doit se trouver dans la bonne phase biologique au moment où l’embryon est transféré.
On ne regarde donc pas seulement son aspect à l’échographie. Le moment de l’ovulation ou de l’exposition à la progestérone doit correspondre au stade de l’embryon. Si ces deux calendriers ne coïncident pas, une échographie rassurante ne suffit pas à résumer la situation.
Cycle substitué ou HRT
Dans un cycle substitué (aussi appelé cycle artificiel, médicamenteux ou HRT), des œstrogènes et de la progestérone préparent l’endomètre sans dépendre d’une ovulation spontanée. Cette option peut être utile lorsque les cycles sont irréguliers, que l’ovulation est difficile à prévoir ou que le transfert doit s’inscrire dans un calendrier précis.
Son avantage principal est le contrôle du calendrier. En contrepartie, le traitement est plus médicalisé et le profil obstétrical est différent. Un grand essai randomisé mené chez des femmes qui ovulent a retrouvé davantage de prééclampsie, de troubles hypertensifs de la grossesse et d’hémorragies du post-partum après un cycle substitué qu’après une ovulation naturelle, avec des taux de naissance vivante comparables (Wei et al., 2026). Des données de cohorte plus anciennes allaient dans le même sens (Roelens et al., 2022). Une explication avancée tient au corps jaune, la structure temporaire qui se forme dans l’ovaire après l’ovulation. Les cycles naturels et naturels modifiés en ont un ; le cycle substitué, sans ovulation, n’en a pas. En plus des œstrogènes et de la progestérone, le corps jaune produit des substances vasoactives comme la relaxine et le facteur de croissance de l’endothélium vasculaire (VEGF), jugées importantes pour la mise en place du placenta et que le cycle substitué ne remplace pas (Singh et al., 2020). Il s’agit d’une hypothèse, non d’une cause démontrée. Cela ne rend pas le cycle substitué inadapté par principe ; cela donne une raison de discuter clairement du choix.
Cycle naturel
Dans un cycle naturel, l’équipe suit votre ovulation et programme le transfert autour de votre propre rythme biologique. Lorsque l’ovulation est régulière, cette approche permet de limiter les médicaments et de rester au plus près du cycle spontané.
La contrepartie est un calendrier moins prévisible. Le suivi doit parfois être plus souple, et une tentative peut être reportée si l’ovulation ne peut pas être datée avec suffisamment de confiance. Dans l’essai randomisé cité plus haut, les cycles ont été annulés plus souvent avec l’ovulation naturelle qu’avec le cycle substitué (16,2 % contre 11,5 %) (Wei et al., 2026). « Naturel » ne veut donc pas forcément dire « plus simple » : cela signifie que le calendrier vient du cycle plutôt que d’un programme entièrement contrôlé.
L’approche du Dr Aksoy sur le soutien lutéal : en cycle naturel vrai, le corps jaune produit de la progestérone, mais je préfère tout de même ajouter un soutien par progestérone pendant la phase lutéale, car des essais randomisés et des méta-analyses ont rapporté davantage de naissances vivantes avec ce soutien en TEC sur cycle naturel vrai (Erden et al., 2026). J’utilise l’hCG pour programmer l’ovulation si nécessaire, pas comme soutien lutéal. La régularité de l’ovulation, le profil de LH et de progestérone, la qualité apparente du corps jaune et le protocole de cycle naturel utilisé orientent ma décision.
Cycle hybride ou modifié
Le cycle naturel modifié repose lui aussi sur votre ovulation : vous développez un follicule et formez votre propre corps jaune, mais l’ovulation est le plus souvent déclenchée par une injection d’hCG afin de programmer le transfert de façon plus prévisible. C’est un compromis pratique entre physiologie et calendrier, parfois appelé cycle hybride. Une méta-analyse d’essais randomisés publiée en 2026 a retrouvé des taux de naissance vivante comparables entre cycle naturel modifié et cycle naturel vrai (Venetis et al., 2026).
Il peut être discuté lorsque l’ovulation est présente mais pas parfaitement prévisible, ou lorsque vous souhaitez moins de médicaments qu’avec un cycle entièrement substitué. Dans les cycles naturels modifiés déclenchés par hCG, l’ajout systématique de progestérone n’a pas montré d’augmentation des naissances vivantes : un essai randomisé et une méta-analyse publiés en 2026 n’ont pas retrouvé de bénéfice net (Saupstad et al., 2026 ; Erden et al., 2026). Le protocole est défini au cas par cas. Un calendrier trouvé en ligne ne remplace pas le suivi et les décisions de l’équipe médicale.
Comment le choix se fait
Chez les femmes qui ovulent régulièrement, les données penchent désormais vers la préservation de l’ovulation. Dans le plus grand essai randomisé publié à ce jour, 4 376 femmes de 20 à 40 ans qui ovulaient ont reçu soit une préparation sur ovulation naturelle, soit un cycle substitué, avant le transfert d’un seul blastocyste congelé. Les taux de naissance vivante en bonne santé étaient comparables (41,6 % contre 40,6 %), tandis que les pertes de grossesse précoces (12,1 % contre 15,2 %), la prééclampsie (2,9 % contre 4,6 % des grossesses cliniques) et l’hémorragie du post-partum (2,0 % contre 6,1 % des accouchements) étaient moins fréquentes après ovulation naturelle (Wei et al., 2026). Une revue du congrès ESHRE 2025 conclut que, chez les femmes qui ovulent régulièrement, le TEC en cycle naturel peut désormais être considéré comme l’approche à privilégier (revue de congrès EMJ, 2025).
Une méta-analyse de 17 essais randomisés (10 611 femmes) publiée en 2026 a retrouvé, avec un niveau de certitude élevé, moins de pertes de grossesse lorsque l’ovulation est préservée (risque relatif 0,75) et des taux de naissance vivante comparables dans l’ensemble ; après exclusion des essais à risque de biais élevé, la naissance vivante était plus fréquente avec ovulation. Pour les troubles hypertensifs de la grossesse, le résultat allait dans le même sens sans être statistiquement certain. Les auteurs conseillent de privilégier une préparation avec ovulation tout en limitant les annulations de cycle (Martins et Nastri, 2026).
Lorsque l’ovulation n’est pas régulière, le cycle substitué reste l’option pratique. En pratique, la discussion revient souvent à cinq questions :
- L’ovulation est-elle régulière et suffisamment prévisible ?
- Quel contrôle du jour du transfert faut-il réellement ?
- Le moment de la progestérone peut-il être synchronisé avec le stade de l’embryon ?
- Existe-t-il un facteur médical ou obstétrical qui change l’équilibre ?
- Quel protocole pourrez-vous suivre de façon régulière ?
La question utile devient : pouvez-vous suivre un protocole avec ovulation de façon sûre et fiable, et sinon, quelle approche substituée vous convient le mieux ?
Sécurité et grossesse
Le choix mérite une discussion plus attentive lorsque le risque de troubles hypertensifs pendant la grossesse est plus élevé. Les auteurs de l’essai randomisé recommandent une préparation sur ovulation naturelle en particulier pour ces patientes, par exemple les femmes de 38 ans ou plus et les femmes en situation d’obésité (Wei et al., 2026). Ces résultats décrivent des groupes ; ils ne prédisent pas l’issue pour chaque patiente.
Cela ne transforme pas tout cycle substitué en mauvaise option. Cela signifie simplement que cette question doit faire partie de la préparation, surtout lorsqu’un cycle naturel ou naturel modifié est possible.
Quand personnaliser davantage
La réflexion doit être plus individualisée lorsque les cycles sont irréguliers, lorsque l’endomètre a été difficile à préparer ou après plusieurs échecs de transfert. L’endométriose et les questions liées au microbiome endométrial peuvent aussi entrer dans le bilan, sans imposer à elles seules un protocole de transfert.
Un SOPK n’impose pas automatiquement un cycle substitué. Ce qui compte, c’est que l’ovulation survienne de façon fiable et puisse être suivie : une femme ayant un SOPK qui ovule régulièrement peut tout à fait suivre un protocole avec ovulation, alors qu’une anovulation rend souvent plus pratique un cycle substitué ou une induction de l’ovulation.
Après plusieurs échecs, un bilan ciblé est généralement plus utile que l’ajout de tests au hasard. L’ESHRE ne recommande pas les tests de réceptivité endométriale actuellement disponibles (recommandations ESHRE sur les add-ons, 2023). Si une endométrite chronique est envisagée, son exploration et son traitement doivent s’appuyer sur le contexte clinique, plutôt que sur un changement automatique du protocole.
Questions fréquentes posées au Dr Aksoy
Cycle substitué ou cycle naturel : lequel est le meilleur pour un TEC ?
Chez une femme qui ovule régulièrement, je préfère désormais, en règle générale, préserver l’ovulation, avec un cycle naturel ou naturel modifié, sauf raison claire de faire autrement. Les données actuelles montrent des taux de naissance vivante comparables à ceux du cycle substitué, avec moins de pertes de grossesse et moins de complications liées à la tension artérielle pendant la grossesse. Je choisis toujours un cycle substitué lorsque l’ovulation est absente ou difficile à suivre, ou lorsque ses avantages cliniques et pratiques l’emportent sur ces différences.
Quand commencent les œstrogènes en cycle substitué, et quand le transfert a-t-il lieu ?
Les œstrogènes commencent généralement au 2e ou 3e jour des règles, en comprimés ou en patchs, si l’échographie de départ est normale. Après environ 10 à 14 jours, l’endomètre est évalué ; si son développement est suffisant, la progestérone est commencée. Le jour du transfert est fixé en faisant correspondre la durée d’exposition à la progestérone avec le jour de développement de l’embryon : un blastocyste de 5e jour est le plus souvent transféré après cinq jours complets de progestérone. Pour les blastocystes de 6e jour, il n’existe toujours pas de standard établi sur le meilleur moment.
Faut-il doser la progestérone avant le transfert, et quel taux est suffisant ?
En cycle substitué, je trouve ce dosage utile : il n’y a pas de corps jaune, et le taux sanguin renseigne sur l’absorption de la progestérone administrée. Il n’existe pourtant pas une seule « bonne valeur » pour toutes : la voie d’administration, la dose, l’heure de la prise de sang et le laboratoire influencent le résultat. Surtout dans les cycles utilisant uniquement de la progestérone vaginale, des taux inférieurs à environ 9 à 11 ng/mL ont été associés à de moins bons résultats (Labarta et al., 2021 ; Melo et al., 2021). Si le taux est bas, un complément de progestérone sous-cutanée ou intramusculaire peut être envisagé. Je ne l’utilise pas comme un seuil absolu d’annulation.
Jusqu’à quand faut-il poursuivre la progestérone et les œstrogènes après un test positif ?
En cycle substitué, il n’y a pas de corps jaune ; je n’arrête donc pas le traitement dès que le test est positif. Les pratiques varient selon les centres, mais les œstrogènes et la progestérone sont en général poursuivis jusqu’à ce que le placenta produise suffisamment d’hormones, le plus souvent jusqu’à 10 à 12 semaines de grossesse. Certaines études soutiennent une diminution plus précoce, mais il n’existe pas de semaine d’arrêt unique et universelle ; le plan doit suivre le protocole du centre.
L’aspirine épaissit-elle l’endomètre ? Faut-il en prendre avant un TEC ?
Non. Il n’a pas été démontré que l’aspirine épaississe l’endomètre de façon fiable ni qu’elle améliore les résultats d’un TEC de routine ; je ne la prescris donc pas systématiquement pour un endomètre fin. Dans des études randomisées, l’aspirine n’a pas nettement augmenté l’épaisseur de l’endomètre (Weckstein et al., 1997 ; Hsieh et al., 2000) ; dans un essai randomisé mené en cycles de TEC, l’endomètre était même plus fin dans le groupe aspirine (Davar et al., 2020). Une revue Cochrane n’a pas retrouvé de différence de naissance vivante avec l’aspirine en FIV (Siristatidis et al., 2016). L’aspirine n’est utilisée que pour une autre raison médicale, comme une thrombose, un syndrome des antiphospholipides ou la prévention de la prééclampsie pendant la grossesse.
Références
- Wei D, Qin Y, Sun Y, et al. Natural ovulation versus programmed regimens before frozen embryo transfer in ovulatory women: multicentre, randomised clinical trial. BMJ 2026;392:e087045.
- Roelens C, Racca A, Mackens S, et al. Artificially prepared vitrified-warmed embryo transfer cycles are associated with an increased risk of pre-eclampsia. Reprod Biomed Online 2022;44(5):915–922.
- Erden M, Mumusoglu S, Uyanik E, et al. Revisiting natural cycle frozen embryo transfer: a systematic review and meta-analysis. Hum Reprod Update 2026;32(4):439–457.
- Saupstad M, Colombo C, Bergenheim SJ, et al. Optimizing the protocol for modified natural cycle frozen embryo transfer (mNC-FET): a multicentre, single-blinded randomized controlled trial. Hum Reprod Open 2026;2026(1):hoag003.
- Martins WP, Nastri CO. Endometrial preparation with vs without ovulation for frozen-embryo transfer: systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. Ultrasound Obstet Gynecol 2026.
- Venetis C, Kiose K, Apostolidou M, et al. Modified natural vs. natural cycle for endometrial preparation in frozen embryo transfer: a meta-analysis. Fertil Steril 2026;125(5):833–844.
- Singh B, Reschke L, Segars J, Baker VL. Frozen-thawed embryo transfer: the potential importance of the corpus luteum in preventing obstetrical complications. Fertil Steril 2020;113(2):252–257.
- Labarta E, Mariani G, Paolelli S, et al. Impact of low serum progesterone levels on the day of embryo transfer on pregnancy outcome: a prospective cohort study in artificial cycles with vaginal progesterone. Hum Reprod 2021;36(3):683–692.
- Melo P, Chung Y, Pickering O, et al. Serum luteal phase progesterone in women undergoing frozen embryo transfer in assisted conception: a systematic review and meta-analysis. Fertil Steril 2021;116(6):1534–1556.
- Siristatidis CS, Basios G, Pergialiotis V, Vogiatzi P. Aspirin for in vitro fertilisation. Cochrane Database Syst Rev 2016;11:CD004832.
- Weckstein LN, Jacobson A, Galen D, et al. Low-dose aspirin for oocyte donation recipients with a thin endometrium: prospective, randomized study. Fertil Steril 1997;68(5):927–930.
- Hsieh YY, Tsai HD, Chang CC, et al. Low-dose aspirin for infertile women with thin endometrium receiving intrauterine insemination: a prospective, randomized study. J Assist Reprod Genet 2000;17(3):174–177.
- Davar R, Pourmasumi S, Mohammadi B, Lahijani MM. The effect of low-dose aspirin on the pregnancy rate in frozen-thawed embryo transfer cycles: a randomized clinical trial. Int J Reprod Biomed 2020;18(9):693–700.
- ESHRE Add-ons Working Group, Lundin K, Bentzen JG, et al. Good practice recommendations on add-ons in reproductive medicine. Hum Reprod 2023;38(11):2062–2104.
- Andreeva P, Oprova I. Highlights from ESHRE 2025: advances in endometrial preparation strategies for frozen embryo transfer. EMJ congress review, 2025.
Ajouter comme source préférée sur Google
Vous pouvez ajouter draksoyivf.com parmi vos sources d'informations médicales préférées sur Google.
Le contenu a été créé par Dr. Senai Aksoy et approuvé médicalement.