Hyperprolactinémie : causes, diagnostic, traitement et fertilité
À retenir
L'hyperprolactinémie correspond à un taux de prolactine supérieur à environ 25 ng/mL chez la femme non enceinte. Elle ne justifie pas un dépistage systématique chez toutes les femmes infertiles : les recommandations 2023 (ESHRE, Pituitary Society) ciblent les femmes ayant des troubles du cycle, une galactorrhée ou une anovulation. Le traitement de référence est la cabergoline. La macroprolactine, présente dans environ 19 % des hyperprolactinémies, est le principal piège diagnostique.
Hyperprolactinémie : ce que disent les recommandations 2023
L’hyperprolactinémie correspond à un taux de prolactine sanguine supérieur à la limite haute de la normale, soit environ 25 ng/mL (≈ 530 mIU/L) chez la femme non enceinte selon les laboratoires. Elle peut perturber l’ovulation, les cycles menstruels, la libido ou provoquer une galactorrhée — mais toutes les hyperprolactinémies ne se ressemblent pas. Trois points résument l’état actuel des connaissances :
- Le dépistage systématique de la prolactine chez toutes les femmes infertiles n’est pas recommandé. L’ESHRE 2023 le précise : il faut tester uniquement en présence de symptômes (cycles irréguliers, galactorrhée, anovulation, signes de tumeur hypophysaire).
- La cabergoline est le traitement de première intention validé par le Consensus international de la Pituitary Society 2023 et par l’Endocrine Society.
- La macroprolactine — une forme inactive de prolactine — est présente chez environ 19 % des patients ayant une prolactine élevée (méta-analyse internationale, 67 études, 27 pays). Y penser évite des traitements inutiles.

La prolactine : rôle et régulation
La prolactine est une hormone produite par l’antéhypophyse. Son rôle principal est de préparer le sein et de soutenir la production de lait après l’accouchement. Sa sécrétion est normalement freinée par la dopamine d’origine hypothalamique : tout ce qui bloque la dopamine peut donc faire monter la prolactine.
En dehors de la grossesse et de l’allaitement, son taux reste bas. Le stress, le sommeil, la stimulation du mamelon, l’effort intense ou même la simple prise de sang peuvent l’élever transitoirement — la Pituitary Society 2023 note qu’une ponction veineuse stressante peut multiplier la prolactine par deux à quatre pendant moins d’une heure. C’est pour cela qu’un dosage isolé doit toujours être interprété avec son contexte.
Hyperprolactinémie ou prolactinome : ne pas confondre

L’hyperprolactinémie est un résultat biologique : un taux de prolactine au-dessus de la normale. Elle a de nombreuses causes possibles, dont certaines sont parfaitement physiologiques.
Le prolactinome est une cause précise d’hyperprolactinémie : un adénome bénin de l’hypophyse qui sécrète directement de la prolactine. On distingue :
- le microprolactinome (moins de 10 mm),
- le macroprolactinome (10 mm ou plus), qui peut comprimer les structures voisines.
Comme heuristique clinique, la Pituitary Society 2023 retient : une prolactine supérieure à 200 ng/mL oriente fortement vers un prolactinome ; un taux inférieur à 200 ng/mL doit faire chercher activement d’autres causes — médicaments, hypothyroïdie, ou macroprolactine. Cette distinction guide la décision de demander une IRM.
Causes de l’hyperprolactinémie
La recherche de la cause précède le traitement.
Causes physiologiques
Grossesse, allaitement, stimulation du mamelon, sommeil, stress, rapports sexuels récents, effort intense, repas riche en protéines, alcool — tous peuvent faire monter la prolactine de façon transitoire. Une valeur modérément élevée justifie souvent un contrôle dans de meilleures conditions avant d’aller plus loin.
Causes médicamenteuses
Beaucoup de traitements peuvent élever la prolactine, principalement parce qu’ils bloquent l’action inhibitrice de la dopamine :
- Antipsychotiques — la rispéridone et la palipéridone sont les plus prolactinogènes ; l’halopéridol, l’amisulpride, l’olanzapine sont à risque modéré ; l’aripiprazole, la quétiapine et la clozapine ont un effet plus faible.
- Antiémétiques et prokinétiques : métoclopramide, dompéridone.
- Antidépresseurs : ISRS (effet modeste), tricycliques, IMAO.
- Autres : opioïdes, vérapamil, méthyldopa, œstrogènes à forte dose, antihistaminiques H2 à forte dose.
Un médicament suspect ne doit jamais être arrêté seul. Seule l’équipe qui l’a prescrit peut évaluer le rapport bénéfice/risque et proposer une alternative.
Causes médicales
- Prolactinome et autres adénomes hypophysaires (effet de tige pituitaire : prolactine généralement < 100 ng/mL si la tumeur ne sécrète pas elle-même de la prolactine).
- Hypothyroïdie primaire — par stimulation indirecte via la TRH.
- Insuffisance rénale chronique (réduction de la clairance).
- Cirrhose.
- Atteintes de la paroi thoracique : zona, post-thoracotomie, brûlures sévères.
- Hyperprolactinémie idiopathique : environ 40 % des cas, dont beaucoup sont en réalité de la macroprolactine.
Macroprolactine : le piège diagnostique à connaître
La macroprolactine est un complexe entre la prolactine et une immunoglobuline (IgG). Elle est détectée par les dosages standards, mais elle est biologiquement peu active, sa clairance rénale est lente, et elle ne provoque pas d’infertilité.
Sa fréquence est sous-estimée : une méta-analyse de 67 études dans 27 pays (Che Soh et al., 2020) retrouve une prévalence groupée de 18,9 % (IC 95 % 15,8–22,1) chez les patients hyperprolactinémiques. Chez les femmes infertiles spécifiquement, la prévalence atteint 11–13 %.
La Pituitary Society 2023 recommande fortement (citation, traduite) : « La macroprolactinémie doit être évaluée chez les patients ayant une prolactine modérément élevée (< 200 ng/mL), au moins lorsque les signes cliniques ou l’imagerie sont discordants. » La méthode standard est la précipitation au PEG au laboratoire : si moins de 40 % de prolactine monomère est récupérée, le diagnostic de macroprolactinémie est posé. Y penser évite la mise en route inutile d’un traitement par cabergoline et une IRM hypophysaire.
Quand faut-il doser la prolactine ?
C’est l’évolution la plus importante des recommandations 2023. Le dosage de prolactine n’est pas systématique dans le bilan d’infertilité.
L’ESHRE 2023 (Romualdi et al., Hum Reprod) recommande explicitement de ne pas tester la prolactine en routine chez les femmes ayant des cycles réguliers et une infertilité inexpliquée. Une étude de cohorte britannique récente (Zargar-Shoshtari et al., 2022) a montré qu’une hyperprolactinémie le plus souvent légère n’avait pas d’impact sur les taux de grossesse évolutive ou de naissance vivante (OR 0,8 ; IC 95 % 0,5–1,1), que les patientes soient ovulatoires ou oligo-anovulatoires.
Le dosage est en revanche justifié dans les situations suivantes :
- cycles irréguliers, oligoménorrhée ou aménorrhée,
- galactorrhée (écoulement lacté en dehors de l’allaitement),
- anovulation documentée,
- maux de tête ou troubles visuels évocateurs d’un adénome hypophysaire,
- bilan de syndrome des ovaires polykystiques (la prolactine fait partie du bilan différentiel selon le Guideline international PCOS 2023),
- traitement par antipsychotique ou autre médicament prolactinogène avec des symptômes hormonaux.
Pour les fausses couches à répétition, l’opinion 2026 du comité de pratique de l’ASRM conclut qu’il n’y a pas de preuve de qualité reliant la prolactine aux fausses couches à répétition et ne recommande pas un dosage systématique en l’absence de symptômes.
Symptômes de l’hyperprolactinémie
Chez la femme
- Cycles irréguliers ou absents (oligoménorrhée, aménorrhée).
- Anovulation et difficultés de conception.
- Galactorrhée : écoulement lacté spontané ou provoqué, en dehors de l’allaitement.
- Baisse de libido, sécheresse vaginale, troubles de l’humeur.
Chez l’homme
- Baisse de libido, troubles de l’érection.
- Altération possible du spermogramme (concentration, mobilité, morphologie).
- Plus rarement gynécomastie.
Symptômes liés à une tumeur hypophysaire
Lorsqu’un macroprolactinome comprime les structures voisines, des maux de tête persistants et des troubles visuels (rétrécissement du champ visuel par compression du chiasma optique) peuvent apparaître. D’autres déficits hormonaux hypophysaires peuvent s’y associer et doivent être recherchés.
Conséquences à long terme
Une hyperprolactinémie prolongée peut entraîner un déficit en œstrogènes ou en testostérone, avec un retentissement possible sur la santé osseuse (déminéralisation), le moral, le sommeil et la sexualité. Ces dimensions méritent d’être nommées au cours du suivi.
Mécanisme : pourquoi la prolactine bloque l’ovulation
Le mécanisme principal est désormais bien établi : la prolactine élevée inhibe les neurones à kisspeptine du noyau arqué de l’hypothalamus. Ces neurones, identifiés comme les chefs d’orchestre du système reproducteur, projettent vers les neurones à GnRH et règlent la pulsatilité de la GnRH.
Une étude de référence (Brown et al., Endocrinology 2019) a montré qu’éliminer le récepteur à la prolactine spécifiquement sur les neurones à kisspeptine arqués abolit la suppression des pulsations de LH par la prolactine. Chez la femme hyperprolactinémique, l’administration de kisspeptine restaure les pulsations de LH (Millar et al., JCEM 2022).
La conséquence est en cascade : kisspeptine → GnRH → FSH/LH → estradiol → ovulation. Toute rupture de la pulsatilité GnRH altère le développement folliculaire et l’ovulation. La normalisation de la prolactine restaure l’ovulation dans plus de 80 % des cas d’aménorrhée hyperprolactinémique manifeste.
Diagnostic : la démarche en pratique
1. Confirmer le dosage
La Pituitary Society 2023 recommande (citation, traduite) : « Les patientes ayant une hyperprolactinémie avec un taux inférieur à cinq fois la limite supérieure de la normale doivent bénéficier d’un dosage de contrôle. Un dosage avec cathéter veineux est recommandé si une influence du stress est suspectée. »
En pratique :
- prélèvement en milieu de matinée,
- pas d’effort intense, pas de stimulation du mamelon ni de repas copieux dans les 1 à 2 heures précédentes,
- contrôler une valeur modérément élevée avant tout autre examen.
2. Écarter les causes simples
- TSH pour exclure une hypothyroïdie.
- Urée/créatinine et bilan hépatique selon le contexte.
- β-hCG pour exclure une grossesse.
- Revue complète des médicaments.
- Rechercher la macroprolactine (précipitation au PEG) si la prolactine est modérément élevée (< 200 ng/mL) ou si le tableau clinique ne colle pas.
3. IRM hypophysaire
La Pituitary Society 2023 recommande fortement de réaliser une IRM hypophysaire dynamique avec contraste gadoliné (chélates macrocycliques préférés) chez les patients ayant une hyperprolactinémie confirmée non expliquée par une cause non adénomateuse, pour suivre la réponse au traitement, et pour établir une base 3 à 6 mois après une chirurgie.
4. L’effet « hook » : un piège à connaître
Pour les très grands adénomes, certaines techniques de dosage peuvent sous-estimer la prolactine à cause d’un effet de saturation dit « effet hook ». Cela concerne environ 5 % des macroprolactinomes et jusqu’à 14 % des adénomes géants. La Pituitary Society 2023 recommande fortement (citation, traduite) : « Chez les patients ayant un adénome géant et des signes typiques d’hyperprolactinémie mais une prolactine normale ou peu élevée, le dosage doit être répété après dilution au 1:100 pour exclure un effet hook. »
5. Champ visuel
Indiqué si l’imagerie montre que l’adénome touche ou comprime le chiasma optique. Pendant la grossesse, le champ visuel est contrôlé à chaque trimestre pour les macroadénomes ; uniquement en cas de symptômes pour les microadénomes.
Traitement : la cabergoline en première intention
Cabergoline
La cabergoline est l’agoniste dopaminergique recommandé en première intention par la Pituitary Society 2023 et l’Endocrine Society. Elle mime l’action inhibitrice de la dopamine sur la prolactine.
- La dose est déterminée et ajustée par votre médecin en fonction du taux de prolactine, de la présence éventuelle d’un prolactinome, de la taille de cet adénome et de la tolérance individuelle. Le traitement débute habituellement à dose faible, prise une à deux fois par semaine, et est augmenté progressivement par paliers.
- Tolérance habituellement bonne ; les effets indésirables les plus fréquents (nausées, céphalées, vertiges orthostatiques) sont le plus souvent transitoires.
- Restauration de l’ovulation dans 80 à 90 % des cas, avec des taux de grossesse proches de ceux de la population fertile générale une fois la prolactine normalisée.
L’essai pivotal (Webster et al., NEJM 1994) a montré que la cabergoline normalise la prolactine chez 83 % des patientes contre 59 % sous bromocriptine, et restaure l’ovulation et la grossesse chez 72 % des patientes contre 52 % sous bromocriptine.
Bromocriptine
La bromocriptine, prise habituellement le soir et adaptée par paliers par le médecin prescripteur, reste une option — en particulier lorsqu’elle est déjà bien tolérée ou dans certaines situations de grossesse, grâce à sa base de données de sécurité historique très importante (plus de 6 000 grossesses documentées). Sa tolérance est nettement moins bonne que celle de la cabergoline : dans l’essai NEJM 1994, 78 % des patientes sous bromocriptine ont rapporté des effets indésirables et 12 % ont arrêté le traitement pour intolérance.
Quinagolide
La quinagolide est une alternative non ergotée utile chez les patientes intolérantes à la cabergoline. Elle n’est pas disponible dans tous les pays.
Traiter la cause sous-jacente
- Hypothyroïdie : la substitution thyroïdienne peut normaliser la prolactine à elle seule.
- Médicament en cause : l’équipe prescriptrice évalue un ajustement ou un remplacement, jamais un arrêt brutal sans avis spécialisé.
- Insuffisance rénale ou maladie chronique : la prise en charge de la maladie principale guide l’évolution.
Surveillance cardiaque : faut-il s’inquiéter ?
Les agonistes dopaminergiques ergotés ont été associés à un risque de valvulopathie cardiaque lorsqu’ils sont utilisés à fortes doses, notamment dans le cadre de la maladie de Parkinson. Aux doses utilisées dans l’hyperprolactinémie, nettement plus faibles, les données disponibles sont rassurantes :
- une méta-analyse (Stiles et al., JCEM 2018) a retrouvé une augmentation des régurgitations tricuspidiennes infracliniques (OR 3,74 ; IC 95 % 1,79–7,8), sans valvulopathie cliniquement significative ;
- les études de cohorte en soins primaires (Drake et al., JCEM 2021) n’ont pas retrouvé d’excès d’insuffisance cardiaque ni de chirurgie valvulaire.
La Pituitary Society 2023 considère qu’un dépistage échocardiographique systématique n’est pas nécessaire aux doses endocriniennes. Une échocardiographie de base peut être discutée avant un traitement chronique, et répétée en cas de signes cliniques.
Chirurgie et radiothérapie
La chirurgie transsphénoïdale est réservée à des situations sélectionnées :
- résistance ou intolérance aux agonistes dopaminergiques,
- adénomes kystiques (souvent moins répondants aux médicaments),
- compression persistante du chiasma optique,
- fuite de liquide céphalo-rachidien,
- macroprolactinome chez une femme planifiant plusieurs grossesses : la Pituitary Society 2023 note qu’une chirurgie de réduction tumorale avant grossesse diminue le risque d’augmentation symptomatique de la tumeur pendant la gestation de 21 % à 4,7 %.
Une revue systématique de 25 études chirurgicales (Zhang et al., JCEM 2020) rapporte une rémission à long terme dans 67 % des cas après chirurgie pour prolactinome, et 83 % spécifiquement pour les microprolactinomes.
La radiothérapie est beaucoup plus rare, réservée aux tumeurs agressives ou persistantes malgré les autres approches.
Résistance au traitement médical
La résistance aux agonistes dopaminergiques se définit comme l’impossibilité de normaliser la prolactine ou d’obtenir une réduction tumorale ≥ 50 % à la dose maximale tolérée. Sa prévalence est estimée à environ 10 % pour la cabergoline et 20–30 % pour la bromocriptine (Maiter, Neuroendocrinology 2019). En cas de résistance, les options sont l’augmentation de dose, le passage à la cabergoline (si bromocriptine), la chirurgie, et plus rarement la radiothérapie ou le témozolomide pour les formes agressives.
Hyperprolactinémie et FIV
Faut-il traiter une hyperprolactinémie légère avant une FIV ?
Aucune donnée de bonne qualité ne soutient un traitement systématique des hyperprolactinémies légères asymptomatiques avant FIV. Plusieurs séries rétrospectives ont montré que les élévations modérées de la prolactine basale n’altèrent pas la fécondation, l’implantation ni les naissances vivantes.
Élévations transitoires pendant la stimulation
Les élévations de prolactine liées à la montée des œstrogènes pendant la stimulation ovarienne sont physiologiques. La revue de Sonigo et al., 2023 confirme qu’elles n’ont pas d’impact sur le nombre d’ovocytes, la fécondation ni la grossesse. Aucune indication à initier un agoniste dopaminergique pour une hyperprolactinémie transitoire liée à la stimulation.
Poursuite du traitement pendant la stimulation
Chez une patiente déjà traitée pour hyperprolactinémie, la cabergoline est généralement poursuivie à la dose minimale efficace pendant la stimulation et la ponction ovocytaire, puis adaptée au moment de la confirmation de grossesse selon le type d’adénome.
Cabergoline pour la prévention du syndrome d’hyperstimulation ovarienne
C’est une indication distincte mais utile à connaître. Une revue Cochrane a montré qu’un traitement court par cabergoline, débuté au moment du déclenchement par hCG selon le protocole prescrit par l’équipe de FIV, réduit l’incidence du SHO modéré à sévère (RR 0,38 ; IC 95 % 0,29–0,51), sans affecter le taux de grossesse clinique. Une méta-analyse en réseau de 2022 confirme cette efficacité et classe la cabergoline parmi les interventions les plus efficaces.
Hyperprolactinémie, prolactinome et grossesse
Risque de croissance tumorale pendant la grossesse
Les œstrogènes de la grossesse peuvent stimuler la croissance d’un prolactinome. Le risque dépend du type de tumeur :
- Microprolactinome : environ 3 % de croissance symptomatique.
- Macroprolactinome non opéré : 21 à 32 %.
- Macroprolactinome après chirurgie ou radiothérapie : environ 4,8 %.
Recommandations de la Pituitary Society 2023
- Microprolactinome et macroprolactinome intrasellaire non invasif : l’agoniste dopaminergique est arrêté à la confirmation de la grossesse.
- Macroprolactinome invasif ou proche du chiasma optique : la poursuite du traitement pendant la grossesse peut être envisagée ; une chirurgie de réduction tumorale avant conception est une alternative.
- Surveillance du champ visuel : à chaque trimestre pour les macroadénomes, uniquement sur symptômes pour les microadénomes.
- IRM sans gadolinium : à réaliser en cas de céphalées nouvelles ou de troubles visuels.
- Le dosage de prolactine n’est pas informatif pendant la grossesse (élévation physiologique).
- Reprise de l’agoniste à envisager en cas de croissance cliniquement significative de l’adénome.
Sécurité de la cabergoline en début de grossesse
Plus de 1 300 grossesses sous cabergoline ont été documentées dans les séries historiques (Lebbe et al., 2010 ; Stalldecker 2010 ; Auriemma 2013). La méta-analyse 2025 de Chakraborty (1 387 grossesses, PMID 40629810) et la revue systématique 2025 d’Otis (PMID 40116053) concluent qu’il n’y a pas d’augmentation des malformations majeures avec une exposition à la cabergoline au premier trimestre.
La bromocriptine garde la plus grande base de données historique (plus de 6 000 grossesses documentées) — c’est une alternative acceptable, en particulier si elle est déjà bien tolérée avant grossesse.
Allaitement
L’allaitement n’est pas contre-indiqué pour un microprolactinome stable ou un macroprolactinome non évolutif. Les agonistes dopaminergiques inhibent la lactation ; ils sont donc habituellement suspendus pendant l’allaitement, sauf en cas de croissance tumorale.
Avant la conception
Les recommandations de l’Endocrine Society 2011 et de la Pituitary Society 2023 convergent : obtenir une normalisation stable de la prolactine et 2 à 3 cycles menstruels réguliers avant les tentatives actives de conception. Cela permet de dater une grossesse de façon fiable et de planifier la conduite à tenir vis-à-vis du traitement.
Qualité de vie et accompagnement
Une hyperprolactinémie peut peser sur le couple, la sexualité et le parcours de fertilité bien au-delà du chiffre biologique. Les difficultés d’érection chez l’homme, les troubles du cycle et la galactorrhée chez la femme, les troubles de l’humeur et la fatigue méritent d’être nommés. Un soutien psychologique peut être utile, en particulier lorsque les symptômes s’inscrivent dans un parcours d’infertilité ou de FIV.
En pratique
L’hyperprolactinémie n’est pas une maladie en soi : c’est un signe qui doit faire chercher une cause. Les évolutions clés des recommandations 2023 sont les suivantes :
- ne pas tester la prolactine de façon systématique chez toutes les femmes infertiles — tester en présence de symptômes ou de signes cliniques évocateurs,
- toujours penser à la macroprolactine lorsque la prolactine est modérément élevée et que les signes cliniques sont absents ou discordants,
- cabergoline en première intention lorsque le traitement médical est indiqué,
- arrêter le traitement à la confirmation de grossesse pour les microadénomes et la plupart des macroadénomes non invasifs, avec surveillance adaptée,
- ne pas traiter une hyperprolactinémie transitoire liée à la stimulation ovarienne ni une élévation modérée asymptomatique avant FIV.
La plupart des hyperprolactinémies se traitent bien lorsque la cause est identifiée. La fertilité peut être restaurée lorsque la prolactine est normalisée, sans garantie automatique si d’autres facteurs d’infertilité coexistent.
FAQ
Faut-il doser la prolactine chez toutes les femmes infertiles ?
Non. L’ESHRE 2023 recommande de ne pas tester la prolactine en routine chez les femmes ayant une infertilité inexpliquée et des cycles réguliers. Le dosage est indiqué en cas de troubles du cycle, de galactorrhée, d’anovulation, de symptômes hypophysaires ou de syndrome des ovaires polykystiques.
Une prolactine modérément élevée est-elle toujours pathologique ?
Pas nécessairement. Le stress, la prise de sang elle-même, un sommeil court, un repas riche en protéines, certains médicaments ou la macroprolactine peuvent expliquer une valeur modérément élevée. Un contrôle dans de bonnes conditions, parfois associé à une recherche de macroprolactine, est souvent la première étape.
Qu’est-ce que la macroprolactine et pourquoi est-elle importante ?
La macroprolactine est un complexe entre la prolactine et une immunoglobuline. Elle est détectée par les dosages habituels mais n’a pas d’effet biologique significatif. Elle représente environ 19 % des hyperprolactinémies. Sa recherche par précipitation au PEG évite des traitements inutiles et des IRM hypophysaires non justifiées.
Quand demande-t-on une IRM hypophysaire ?
Lorsque la prolactine est élevée de façon confirmée sans cause non adénomateuse évidente, en cas de céphalées inhabituelles, de troubles visuels, d’aménorrhée prolongée, ou pour suivre la réponse à un traitement médical. Pour les très grandes tumeurs avec prolactine paradoxalement basse, une dilution au 1:100 du dosage est demandée pour exclure un « effet hook ».
Cabergoline ou bromocriptine : laquelle choisir ?
La cabergoline est le traitement de première intention selon la Pituitary Society 2023 et l’Endocrine Society 2011 : elle normalise la prolactine chez 83 % des patientes (contre 59 % pour la bromocriptine) avec une meilleure tolérance. La bromocriptine garde des indications spécifiques, notamment quand elle est déjà bien tolérée ou en raison de sa plus grande base de données historique pendant la grossesse.
Peut-on tomber enceinte sous cabergoline ?
Oui — c’est même souvent l’objectif. Une fois la prolactine normalisée et l’ovulation revenue, la conception devient possible. À la confirmation de grossesse, la cabergoline est habituellement arrêtée pour les microadénomes et les macroadénomes intrasellaires non invasifs. Les données accumulées sur plus de 1 300 grossesses exposées à la cabergoline ne montrent pas d’augmentation des malformations majeures.
Faut-il traiter une hyperprolactinémie légère avant une FIV ?
En l’absence de symptômes (cycles irréguliers, galactorrhée) et avec une prolactine modérément élevée, il n’y a pas de preuve qu’un traitement améliore les résultats de la FIV. Les élévations transitoires de prolactine pendant la stimulation ovarienne sont physiologiques et ne justifient pas d’initiation d’agoniste dopaminergique.
Y a-t-il un risque cardiaque avec la cabergoline ?
Aux doses utilisées dans l’hyperprolactinémie — nettement plus faibles que les doses neurologiques —, les données de grandes cohortes en soins primaires ne montrent pas d’excès d’insuffisance cardiaque ni de chirurgie valvulaire. Une augmentation des régurgitations tricuspidiennes infracliniques a été décrite, sans signification clinique avérée. Une échocardiographie de base peut être proposée par votre médecin avant un traitement prolongé, sans dépistage systématique répété nécessaire aux doses habituelles.
Que préparer avant la consultation ?
Apportez les dosages de prolactine avec leurs dates et conditions de prélèvement, le bilan thyroïdien, la liste des médicaments en cours, les éventuelles IRM hypophysaires, le calendrier des cycles menstruels et les éléments du projet de grossesse.
Sources
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Le contenu a été créé par Dr. Senai Aksoy et approuvé médicalement.
