DHEA et hormone de croissance en FIV : ce que montrent les données
À retenir
Pour les patientes présentant une réserve ovarienne diminuée ou une réponse faible, la DHEA et l'hormone de croissance (GH) n'ont pas de bénéfice clair démontré sur les naissances vivantes. La DHEA peut modifier le nombre d'ovocytes et la GH certains paramètres de stimulation, mais l'essai LIGHT et les recommandations ESHRE actuelles ne justifient pas leur usage systématique.
Sources clés : Revue systématique Cochrane — Androgènes et adjuvants en FIV (2024) Directives ESHRE — Stimulation ovarienne en AMP Essai randomisé LIGHT — hormone de croissance chez les faibles répondeuses
Lorsque vous préparez une FIV après le constat d’une réserve ovarienne diminuée ou d’une réponse faible à la stimulation, il est naturel de chercher une option complémentaire. La DHEA et l’hormone de croissance (GH) sont souvent évoquées.
Cependant, les données de qualité ne montrent pas de bénéfice clair sur le taux de naissances vivantes pour l’un ou l’autre traitement. La DHEA peut modifier certains marqueurs intermédiaires, comme le nombre d’ovocytes recueillis, tandis que les études sur la GH rapportent parfois des changements de stimulation. La mise à jour 2025 des recommandations ESHRE ne recommande pas la DHEA chez les faibles répondeuses et indique que la GH n’est probablement pas recommandée. L’évaluation HFEA de la supplémentation androgénique classe la DHEA « black » (aucun effet montré) pour les naissances vivantes et le nombre d’ovocytes en cas de faible réponse ou de réserve diminuée ; sa page ne classe pas la GH.
Vidéo : DHEA et hormone de croissance en FIV chez les faibles répondeuses
(Note : Cette vidéo a été enregistrée en français. Des pistes audio en anglais et en arabe sont disponibles dans les paramètres du lecteur YouTube.)
Que sont la DHEA et l’hormone de croissance en FIV ?
La DHEA et l’hormone de croissance ont été étudiées comme traitements adjuvants expérimentaux avant ou pendant la stimulation ovarienne. Le mécanisme proposé ne suffit toutefois pas à démontrer un bénéfice clinique.
- La DHEA (déhydroépiandrostérone) : Pro-hormone stéroïdienne sécrétée par les surrénales et les ovaires. Elle peut être convertie en androgènes actifs; l’effet proposé sur les follicules précoces reste une hypothèse biologique, et non une preuve d’amélioration des naissances vivantes.
- L’hormone de croissance (GH) : Agit directement et par l’intermédiaire de l’IGF-1. Les effets proposés sur la réponse des cellules ovariennes et le développement folliculaire n’ont pas établi de bénéfice fiable sur les naissances vivantes.
La DHEA améliore-t-elle les chances de réussite de la FIV ?
La DHEA n’a pas montré d’amélioration claire du taux de naissances vivantes dans les essais bien conduits, même si certaines études signalent une petite variation du nombre d’ovocytes recueillis.
Une revue systématique Cochrane de 2024 (Naik et al.), a inclus 28 essais randomisés sur la DHEA ou la testostérone. Pour la DHEA comparée au placebo ou à l’absence de traitement, elle a trouvé peu ou pas de différence sur les naissances vivantes ou grossesses évolutives (9 essais, 1 433 femmes ; OR 1,30, IC à 95 % 0,95–1,76 ; niveau de preuve modéré). Après exclusion des études à haut risque de biais, l’estimation était de 1,08 (IC à 95 % 0,75–1,54 ; 6 essais, 1 127 femmes). Comme l’intervalle de confiance recouvre l’absence d’effet, cette analyse ne montre pas de bénéfice clinique clair.
L’idée que la DHEA réduirait les anomalies chromosomiques embryonnaires (aneuploïdies) provient de comparaisons rétrospectives cas-témoins des taux de fausse couche (Gleicher et al., 2009) et n’a pas été démontrée dans des essais randomisés ; la revue Cochrane conclut que la DHEA ne réduit probablement pas les fausses couches.
L’hormone de croissance (GH) aide-t-elle les faibles répondeuses ?
Certaines études sur l’hormone de croissance rapportent des changements de dose ou de calendrier de stimulation, mais ces différences intermédiaires ne se sont pas traduites par un bénéfice clair sur les naissances vivantes chez les faibles répondeuses.
L’essai randomisé en double aveugle contre placebo LIGHT (Norman et al., 2019) a rapporté un taux de naissances vivantes de 14,5 % (9/62) sous hormone de croissance contre 13,7 % (7/51) sous placebo, un écart qui n’est pas statistiquement significatif. L’essai s’est arrêté avant d’atteindre le nombre de participantes prévu ; son intervalle de confiance large ne permet donc pas d’exclure un petit effet dans un sens ou dans l’autre.
Pour la DHEA et l’hormone de croissance, cette revue de Conforti et al. n’a pas établi de bénéfice clair sur les naissances vivantes. Elle a toutefois observé un signal en faveur de la testostérone, comme la revue Cochrane de 2024 (8 essais, 716 femmes ; niveau de preuve modéré) ; cela ne suffit pas à en faire un traitement systématique, et l’ESHRE indique que la testostérone n’est probablement pas recommandée chez les faibles répondeuses.
Comparaison clinique : DHEA et hormone de croissance
Le tableau suivant récapitule les données cliniques pour la DHEA et l’hormone de croissance :
| Paramètre clinique | DHEA | Hormone de croissance (GH) |
|---|---|---|
| Résultat sur les naissances vivantes | Aucun bénéfice clair dans les données randomisées actuelles | Aucun bénéfice clair dans l’essai LIGHT ou les recommandations actuelles |
| Statut des preuves | ESHRE : non recommandée chez les faibles répondeuses | L’ESHRE indique que la GH n’est probablement pas recommandée chez les faibles répondeuses |
| Interprétation des résultats intermédiaires | Une variation du nombre d’ovocytes ne prouve pas un bénéfice sur les naissances vivantes | Une variation des paramètres de stimulation ne prouve pas un bénéfice sur les naissances vivantes |
Effets secondaires et précautions de sécurité
Ces molécules sont des agents hormonaux actifs. Leurs risques, leurs interactions et leur pertinence doivent être discutés avec l’équipe qui suit la patiente :
- Risques de la DHEA : Elle peut provoquer des effets androgéniques (acné, peau grasse, chute de cheveux, pilosité indésirable, vertiges et voix plus grave) (HFEA). Les données sur la sécurité métabolique et à plus long terme en FIV restent limitées. La supplémentation androgénique est généralement arrêtée au début de la stimulation ou, au plus tard, avant le transfert; elle ne doit pas être commencée ou poursuivie pendant une grossesse sans avis médical.
- Risques de l’hormone de croissance : Elle peut entraîner une rétention hydrique, des douleurs articulaires et des variations de la tolérance au glucose. Son usage en médecine de la reproduction est hors AMM dans de nombreux contextes; la décision doit donc être individualisée, notamment en cas de problème de régulation du glucose.
Recommandations des sociétés savantes (ESHRE, ASRM, HFEA)
Les grandes autorités internationales déconseillent la prescription systématique de ces adjuvants :
- Mise à jour ESHRE 2025 : La DHEA n’est pas recommandée chez les faibles répondeuses ; la GH n’est probablement pas recommandée dans ce groupe. La mise à jour remplace aussi le terme « mauvaise réponse » par « faible réponse ».
- Comité de pratique de l’ASRM : La recommandation de 2018 porte sur la stimulation douce par rapport à la stimulation conventionnelle chez les faibles répondeuses. Elle ne constitue pas une preuve directe en faveur d’un usage systématique de la DHEA ou de la GH.
- HFEA (Royaume-Uni) : Sur sa page consacrée à la supplémentation androgénique, la DHEA est classée « black » pour les naissances vivantes et le nombre d’ovocytes chez les patientes ayant une réponse faible ou une réserve ovarienne diminuée ; selon les données examinées, aucun effet n’est montré sur ces résultats. La testostérone est classée « grey », car les données sont insuffisantes, et la GH n’est pas évaluée sur cette page.
L’approche du Dr Aksoy : Identifier les verrous biologiques plutôt qu’accumuler les adjuvants
Articles associés
- Antioxydants et compléments pour la qualité ovocytaire (CoQ10, Mélatonine)
- Combien d’ovocytes faut-il pour réussir une FIV ?
- Transfert d’embryon frais vs congelé en FIV
Questions fréquentes posées au Dr Aksoy
La DHEA aide-t-elle à tomber enceinte ou améliore-t-elle la qualité des ovocytes ?
La DHEA est utilisée depuis longtemps, surtout chez les femmes ayant une réserve ovarienne basse, et certaines études anciennes avaient rapporté davantage d’ovocytes ou de meilleurs résultats embryonnaires. Cependant, les essais randomisés de meilleure qualité et les méta-analyses récentes n’ont pas montré d’augmentation significative du taux de naissances vivantes. C’est pourquoi la recommandation ESHRE 2025 ne recommande pas la DHEA, même chez les faibles répondeuses. Les témoignages du type « j’ai pris 25 à 75 mg et je suis tombée enceinte » peuvent avoir de la valeur, mais ils ne montrent pas que le médicament a provoqué la grossesse ; en FIV, les résultats varient déjà beaucoup d’un cycle à l’autre sans aucun traitement complémentaire.
À titre de repère, la revue Cochrane de 2024 n’a trouvé que peu ou pas de différence sur les naissances vivantes ou grossesses évolutives avec la DHEA par rapport au placebo ou à l’absence de traitement (9 essais, 1 433 femmes ; OR 1,30, IC à 95 % 0,95–1,76) (Naik et al., 2024), et l’ESHRE indique que la DHEA « n’est pas recommandée chez les faibles répondeuses » (ESHRE 2025).
Peut-on prendre la DHEA pendant les règles ou pendant la grossesse, et quand faut-il l’arrêter ?
La DHEA n’est pas un médicament réservé à un moment précis du cycle ; dans les études, elle était généralement prise chaque jour, indépendamment du cycle, et poursuivie pendant la stimulation. Cet usage reste toutefois hors AMM et n’est pas recommandé en routine. La DHEA ne doit pas être utilisée une fois la grossesse débutée : elle a des effets androgéniques et sa sécurité pendant la grossesse n’a pas été démontrée. Si elle a été commencée en vue d’une FIV, c’est le médecin qui suit le traitement qui décide quand la poursuivre et quand l’arrêter, et elle ne doit pas être poursuivie pendant la grossesse.
Dans les essais analysés par Cochrane, la DHEA était commencée avant la FIV et, lorsque l’information était disponible, poursuivie jusqu’à la fin de la stimulation ovarienne (Naik et al., 2024) ; la HFEA indique que la supplémentation androgénique est généralement arrêtée au début de la stimulation ou au plus tard avant le transfert d’embryon (HFEA).
Au bout de combien de temps la DHEA agit-elle, et combien de temps avant la FIV la commence-t-on ?
Dans les études, la DHEA était le plus souvent commencée environ 12 semaines avant la FIV, généralement à 75 mg par jour. On ne peut pourtant pas en conclure que « la DHEA a besoin de trois mois pour agir ». Ces durées viennent des protocoles de recherche, et les données actuelles ne montrent pas que cette préparation augmente les naissances vivantes. Il n’existe donc aujourd’hui aucune recommandation fondée sur les preuves selon laquelle toutes les patientes devraient commencer la DHEA trois mois avant une FIV.
Les protocoles variaient : dans la revue Cochrane, deux essais ont donné la DHEA pendant 8 semaines, six pendant 12 semaines et un pendant 16 semaines, la plupart à la dose orale de 75 mg par jour (Naik et al., 2024).
Sources
- Naik S, Lepine S, Nagels HE, Siristatidis CS, Kroon B, McDowell S. Androgens (dehydroepiandrosterone or testosterone) for women undergoing assisted reproduction. Cochrane Database of Systematic Reviews 2024;6(6):CD009749.
- Norman RJ, Alvino H, Hull LM, et al. Human growth hormone for poor responders: a randomized placebo-controlled trial provides no evidence for improved live birth rate. Reproductive BioMedicine Online 2019;38(6):908–915.
- Conforti A, et al. Therapeutic management in women with a diminished ovarian reserve: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. Fertility and Sterility 2025;123(3):457–476.
- European Society of Human Reproduction and Embryology (ESHRE). ESHRE guideline: ovarian stimulation for IVF/ICSI: an update in 2025. Human Reproduction 2026;41(4):498–514.
- Gleicher N, Ryan E, Weghofer A, Blanco-Mejia S, Barad DH. Miscarriage rates after dehydroepiandrosterone (DHEA) supplementation in women with diminished ovarian reserve: a case control study. Reproductive Biology and Endocrinology 2009;7:108.
- Human Fertilisation and Embryology Authority (HFEA). Androgen supplementation.
- Practice Committee of the American Society for Reproductive Medicine (ASRM). Comparison of pregnancy rates for poor responders using IVF with mild ovarian stimulation versus conventional IVF: a guideline. Fertility and Sterility 2018;109(6):993–999.
Ajouter comme source préférée sur Google
Vous pouvez ajouter draksoyivf.com parmi vos sources d'informations médicales préférées sur Google.
Le contenu a été créé par Dr. Senai Aksoy et approuvé médicalement.