Prolactine élevée chez la femme (hyperprolactinémie)

Révisé médicalement le 5 octobre 2026 - Dr. Senai Aksoy
Illustration anatomique de l’hypophyse et de la prolactine

À retenir

Une prolactine au-dessus de la norme ne signifie pas automatiquement qu'il existe un prolactinome. Chez une femme ayant des cycles réguliers et aucun symptôme, le dosage n'est pas systématique. Une valeur modérément élevée se confirme dans de bonnes conditions, avec recherche de macroprolactine. Lorsqu'un traitement est nécessaire, la cabergoline est généralement le premier choix. Une élévation légère et stable chez une femme qui ovule régulièrement n'est pas une cause démontrée d'échec de FIV et ne nécessite pas automatiquement de traitement.

Sources clés : Recommandation ESHRE sur l'infertilité inexpliquée (2023) Consensus de la Pituitary Society sur le prolactinome (2023) Revue systématique sur la prévalence de la macroprolactinémie (2020)

Dans cet article

Recevoir un résultat de prolactine élevé peut être inquiétant, surtout lorsqu’il dépasse à peine la norme. Pourtant, ce chiffre ne suffit pas à poser un diagnostic. La première question n’est pas forcément « quel traitement ? », mais plutôt « cette mesure est-elle fiable et cohérente avec les symptômes ? »

Prolactine élevée : ce que disent les recommandations actuelles

Réponse courte : une prolactine élevée doit être interprétée avec les symptômes et les conditions du prélèvement. Un chiffre isolé ne prouve pas l’existence d’une tumeur hypophysaire.

Anatomie de l'hypophyse et sécrétion de la prolactine — illustration médicale

La prolactine : rôle et régulation

La prolactine est surtout connue pour son rôle dans la lactation. En dehors de la grossesse et de l’allaitement, elle reste habituellement basse.

Cette hormone est produite par l’antéhypophyse, une petite glande située à la base du cerveau. Sa sécrétion est normalement freinée par la dopamine. Un médicament ou une situation qui perturbe ce frein peut donc faire monter la prolactine.

Le stress, le sommeil, la stimulation du mamelon, un effort intense ou même la prise de sang peuvent provoquer une hausse passagère.

La Pituitary Society 2023 indique que le stress de la ponction veineuse peut multiplier temporairement le taux par deux à quatre. Voilà pourquoi un résultat isolé doit toujours être replacé dans son contexte.

Hyperprolactinémie ou prolactinome : ne pas confondre

L’hyperprolactinémie est un résultat de laboratoire. Le prolactinome n’est qu’une cause possible parmi d’autres.

Hyperprolactinémie vs prolactinome : comparaison visuelle des causes et de l'anatomie

L’hyperprolactinémie est un résultat biologique : un taux de prolactine au-dessus de la normale. Elle a de nombreuses causes possibles, dont certaines sont parfaitement physiologiques.

Le prolactinome est une cause précise d’hyperprolactinémie : un adénome bénin de l’hypophyse qui sécrète directement de la prolactine. On distingue :

Comme repère clinique, le consensus de la Pituitary Society indique qu’au-delà de 200 ng/mL, un prolactinome devient plus probable que les autres causes, sans que ce seuil suffise à lui seul au diagnostic. En dessous de ce seuil, il faut aussi envisager d’autres explications : médicaments, hypothyroïdie, stress du prélèvement ou macroprolactine. L’IRM se décide après cette première mise au point, pas sur un chiffre isolé.

À partir de quel taux parle-t-on de prolactine élevée ?

Il n’existe pas de seuil universel. Un résultat est élevé lorsqu’il dépasse l’intervalle de référence du laboratoire qui l’a mesuré, et ces intervalles varient selon les techniques de dosage. Ce qui compte ensuite, c’est le degré d’élévation et sa persistance.

Faut-il une IRM en cas de prolactine élevée ?

Pas après chaque résultat légèrement élevé. Il faut d’abord vérifier que l’élévation persiste et rechercher une grossesse, un médicament qui augmente la prolactine, un trouble thyroïdien ou rénal et la macroprolactine. Une IRM hypophysaire se discute lorsque l’hyperprolactinémie reste inexpliquée après ce bilan, et plus tôt si des maux de tête, des troubles visuels ou une élévation nette et progressive font suspecter une lésion hypophysaire (Pituitary Society, 2023). Chez les femmes traitées par antipsychotique, le consensus propose une IRM lorsque la prolactine dépasse dix fois la limite supérieure de la normale, ou en cas de maux de tête, de troubles visuels ou d’autres déficits hormonaux hypophysaires.

Causes de l’hyperprolactinémie

Avant de parler de traitement, il faut comprendre pourquoi la prolactine est élevée. La cause peut être physiologique, médicamenteuse, hormonale ou hypophysaire.

Causes physiologiques

Grossesse, allaitement, stimulation du mamelon, sommeil, stress, rapports sexuels récents, effort intense, repas riche en protéines, alcool — tous peuvent faire monter la prolactine de façon transitoire. Une valeur modérément élevée justifie souvent un contrôle dans de meilleures conditions avant d’aller plus loin.

Causes médicamenteuses

Beaucoup de traitements peuvent élever la prolactine, principalement parce qu’ils bloquent l’action inhibitrice de la dopamine :

Un médicament suspect ne doit jamais être arrêté seul. Seule l’équipe qui l’a prescrit peut évaluer le rapport bénéfice/risque et proposer une alternative.

Causes médicales

Macroprolactine : le piège diagnostique à connaître

La macroprolactine est une forme de prolactine liée à une immunoglobuline (IgG). Les dosages habituels la détectent, mais elle est peu active biologiquement et explique rarement les symptômes attribués à une véritable hyperprolactinémie.

Elle est loin d’être exceptionnelle. Une méta-analyse portant sur 67 études dans 27 pays l’a retrouvée chez environ 19 % des personnes ayant une prolactine élevée.

La Pituitary Society recommande de la rechercher lorsque la prolactine est modérément élevée, surtout si le résultat ne correspond ni aux symptômes ni à l’imagerie. Le laboratoire utilise généralement une précipitation au PEG pour distinguer la prolactine réellement active. Cette étape peut éviter un traitement ou une IRM inutiles.

Quand faut-il doser la prolactine ?

Le dosage n’est pas systématique dans tout bilan d’infertilité. Il devient utile lorsque les cycles, les symptômes ou le contexte clinique font suspecter un trouble de la prolactine.

L’ESHRE 2023 recommande de ne pas tester la prolactine en routine chez les femmes ayant des cycles réguliers et une infertilité inexpliquée.

Dans une cohorte britannique de 804 femmes consultant pour infertilité, dont 575 ovulaient (Wojcik, Amer et Jayaprakasan, 2022), les élévations — le plus souvent légères — n’étaient pas associées à une différence de grossesse évolutive ou de naissance vivante. Cette étude observationnelle ne permet toutefois pas de conclure que toute élévation légère est sans importance.

L’approche du Dr Aksoy

Chez une patiente sans symptôme et dont les cycles sont réguliers, je ne passe pas à l’IRM ni au traitement pour une seule élévation légère. Je répète d’abord le dosage dans de bonnes conditions et j’exclus la macroprolactine. Si la prolactine monomérique reste élevée, sans grossesse, médicament en cause, trouble thyroïdien ou rénal pour l’expliquer, je recherche une cause hypophysaire même en l’absence de symptôme.

Je ne retarde pas le bilan en présence de céphalées, d’une modification du champ visuel, d’une galactorrhée, d’une nouvelle irrégularité des cycles ou d’une élévation nette et progressive. Un prolactinome à l’IRM, ou un retentissement démontré sur l’ovulation ou les œstrogènes, soutient l’indication d’un traitement. En revanche, une hyperprolactinémie vraie, légère et stable chez une patiente qui ovule régulièrement ne doit pas être normalisée automatiquement avant une FIV.

Une étude transversale publiée en 2025 n’a par ailleurs pas retrouvé d’hyperprolactinémie plus fréquente chez les femmes ayant un SOPK que chez les témoins. La plupart des élévations légères s’expliquaient par le stress de la prise de sang ou par la macroprolactine.

Le dosage est en revanche justifié dans les situations suivantes :

Pour les fausses couches à répétition, l’avis 2026 du comité de pratique de l’ASRM ne recommande pas de dosage systématique en l’absence de symptômes d’hyperprolactinémie, notamment une anovulation ou une galactorrhée.

Symptômes de l’hyperprolactinémie

Les premiers signes sont souvent des cycles irréguliers, une absence d’ovulation ou un écoulement lacté. Certaines personnes n’ont toutefois aucun symptôme évident.

Chez la femme

Chez l’homme

Symptômes liés à une tumeur hypophysaire

Lorsqu’un macroprolactinome comprime les structures voisines, des maux de tête persistants et des troubles visuels (rétrécissement du champ visuel par compression du chiasma optique, le croisement des voies visuelles) peuvent apparaître. D’autres déficits hormonaux hypophysaires peuvent s’y associer et doivent être recherchés.

Conséquences à long terme

Une hyperprolactinémie prolongée peut entraîner un déficit en œstrogènes ou en testostérone, avec un retentissement possible sur la santé osseuse (déminéralisation), le moral, le sommeil et la sexualité. Ces dimensions méritent d’être nommées au cours du suivi.

Mécanisme : pourquoi la prolactine bloque l’ovulation

Lorsqu’elle reste trop élevée, la prolactine peut perturber le dialogue entre le cerveau et les ovaires. Elle freine les signaux de l’hypothalamus qui commandent la GnRH, puis la FSH et la LH : l’ovulation devient moins régulière, voire absente, et les œstrogènes peuvent baisser. La kisspeptine, un signal hypothalamique qui stimule la GnRH, fait partie des voies en cause (Pituitary Society, 2023).

C’est pourquoi corriger une hyperprolactinémie cliniquement significative permet souvent le retour de cycles réguliers et de l’ovulation, sans préjuger des autres facteurs de fertilité.

Diagnostic : la démarche en pratique

On confirme d’abord le résultat, puis on recherche une cause simple avant d’envisager une IRM. Cette séquence évite de médicaliser une élévation passagère.

1. Confirmer le dosage

La Pituitary Society recommande de contrôler tout résultat inférieur à cinq fois la limite supérieure de la normale. Pour une valeur légèrement élevée, refaire le dosage au calme, après un temps de repos, est généralement plus utile que d’agir sur un chiffre isolé. Il suffit de suivre les consignes du laboratoire et d’éviter un effort intense ou une stimulation du mamelon juste avant la prise de sang. Si l’effet du stress reste probable, des prélèvements sur un cathéter veineux déjà en place peuvent aider.

Repères pour interpréter une valeur élevée

SituationCe qu’elle peut évoquerÉtape généralement utile
Une seule valeur légèrement élevée, sans symptômeStress du prélèvement ou variation passagèreRefaire le dosage dans de bonnes conditions
Valeur modérément élevée avec peu de signes cliniquesMacroprolactine possibleDemander au laboratoire une recherche de macroprolactine
Cycles irréguliers, galactorrhée ou anovulationHyperprolactinémie biologiquement active possibleConfirmer le résultat et rechercher la cause
SOPK avec élévation légèreLe SOPK ne suffit pas à expliquer le résultatAppliquer la même vérification : repos, médicaments, thyroïde, macroprolactine

2. Écarter les causes simples

3. IRM hypophysaire

Une IRM de l’hypophyse se discute lorsque l’élévation est confirmée et reste inexpliquée ; voir Faut-il une IRM en cas de prolactine élevée ?. Le protocole d’imagerie est choisi par l’équipe médicale selon la situation.

4. L’effet crochet (« hook effect ») : un piège à connaître

Avec un très grand adénome, le laboratoire peut parfois sous-estimer la prolactine. Ce phénomène, appelé « effet crochet » (« hook effect »), est rare mais important à connaître. Si l’image et le résultat sanguin ne concordent pas, le laboratoire peut répéter le dosage après dilution de l’échantillon.

5. Champ visuel

Un examen du champ visuel est indiqué si l’imagerie montre que l’adénome touche ou comprime le chiasma optique. La surveillance pendant la grossesse est détaillée dans la section grossesse.

Traitement : la cabergoline en première intention

Lorsqu’un traitement médicamenteux est indiqué, la cabergoline est généralement le premier choix. La décision dépend toutefois de la cause, des symptômes, du projet de grossesse et de la tolérance individuelle.

Cabergoline

La cabergoline est l’agoniste dopaminergique recommandé en première intention par la Pituitary Society 2023 et l’Endocrine Society. Elle mime l’action inhibitrice de la dopamine sur la prolactine.

Dans un essai comparatif de référence, la cabergoline a normalisé la prolactine chez 83 % des patientes, contre 59 % avec la bromocriptine (Webster et al., 1994). Ces chiffres décrivent une population d’étude ; ils ne prédisent pas le résultat individuel.

Bromocriptine

La bromocriptine reste une option, notamment lorsqu’elle est déjà bien tolérée ou dans certaines situations liées à la grossesse. Son recul d’utilisation pendant la grossesse est important, mais les effets indésirables digestifs et les vertiges sont plus fréquents qu’avec la cabergoline.

Quinagolide

La quinagolide peut être envisagée en cas d’intolérance à la cabergoline. Elle n’est pas disponible dans tous les pays.

Traiter la cause sous-jacente

Surveillance cardiaque : faut-il s’inquiéter ?

Les agonistes dopaminergiques dérivés de l’ergot de seigle ont été associés à des atteintes des valves cardiaques aux fortes doses autrefois utilisées dans la maladie de Parkinson. Les doses prescrites pour l’hyperprolactinémie sont beaucoup plus faibles, et les données à ces doses sont rassurantes : une méta-analyse a observé davantage de régurgitations tricuspides légères à l’échographie, sans maladie valvulaire cliniquement significative, et une grande étude de cohorte n’a pas retrouvé d’excès d’insuffisance cardiaque ni de chirurgie valvulaire.

La Pituitary Society 2023 propose une échocardiographie avant un traitement prolongé à plus de 2 mg de cabergoline par semaine, puis tous les 2 à 3 ans à cette dose ; à 2 mg par semaine ou moins, après 5 à 6 ans. L’apparition d’un souffle cardiaque justifie un examen plus rapide.

Chirurgie et radiothérapie

Pour un microprolactinome, ou un macroprolactinome bien circonscrit qui n’envahit pas les structures voisines, le consensus de la Pituitary Society recommande de discuter la chirurgie transsphénoïdale (opération de l’hypophyse par les voies nasales), réalisée par un neurochirurgien expérimenté, comme option de première intention au même titre que la cabergoline. Dans ce groupe, la chirurgie offre de bonnes chances de guérison et évite un traitement prolongé ; la cabergoline reste le traitement médical habituel. Les résultats dépendent beaucoup de la taille et de l’extension de la tumeur, ainsi que de l’expérience de l’équipe (revue systématique de 25 études).

La chirurgie se discute aussi :

La radiothérapie est rarement nécessaire ; elle est réservée aux tumeurs agressives ou persistantes malgré les autres approches.

Résistance au traitement médical

La plupart des prolactinomes répondent aux agonistes dopaminergiques. La Pituitary Society 2023 parle de résistance lorsque la prolactine ne se normalise pas, ou que la tumeur ne diminue pas d’au moins 30 % de son plus grand diamètre, après au moins six mois de traitement à dose standard (pour la cabergoline, 2 mg par semaine). Cette situation est rare avec la cabergoline (Maiter, 2019) ; l’équipe spécialisée peut alors ajuster la dose, changer de médicament ou discuter une chirurgie.

Hyperprolactinémie et FIV

Une élévation légère et sans symptôme ne justifie pas automatiquement un traitement avant une FIV. Il faut d’abord confirmer qu’elle est réelle et cliniquement pertinente.

Faut-il traiter une hyperprolactinémie légère avant une FIV ?

Les données disponibles, principalement rétrospectives, ne soutiennent pas un traitement systématique des hyperprolactinémies légères asymptomatiques avant FIV. Certaines séries n’ont pas retrouvé d’association avec les résultats de fécondation, d’implantation ou de naissance vivante, mais leur taille et leur qualité limitent la certitude.

Élévations transitoires pendant la stimulation

Pendant la stimulation ovarienne, la montée des œstrogènes peut faire augmenter temporairement la prolactine.

Selon la revue de Iancu et al., 2023, la plupart des études n’ont pas relié cette hausse transitoire aux résultats de la FIV, même si quelques-unes suggèrent qu’un traitement pourrait être utile ; les données restent limitées et contradictoires. Dans ma pratique, une hausse passagère liée à la stimulation ne me conduit pas, à elle seule, à commencer un agoniste dopaminergique.

Poursuite du traitement pendant la stimulation

Chez une patiente déjà traitée, la conduite dépend du type d’adénome et du projet de grossesse. La cabergoline peut être poursuivie pendant la stimulation, puis réévaluée dès que la grossesse est confirmée. Cette décision appartient à l’équipe qui suit l’hyperprolactinémie.

Cabergoline pour la prévention du syndrome d’hyperstimulation ovarienne

Il s’agit d’une indication différente. Chez certaines patientes à risque de syndrome d’hyperstimulation ovarienne (SHO), un traitement court par cabergoline réduit probablement le risque de forme modérée à sévère. En revanche, l’effet sur la naissance vivante, la grossesse clinique et les fausses couches reste incertain selon la revue Cochrane 2021.

Le moment et la durée du traitement dépendent du protocole de FIV.

Hyperprolactinémie, prolactinome et grossesse

La plupart des microprolactinomes restent stables pendant la grossesse. Les macroadénomes demandent une surveillance plus individualisée.

Risque de croissance tumorale pendant la grossesse

Les œstrogènes de la grossesse peuvent stimuler la croissance d’un prolactinome. La Pituitary Society 2023 considère la grossesse comme un facteur de risque d’augmentation de volume, surtout pour les macroprolactinomes, et ce risque est plus élevé en l’absence de chirurgie préalable. Dans les séries qu’elle cite :

Recommandations de la Pituitary Society 2023

Sécurité de la cabergoline en début de grossesse

Une méta-analyse publiée en 2025 (12 études, 1 387 grossesses) a comparé la poursuite de la cabergoline pendant la grossesse à son arrêt dès le diagnostic de grossesse. Elle n’a pas retrouvé de différence pour les malformations congénitales, la prématurité ou le petit poids de naissance. Une revue systématique de la même année va dans le même sens pour les malformations, mais la qualité des études reste faible.

Dans la méta-analyse, la poursuite du traitement pendant la grossesse était associée à un taux de naissance vivante plus faible (RR 0,81). Ce résultat observationnel ne suffit pas à établir un lien causal.

Cela ne signifie pas qu’il faut poursuivre automatiquement le traitement pendant la grossesse. La décision dépend du type d’adénome et se prend avec l’équipe médicale.

La bromocriptine dispose d’un recul historique encore plus important. Elle peut rester une alternative, notamment lorsqu’elle était déjà bien tolérée avant la grossesse.

Allaitement

L’allaitement n’est pas contre-indiqué pour un microprolactinome stable ou un macroprolactinome non évolutif. Les agonistes dopaminergiques inhibent la lactation ; ils sont donc habituellement suspendus pendant l’allaitement, sauf en cas de croissance tumorale.

Avant la conception

Avant un projet de grossesse, l’objectif est d’obtenir une prolactine stable et le retour de cycles réguliers. Cela facilite la datation de la grossesse et permet de décider à l’avance ce qu’il faudra faire du traitement lorsque le test deviendra positif.

L’ovulation peut reprendre peu après le début d’un agoniste dopaminergique, parfois avant les premières règles : une grossesse peut donc survenir plus tôt que prévu. C’est pourquoi le consensus de la Pituitary Society conseille une contraception mécanique au début du traitement aux femmes qui ne souhaitent pas de grossesse.

Qualité de vie et accompagnement

L’impact ne se résume pas à une valeur de laboratoire. Les symptômes peuvent toucher la sexualité, l’image de soi et le parcours de fertilité.

Les troubles du cycle, la galactorrhée, la fatigue ou les difficultés sexuelles peuvent peser sur la vie quotidienne et sur le couple. Ils méritent d’être abordés sans gêne pendant la consultation. Un soutien psychologique peut également être utile lorsque cette situation s’ajoute à un parcours d’infertilité ou de FIV.

En pratique

Une prolactine élevée est un signal à comprendre, pas un diagnostic à elle seule. La bonne démarche consiste à confirmer, contextualiser, puis traiter uniquement si la situation le justifie.

Les points essentiels sont les suivants :

Une fois la cause identifiée, la prise en charge est souvent simple. La normalisation de la prolactine peut permettre le retour de l’ovulation, mais elle ne résume jamais à elle seule l’ensemble du pronostic de fertilité.

Questions fréquentes posées au Dr Aksoy

Une prolactine élevée peut-elle donner de la fatigue ?

C’est possible, mais la fatigue n’est pas un symptôme propre à l’hyperprolactinémie. Elle est souvent rapportée, avec des difficultés de concentration, notamment chez les patientes ayant un prolactinome. Elle peut être liée à la prolactine elle-même, à la baisse des œstrogènes ou de la testostérone, aux troubles du sommeil et de l’humeur, ou au traitement. C’est pourquoi je ne l’attribue pas à la seule prolactine : je vérifie aussi la thyroïde, une éventuelle anémie, le sommeil et les autres causes. Dans une grande cohorte néerlandaise publiée en 2026, portant sur 450 femmes ayant un prolactinome, la fatigue était la plainte la plus fréquente, que la maladie soit active ou contrôlée (van Trigt et al., 2026).

Une prolactine élevée peut-elle expliquer un échec de FIV ou d’implantation ?

Une hyperprolactinémie franche peut perturber la fertilité naturelle, car elle peut bloquer l’ovulation et freiner les hormones de la reproduction. En revanche, on ne peut pas dire qu’une élévation légère ou passagère pendant la FIV soit une cause démontrée d’échec d’implantation. Dans la plupart des études, ces hausses transitoires n’ont pas dégradé les résultats de la FIV (Iancu et al., 2023). S’il existe une véritable hyperprolactinémie à traiter, j’en recherche bien sûr la cause et je la corrige. Mais je ne rends pas une légère élévation de la prolactine responsable de chaque transfert qui échoue.

Que signifie une prolactine élevée chez la femme ? Est-ce grave ?

Un seul résultat élevé ne signifie pas automatiquement une tumeur. Le stress, la grossesse, l’allaitement, l’hypothyroïdie, certains antidépresseurs et antipsychotiques, d’autres médicaments, une maladie rénale ou hépatique et la macroprolactine peuvent faire monter la prolactine. Une élévation réelle et durable peut entraîner des cycles irréguliers, un écoulement de lait, un manque d’œstrogènes, une infertilité et, à long terme, une perte osseuse. Même lorsqu’un prolactinome est découvert, il s’agit dans la grande majorité des cas d’un adénome hypophysaire bénin, pas d’un cancer (Pituitary Society, 2023). En cas de grosse tumeur, des maux de tête ou des troubles visuels doivent aussi être pris en compte.

Peut-on faire baisser la prolactine naturellement, ou faut-il un médicament ?

Il faut d’abord en trouver la cause. En cas d’élévation légère, le stress, le manque de sommeil ou les conditions de la prise de sang peuvent jouer ; il peut donc être utile de refaire le dosage dans de bonnes conditions. En revanche, aucun régime, aucune vitamine ni aucun produit « naturel » n’a fait la preuve qu’il abaisse la prolactine d’un prolactinome. Une hypothyroïdie se traite ; un médicament en cause est ajusté lorsque c’est possible. Si un prolactinome doit être traité, le premier choix est le plus souvent un agoniste dopaminergique comme la cabergoline.

L’hyperprolactinémie ou le prolactinome sont-ils définitifs ? Peut-on en guérir ?

Cela dépend de la cause. Une hyperprolactinémie liée à un médicament ou à une hypothyroïdie peut disparaître lorsque la cause est corrigée. Les prolactinomes sont le plus souvent très bien contrôlés par le traitement : la prolactine peut se normaliser et la tumeur diminuer nettement. Chez certaines patientes qui s’y prêtent, le traitement peut être arrêté après au moins deux ans à faible dose et une nette diminution de la tumeur, avec une rémission durable possible. Mais une récidive reste possible, donc le suivi continue. Le consensus 2023 de la Pituitary Society indique lui aussi qu’un essai d’arrêt peut être proposé aux patientes qui s’y prêtent, avec une surveillance prolongée de la prolactine ensuite.

Références

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Dr. Senai Aksoy

Le Dr Aksoy s'est formé en France avant de rentrer en Turquie, où il a été membre de l'équipe ICSI de l'hôpital Sevgi à Ankara — premier centre ICSI du pays (1994-95) — et co-auteur des premières publications turques sur l'ICSI réalisées en collaboration avec l'équipe Van Steirteghem (Bruxelles, Human Reproduction 1996, PMID 8671323). Il a contribué à créer le programme FIV de l'Hôpital Américain d'Istanbul et dirige son propre centre de fertilité depuis 1998.

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Le contenu a été créé par Dr. Senai Aksoy et approuvé médicalement.