Endométriose : symptômes, diagnostic, traitement et fertilité
À retenir
L'endométriose est une maladie chronique inflammatoire dépendante des œstrogènes qui touche environ 10 % des femmes en âge de procréer. Les recommandations ESHRE 2022 ont profondément modifié la prise en charge : le diagnostic repose désormais d'abord sur l'imagerie (échographie IDEA et IRM), la cœlioscopie n'est plus systématique. Avant FIV, la cystectomie d'un endométriome et la pré-stimulation prolongée par agoniste de la GnRH ne sont plus recommandées en routine. Le traitement médical de la douleur s'appuie principalement sur les contraceptifs hormonaux combinés et les progestatifs comme le diénogest.
Endométriose : ce que disent les recommandations 2022
L’endométriose est une maladie chronique, dépendante des œstrogènes, inflammatoire et fibrosante. Elle correspond à la présence de tissu semblable à l’endomètre en dehors de la cavité utérine — sur le péritoine, les ovaires, les ligaments utéro-sacrés, la cloison recto-vaginale, la vessie, l’intestin, parfois à distance (diaphragme, ombilic). Elle touche environ 10 % des femmes en âge de procréer dans le monde — soit près de 190 millions de personnes selon l’OMS 2023.
La recommandation européenne de référence — ESHRE 2022 (Becker et al., Human Reproduction Open) — a profondément modifié la prise en charge. Trois changements à connaître :
- Le diagnostic se fait d’abord par l’imagerie (échographie endovaginale selon le protocole IDEA, puis IRM si nécessaire). La cœlioscopie n’est plus le « gold standard » et n’est demandée que si l’imagerie est négative malgré des symptômes persistants, ou après échec d’un traitement empirique.
- Avant une FIV, la chirurgie des endométriomes ovariens n’est pas recommandée en routine : elle ne fait pas augmenter le taux de naissance vivante et peut réduire la réserve ovarienne.
- La pré-stimulation prolongée par agoniste de la GnRH (3–6 mois) avant FIV n’est plus recommandée : les données récentes (Cochrane 2019) ne montrent pas de bénéfice clair.
Ces évolutions visent à réduire les chirurgies et traitements inutiles, à raccourcir le délai diagnostique (souvent de 7 à 10 ans selon les pays) et à préserver la fertilité.

L’endométriose : quelques chiffres-clés
- Prévalence générale : environ 4,4 % des femmes (intervalle de confiance 95 % 3,6–5,2), jusqu’à 10 % selon les sources cliniques (OMS).
- Chez les femmes infertiles : 23,8 % dans les séries chirurgicales (IC 95 % 16,1–31,5).
- Chez les femmes avec douleur pelvienne chronique : 50 à 80 %.
- Héritabilité : environ 50 %. Une étude de génétique à grande échelle (Rahmioglu et al., Nature Genetics 2023) a identifié 42 régions de risque génétique et confirmé un terrain partagé avec la migraine, la douleur chronique multisite, l’asthme et l’arthrose.
Le délai diagnostique reste un problème majeur de la prise en charge : selon une revue récente (De Corte et al., BJOG 2025), le délai moyen varie de quelques mois à plus de 12 ans selon les pays.
Pathophysiologie : pourquoi l’endométriose se développe
Aucune théorie unique n’explique toutes les formes. Le modèle actuel est multifactoriel :
- Menstruation rétrograde (Sampson) : du sang menstruel reflue par les trompes vers la cavité pelvienne. Ce reflux concerne plus de 90 % des femmes, mais seulement environ 10 % développent une endométriose — la menstruation rétrograde est donc nécessaire mais pas suffisante.
- Métaplasie cœlomique (Meyer) : transformation de cellules péritonéales en tissu semblable à l’endomètre. Explique l’endométriose avant la puberté et certaines formes rares.
- Restes embryonnaires müllériens (Batt) : présence congénitale de tissu müllérien mal placé, en particulier dans la cloison recto-vaginale.
- Cellules souches : dissémination par voie sanguine ou lymphatique de cellules progénitrices endométriales.
- Dysrégulation immunitaire : les macrophages péritonéaux n’éliminent pas correctement les débris menstruels ; les cytokines pro-inflammatoires (IL-6, IL-8, TNF-α) sont élevées ; la cyclo-oxygénase 2 (COX-2) est stimulée par les œstrogènes, créant des boucles d’auto-amplification.
- Génétique : héritabilité de 50 %, 42 loci de risque identifiés en 2023.
- Microbiome : piste de recherche prometteuse mais préliminaire. Aucune indication clinique actuelle pour modifier le microbiote intestinal ou vaginal en routine.
- Anomalies endométriales : résistance à la progestérone dans l’endomètre eutopique, expression aberrante de l’aromatase dans les lésions, troubles de l’expression de HOXA10/11 — autant de facteurs qui peuvent altérer l’implantation embryonnaire.
Classifications : comprendre les stades
Trois systèmes coexistent et se complètent.
r-ASRM (révision 1996/1997)
C’est le système le plus utilisé. Il attribue un score aux lésions et adhérences observées en chirurgie, et classe la maladie en quatre stades :
- Stade I (minime) — quelques lésions superficielles isolées.
- Stade II (légère) — lésions superficielles plus nombreuses.
- Stade III (modérée) — lésions plus profondes, endométriomes, adhérences modérées.
- Stade IV (sévère) — lésions étendues, gros endométriomes, atteinte profonde, adhérences denses.
Limite : le stade ne reflète pas bien la douleur ni la fertilité, et sous-estime la maladie profonde.
#Enzian (mise à jour 2021)
Système Enzian révisé (Keckstein et al., 2021) : une classification par compartiments anatomiques, qui peut être appliquée à l’imagerie (échographie, IRM) comme à la chirurgie. Elle complète r-ASRM et standardise la description de l’endométriose profonde.
Endometriosis Fertility Index (EFI)
Le score EFI (Adamson & Pasta 2010) combine des facteurs historiques (âge, durée d’infertilité, antécédents de grossesse) et des éléments chirurgicaux (fonction des trompes et des ovaires, score r-ASRM). Il prédit les chances de grossesse spontanée après chirurgie.
Pour les stades III/IV avec un EFI supérieur à 7, le taux de naissance vivante non assistée atteint environ 60 % à 3 ans et 75 % à 5 ans. Cela peut justifier une période d’attente avant de recourir à la FIV chez les patientes éligibles.
Symptômes
Les manifestations sont variables et souvent dépendantes du cycle. Une endométriose peut aussi être totalement asymptomatique (découverte fortuite à l’imagerie ou en chirurgie).
- Dysménorrhée progressive — règles douloureuses qui s’intensifient au fil des années et résistent aux antalgiques.
- Douleur pelvienne chronique non liée aux règles.
- Dyspareunie profonde (douleur pendant les rapports sexuels), évocatrice d’une atteinte des ligaments utéro-sacrés ou de la cloison recto-vaginale.
- Dyschésie (douleur à la défécation), surtout perimenstruelle — évocatrice d’une atteinte intestinale.
- Dysurie (douleur à la miction), surtout perimenstruelle — évocatrice d’une atteinte vésicale.
- Infertilité (de 30 à 50 % des femmes infertiles présentent une endométriose).
- Fatigue chronique, troubles digestifs cycliques, ballonnement.
- Saignements atypiques : rectorragies cycliques, hématurie cyclique.
L’examen clinique peut révéler une douleur à la palpation des ligaments utéro-sacrés, des nodules dans le cul-de-sac postérieur, un utérus rétroversé fixé ou une masse annexielle. Un examen normal n’exclut pas l’endométriose.
Diagnostic : l’imagerie d’abord
C’est l’évolution majeure des recommandations ESHRE 2022.
Échographie endovaginale (IDEA, 2016)
L’échographie endovaginale selon le protocole IDEA (Guerriero et al., 2016) explore systématiquement quatre étapes :
- Utérus et annexes — recherche d’adénomyose, kystes ovariens, endométriome ;
- Marqueurs « doux » — sensibilité ovarienne, fixation des ovaires ;
- Signe du glissement dans le cul-de-sac de Douglas — un cul-de-sac « collé » signe une atteinte profonde ;
- Compartiments antérieur et postérieur — recherche de nodules profonds dans la cloison vésicale ou recto-vaginale.
Réalisée par un échographiste expérimenté, l’échographie IDEA a une sensibilité et une spécificité comparables au diagnostic chirurgical pour l’endométriome et la maladie profonde.
IRM pelvienne
L’IRM est demandée lorsque l’échographie est non concluante, en cas de suspicion d’endométriose profonde, ou pour la cartographie chirurgicale. Sa précision rivalise avec celle de l’échographie experte pour les atteintes recto-sigmoïdiennes, utéro-sacrées et recto-vaginales.
CA-125 : à ne pas utiliser pour le dépistage
Le CA-125 a une sensibilité d’environ 20 à 50 % pour les stades I–II et n’est utile ni pour le dépistage ni pour exclure le diagnostic. L’ESHRE 2022 le déconseille explicitement dans ce contexte.
Cœlioscopie : confirmatoire, pas systématique
ESHRE 2022 (citation traduite) : « La cœlioscopie n’est plus le standard diagnostique et n’est recommandée que chez les patientes ayant une imagerie négative et/ou en cas d’échec ou d’inadéquation d’un traitement empirique. »
Cela ne signifie pas que la cœlioscopie est obsolète : elle reste indiquée pour le traitement chirurgical, le bilan d’infertilité dans certains cas, et la confirmation des formes superficielles non visibles à l’imagerie. Mais elle n’est plus le premier pas.
Endométriome ovarien : opérer ou pas ?
L’endométriome (kyste ovarien d’endométriose, parfois appelé « kyste chocolat ») est une situation fréquente qui pose des décisions difficiles.
Surveillance ou chirurgie ?
- Endométriome unilatéral, asymptomatique, inférieur à 4 cm chez une femme avec un projet de fertilité : surveillance, sans chirurgie.
- Indications opératoires : douleur réfractaire, suspicion de cancer (caractéristiques échographiques atypiques, croissance rapide), kyste supérieur à 4 cm gênant l’accès aux follicules pour une ponction en FIV, surinfection répétée.
Impact de la cystectomie sur la réserve ovarienne
La cystectomie laparoscopique réduit la réserve ovarienne. Les données sont robustes :
- Méta-analyse de Raffi et al., 2012 : baisse moyenne pondérée de l’AMH de −1,13 ng/mL (IC 95 % −1,88 à −0,37), avec une diminution d’environ 30 % après cystectomie unilatérale et 44 % après cystectomie bilatérale.
- Somigliana et al., 2012 : 9 études sur 11 confirment cette baisse.
- Risque d’insuffisance ovarienne prématurée de 2,4 à 13 % après cystectomie bilatérale.
Avant FIV : la chirurgie n’améliore pas le taux de naissance vivante
L’ESHRE 2022 émet une recommandation forte : la cystectomie systématique des endométriomes avant FIV n’est pas recommandée. La méta-analyse de Hamdan et al., 2015 ne retrouve aucun gain de grossesse clinique (OR 0,97 ; IC 95 % 0,78–1,20) ni de naissance vivante (OR 0,90 ; IC 95 % 0,63–1,28) par rapport à une attitude expectative.
Citation ESHRE 2022 (traduite) : « Il n’est pas recommandé aux cliniciens de réaliser systématiquement une chirurgie de l’endométriome ovarien avant une procédure d’AMP pour améliorer le taux de naissance vivante, étant donné l’absence de bénéfice démontré et l’impact négatif probable sur la réserve ovarienne. »
La chirurgie reste discutée au cas par cas pour soulager la douleur, faciliter l’accès aux follicules ou en cas de suspicion de malignité.
Technique chirurgicale
Lorsque la chirurgie est indiquée, plusieurs principes sont importants : cystectomie laparoscopique avec utilisation minimale de la coagulation bipolaire (privilégier la suture ou les agents hémostatiques), techniques économes en énergie (énergie plasma ou laser CO₂ pour l’ablation de la paroi du kyste, lorsqu’elles sont disponibles).
Endométriose et infertilité
Pourquoi l’endométriose réduit-elle la fertilité ?
Plusieurs mécanismes coexistent :
- Distorsion anatomique (adhérences, hydrosalpinx, ovaires fixés) dans les stades III/IV.
- Environnement péritonéal toxique — cytokines pro-inflammatoires, espèces réactives de l’oxygène, qui altèrent les gamètes et les premiers stades embryonnaires.
- Qualité ovocytaire réduite (Sanchez et al., Human Reproduction Update) — moins d’ovocytes matures, plus d’anomalies du fuseau méiotique.
- Réceptivité endométriale altérée — résistance à la progestérone, expression anormale de HOXA10/11, anomalie de l’intégrine β3.
- Réserve ovarienne parfois déjà diminuée avant toute chirurgie (Muzii et al., 2018 — méta-analyse).
Décision : attente ou FIV ?
Le choix dépend du stade, de l’EFI, de l’âge et des facteurs associés :
- Stade I/II + EFI ≥ 5–6 + femme de moins de 35 ans : 6 à 12 mois d’attente après chirurgie si confirmée, avec ou sans insémination intra-utérine (IIU) selon les facteurs masculins et tubaires.
- Stade III/IV + EFI ≥ 7 : attente de 6 à 12 mois raisonnable, avec un taux de naissance vivante non assistée d’environ 60 % à 3 ans. AMP proposée pour les patientes qui n’ont pas conçu.
- EFI ≤ 4, ou âge ≥ 35 ans, ou maladie avancée associée à un facteur masculin ou tubaire : FIV directement.
- Réserve ovarienne sévèrement diminuée (AMH < 0,5 ng/mL, AFC < 5) : FIV sans chirurgie préalable, avec stratégies adaptées (random-start, DuoStim, accumulation d’embryons).
Pré-traitement long par agoniste de la GnRH avant FIV : non recommandé
Pendant longtemps, un protocole « ultralong » de 3 à 6 mois d’agoniste de la GnRH avant FIV a été utilisé en routine. La revue Cochrane mise à jour (Georgiou et al., 2019) a déclassé la qualité des données à « très faible » et n’a pas confirmé de bénéfice en termes de naissance vivante ou de grossesse clinique.
L’ESHRE 2022 émet une recommandation forte contre cette pratique en routine. Elle peut être discutée au cas par cas chez certaines patientes ayant des symptômes douloureux importants, après information.
Choix du protocole de FIV
ESHRE 2022 (traduit) : « Aucun protocole spécifique d’AMP ne peut être recommandé chez la femme atteinte d’endométriose. Les protocoles agoniste et antagoniste de la GnRH peuvent être proposés selon les préférences du couple et du médecin, en l’absence de différence démontrée en termes de grossesse ou de naissance vivante. »
Le transfert d’embryon congelé (freeze-all) peut être envisagé dans certaines situations (maladie sévère, risque d’hyperstimulation, réceptivité endométriale douteuse), mais il ne doit pas être imposé en routine.
Traitement de la douleur
Une approche par paliers est recommandée. Votre médecin détermine la stratégie selon l’intensité de la douleur, le projet de grossesse, les autres antécédents et la tolérance.
Premier palier — antalgiques et contraceptifs combinés
- AINS à la demande pour les épisodes douloureux.
- Contraceptifs hormonaux combinés (pilule orale, anneau vaginal, patch) — préférentiellement en continu ou en cycle prolongé pour supprimer les règles. ESHRE 2022 émet une recommandation forte en première intention.
Deuxième palier — progestatifs
- Diénogest 2 mg/jour — efficacité confirmée par les essais Strowitzki 2010 (PMID 20089522), avec un profil de saignement acceptable et un impact osseux limité à 24 mois.
- Stérilet au lévonorgestrel ou implant à l’étonogestrel — alternatives progestatives utiles selon le contexte contraceptif.
Troisième palier — agonistes de la GnRH
Réservés aux cas réfractaires, avec add-back thérapie obligatoire (norethistérone ou faible dose d’œstrogène + progestatif) dès le début pour limiter les bouffées de chaleur et la perte osseuse. Durée limitée à 6–12 mois.
Inhibiteurs de l’aromatase
Letrozole ou anastrozole en cas de douleur réfractaire, en particulier chez les femmes ménopausées avec endométriose résiduelle. Hors AMM, à associer à un progestatif ou contraceptif combiné chez la femme préménopausée.
Approches intégratives
- Kinésithérapie du plancher pelvien — recommandée par l’ESHRE 2022 lorsqu’une composante myofasciale est présente.
- Thérapies cognitivo-comportementales pour la composante de douleur chronique.
- Acupuncture — preuves limitées mais positives dans de petits essais.
- Régimes anti-inflammatoires et compléments alimentaires : aucun bénéfice solidement démontré ; à ne pas opposer aux traitements médicaux validés.
Chirurgie : excision plutôt qu’ablation
Pour les lésions superficielles
L’excision chirurgicale des lésions est préférée à l’ablation (coagulation ou destruction par énergie thermique) lorsque l’expertise le permet. La méta-analyse de Pundir et al., 2017 (3 essais randomisés, 335 patientes) montre une amélioration significativement supérieure à 12 mois pour la dyschésie, la douleur pelvienne chronique et le score EHP-30 de douleur globale. Le suivi à 5 ans de Healey et al., 2014 confirme une supériorité pour la dyspareunie et une moindre nécessité de traitement hormonal au long cours après excision.
L’argument biologique est aussi favorable à l’excision : histologie complète (recherche d’atypies), moins de lésions thermiques sur le tissu ovarien sain, moindre résidu microscopique.
Endométriose profonde (DIE) : équipe pluridisciplinaire
L’endométriose profonde (atteinte du rectum, du sigmoïde, de la vessie, des uretères ou de la cloison recto-vaginale) doit être prise en charge dans des centres experts avec équipe pluridisciplinaire (chirurgie gynécologique, colorectale, urologique) et imagerie pré-opératoire dédiée.
Les techniques conservatrices d’épargne intestinale (shaving, excision discoïde) sont préférées à la résection segmentaire lorsque c’est anatomiquement possible. La méta-analyse de Bendifallah et al., 2020 (60 études) montre des complications nettement plus faibles avec le shaving :
- Fistule recto-vaginale : OR 0,19 (IC 95 % 0,10–0,36) vs disque ; OR 0,26 (IC 95 % 0,15–0,44) vs résection segmentaire.
- Fuite anastomotique : OR 0,22 (IC 95 % 0,06–0,73) vs disque.
- Dysfonction vésicale persistante : OR 0,34 (IC 95 % 0,18–0,63) vs segmentaire.
Récidive
La récidive post-opératoire est estimée à environ 21,5 % à 2 ans et 40–50 % à 5 ans sans traitement médical post-opératoire. Un traitement hormonal de fond (contraceptif combiné en continu, diénogest) réduit significativement le risque de récidive d’endométriome.
Endométriose chez l’adolescente
L’endométriose peut commencer dès les premières règles. Les lésions sont souvent atypiques (rouges, vésiculaires) plutôt que les classiques lésions « pigmentées ». Un index de suspicion élevé est nécessaire devant une dysménorrhée invalidante, un absentéisme scolaire ou des douleurs résistant aux antalgiques classiques.
ESHRE 2022 (traduit) : « Chez les adolescentes ayant une dysménorrhée sévère et/ou une douleur associée à l’endométriose, les cliniciens doivent prescrire un contraceptif hormonal ou un progestatif (par voie systémique ou par stérilet au lévonorgestrel) en première intention. »
Un traitement hormonal précoce peut soulager la douleur, préserver la fertilité future et limiter la progression de la maladie. La chirurgie est réservée aux cas réfractaires, dans des centres experts.
Contexte turc
La réglementation turque interdit le don d’ovocytes, le don de sperme, le don d’embryons et la gestation pour autrui. Cette contrainte concerne particulièrement les patientes avec endométriose avancée et réserve ovarienne sévèrement diminuée : les stratégies disponibles en Turquie se limitent aux ovocytes propres (cycles répétés, accumulation d’embryons, protocoles random-start ou DuoStim). Cette information doit être communiquée clairement lors de la consultation, afin de permettre une décision éclairée. Les options à l’étranger sont discutées à titre informatif.
En pratique
L’endométriose est une maladie chronique, pas un événement ponctuel. Sa prise en charge a évolué profondément depuis 2022 :
- Diagnostic d’abord par imagerie (échographie IDEA puis IRM si nécessaire) ; cœlioscopie réservée aux cas non résolus.
- CA-125 inutile pour le dépistage et le diagnostic.
- Avant FIV : ni chirurgie systématique des endométriomes, ni pré-stimulation prolongée par agoniste de la GnRH.
- Traitement médical par paliers — AINS, contraceptifs hormonaux combinés, diénogest, puis agonistes de la GnRH avec add-back pour les cas réfractaires.
- Excision plutôt qu’ablation pour la chirurgie des lésions ; endométriose profonde dans des centres experts.
- Approche pluridisciplinaire — gynécologue, équipe AMP, chirurgien, kinésithérapeute du plancher pelvien, accompagnement psychologique selon le contexte.
La bonne décision pour vous dépend de plusieurs facteurs : symptômes, projet de grossesse, âge, réserve ovarienne, étendue de la maladie, antécédents chirurgicaux. Aucune stratégie unique ne convient à toutes les patientes.
FAQ
L’endométriose se guérit-elle ?
Elle ne se guérit pas définitivement, mais elle peut être contrôlée. Le traitement médical maîtrise la douleur et freine la progression ; la chirurgie soulage les lésions et améliore parfois la fertilité ; la grossesse et la ménopause atténuent souvent la maladie. L’objectif est une qualité de vie acceptable et un projet de grossesse mené à terme lorsque c’est souhaité.
Faut-il opérer toutes les endométrioses ?
Non. La décision dépend de la douleur, du projet de grossesse, de l’âge, de la taille et de la localisation des lésions. L’ESHRE 2022 a clairement réduit les indications opératoires en routine, notamment avant FIV.
Pourquoi ne fait-on plus systématiquement la cœlioscopie pour diagnostiquer ?
Parce que l’échographie endovaginale et l’IRM, réalisées par des opérateurs expérimentés, ont une précision comparable au diagnostic chirurgical pour les endométriomes et les lésions profondes. La cœlioscopie est réservée aux cas non résolus par l’imagerie, ou lorsqu’un traitement est nécessaire dans le même geste.
Pourquoi ne pas opérer mon endométriome avant la FIV ?
Parce que les études ne montrent pas d’amélioration du taux de naissance vivante après cystectomie pré-FIV, et que la chirurgie peut réduire votre réserve ovarienne (baisse moyenne de l’AMH d’environ 30 % après une cystectomie unilatérale, jusqu’à 44 % après bilatérale). La chirurgie reste discutée si vous avez une douleur importante, une suspicion de malignité ou un kyste qui gêne l’accès aux follicules.
Quel traitement de la douleur pour quelle situation ?
En général : AINS et contraceptifs combinés en continu en première intention ; diénogest en seconde intention ; agonistes de la GnRH avec add-back en troisième intention pour les cas réfractaires. Votre médecin choisit selon vos symptômes, votre projet de grossesse et la tolérance des différents traitements.
Quel délai pour envisager la FIV après une chirurgie d’endométriose ?
Cela dépend du stade et de votre EFI (Endometriosis Fertility Index). Pour les stades III/IV avec EFI supérieur à 7, une attente de 6 à 12 mois est raisonnable, car environ 60 % des patientes conçoivent naturellement dans les 3 ans. Pour les EFI plus bas, l’âge avancé ou un facteur masculin associé, la FIV est proposée plus rapidement.
L’endométriose peut-elle s’aggraver pendant une FIV ?
La stimulation ovarienne expose à des taux d’œstrogènes élevés, qui pourraient théoriquement aggraver les lésions. Les données cliniques ne confirment pas un retentissement significatif sur la maladie elle-même. Le bénéfice de la FIV est presque toujours supérieur à ce risque théorique chez la patiente infertile.
Que faire en cas d’endométriose et d’insuffisance ovarienne sévère ?
C’est une situation difficile. En Turquie, le don d’ovocytes étant interdit, la prise en charge se limite à l’utilisation des ovocytes propres : protocoles random-start, DuoStim, accumulation d’embryons sur plusieurs cycles. Votre équipe AMP discute également de la préservation de la fertilité dès que possible si une chirurgie est envisagée.
Quels examens préparer pour la consultation ?
Apportez vos résultats d’échographies pelviennes, IRM, dosages hormonaux (AMH, FSH, œstradiol, prolactine), comptes rendus opératoires éventuels, traitements en cours, calendrier des cycles et de la douleur (échelle visuelle si possible), et toute analyse de sperme du partenaire si elle existe.
Sources
- Becker CM, Bokor A, Heikinheimo O, et al. ESHRE guideline: endometriosis. Human Reproduction Open 2022;2022(2):hoac009.
- WHO. Endometriosis Fact Sheet, March 2023.
- Guerriero S, Condous G, van den Bosch T, et al. Systematic approach to sonographic evaluation of the pelvis in women with suspected endometriosis (IDEA consensus). Ultrasound Obstet Gynecol 2016;48:318–332.
- Rahmioglu N, Mortlock S, Ghiasi M, et al. The genetic basis of endometriosis and comorbidity with other pain and inflammatory conditions. Nat Genet 2023;55:423–436.
- Keckstein J, Saridogan E, Ulrich UA, et al. The #Enzian classification: A comprehensive non-invasive and surgical description system for endometriosis. Acta Obstet Gynecol Scand 2021;100:1165–1175.
- Adamson GD, Pasta DJ. Endometriosis fertility index: the new, validated endometriosis staging system. Fertil Steril 2010;94(5):1609–1615.
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- Raffi F, Metwally M, Amer S. The impact of excision of ovarian endometrioma on ovarian reserve: a systematic review and meta-analysis. J Clin Endocrinol Metab 2012;97(9):3146–3154.
- Somigliana E, Berlanda N, Benaglia L, et al. Surgical excision of endometriomas and ovarian reserve: a systematic review on serum antimüllerian hormone level modifications. Fertil Steril 2012;98(6):1531–1538.
- Georgiou EX, Melo P, Baker PE, et al. Long-term GnRH agonist therapy before in vitro fertilisation (IVF) for improving fertility outcomes in women with endometriosis. Cochrane Database Syst Rev 2019;CD013240.
- Pundir J, Omanwa K, Kovoor E, et al. Laparoscopic Excision Versus Ablation for Endometriosis-associated Pain: An Updated Systematic Review and Meta-analysis. J Minim Invasive Gynecol 2017;24(5):747–756.
- Healey M, Cheng C, Kaur H. To excise or ablate endometriosis? A prospective randomized double-blinded trial after 5-year follow-up. J Minim Invasive Gynecol 2014;21(6):999–1004.
- Bendifallah S, Vesale E, Daraï E, et al. Bowel-sparing techniques versus segmental resection for deep infiltrating colorectal endometriosis: systematic review and meta-analysis. J Minim Invasive Gynecol 2020.
- Strowitzki T, Marr J, Gerlinger C, et al. Dienogest is as effective as leuprolide acetate in treating the painful symptoms of endometriosis. Hum Reprod 2010;25(3):633–641.
- Sanchez AM, Vanni VS, Bartiromo L, et al. Is the oocyte quality affected by endometriosis? A review of the literature. Hum Reprod Update 2017;23(5):600–622.
Le contenu a été créé par Dr. Senai Aksoy et approuvé médicalement.
