DHEA et hormone de croissance en FIV : le point sur les preuves

Révisé médicalement le 21 juin 2026 - Dr. Senai Aksoy
DHEA et hormone de croissance en FIV : le point sur les preuves

À retenir

Pour les mauvaises répondeuses et les femmes présentant une insuffisance ovarienne (DOR), la DHEA et l'hormone de croissance (GH) n'ont pas de bénéfice démontré sur le taux de naissances vivantes. Bien que la DHEA augmente légèrement le nombre d'ovocytes et que la GH réduise les doses de gonadotrophines, les grandes études et les directives de l'ESHRE ne recommandent pas leur utilisation en routine.

Points clés

Lorsque vous vous préparez à une FIV et que l’on vous annonce une faible réserve ovarienne ou une réponse insuffisante à la stimulation, il est tout à fait naturel de vouloir optimiser chaque étape. La DHEA et l’hormone de croissance (GH) sont deux options qui reviennent très souvent dans les discussions et les consultations. Pourtant, en analysant les données cliniques les plus rigoureuses, la réalité scientifique s’impose : aucun de ces deux traitements n’a démontré d’impact réel sur le taux de naissances vivantes—c’est-à-dire vos chances de ramener un enfant en bonne santé à la maison. Bien que la DHEA puisse augmenter modérément le nombre d’ovocytes recueillis et que la GH diminue la quantité globale de médicaments requis, les sociétés savantes internationales ne conseillent pas leur recours systématique.


Vidéo : DHEA et hormone de croissance en FIV chez les mauvaises répondeuses

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Que sont la DHEA et l’hormone de croissance en FIV ?

Réponse courte : La DHEA et l’hormone de croissance sont des traitements adjuvants expérimentaux utilisés avant ou pendant la stimulation ovarienne pour tenter d’améliorer la réponse des ovaires chez les patientes à faible réserve.

La DHEA (déhydroépiandrostérone) est une pro-hormone androgénique sécrétée par les glandes surrénales. Elle est convertie localement dans l’ovaire en testostérone active, favorisant la croissance des follicules à un stade précoce. L’hormone de croissance (GH) agit en synergie avec l’axe GH/IGF-1 pour sensibiliser les cellules de la granulosa à la FSH, rendant les follicules plus réceptifs au traitement.

La DHEA augmente-t-elle les chances de réussite de la FIV ?

Réponse courte : Non, la DHEA n’améliore pas de manière statistiquement significative le taux de naissances vivantes ou de grossesses cliniques, même si elle permet parfois de recueillir un nombre légèrement plus élevé d’ovocytes.

Une revue systématique Cochrane publiée en 2024 (Naik et al.) a analysé 28 essais randomisés contrôlés portant sur 3 002 femmes. Pour la DHEA, la probabilité d’obtenir une naissance vivante n’était pas augmentée, affichant un odds ratio de 1,30 (IC à 95 % 0,95–1,76) for grossesses évolutives. De manière révélatrice, après exclusion des essais présentant un risque élevé de biais, l’odds ratio s’est effondré à 1,08 (IC à 95 % 0,75–1,54), ce qui démontre l’absence d’efficacité clinique.

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Les androgènes (DHEA et testostérone) ne réduisent probablement pas le risque de fausse couche, et la DHEA n’a que peu ou pas d’effet sur les chances d’obtenir une grossesse évolutive chez les femmes identifiées comme mauvaises répondeuses en FIV.

Revue systématique Cochrane, 2024

Les affirmations selon lesquelles la DHEA réduirait le taux d’aneuploïdie embryonnaire (anomalies chromosomiques) proviennent d’études souvent menées par des auteurs ayant des brevets ou des intérêts directs dans des sociétés de compléments alimentaires.

L’hormone de croissance (GH) aide-t-elle les mauvaises répondeuses ?

Réponse courte : Non, l’ajout d’hormone de croissance n’apporte aucun gain prouvé sur le taux de naissances vivantes, bien qu’il puisse réduire la dose totale de gonadotrophines et accélérer la folliculogenèse.

L’essai clinique randomisé en double aveugle le plus rigoureux sur le sujet, l’essai LIGHT (Norman et al., 2019), a rapporté un taux de naissances vivantes de 14,5 % sous GH contre 13,7 % sous placebo. Cette faible variation n’est pas cliniquement significative. L’hormone de croissance a permis d’avancer la ponction d’un jour et de réduire légèrement les besoins en FSH, sans toutefois augmenter le nombre de naissances.

De même, la méta-analyse POSEIDON menée par Conforti en 2024 a conclu que la GH n’améliore pas le taux de naissances dans ce groupe de patientes de pronostic réservé.

Comparaison clinique : DHEA vs hormone de croissance

Ce tableau récapitule les faits et paramètres d’utilisation de la DHEA et de l’hormone de croissance (GH) selon les publications indépendantes de référence :

Paramètre cliniqueDHEAHormone de croissance (GH)
Effet principal sur les ovocytesHausse modeste du nombre (+0,60 ovocyte)Folliculogenèse accélérée, baisse de la FSH
Impact sur le taux de naissancesNon démontré (Cochrane 2024)Non démontré (LIGHT trial 2019)
Niveau de certitude scientifiqueModéréFaible à très faible
Protocole d’utilisation type75 mg/jour (25 mg × 3)4 à 8 UI/jour en phase folliculaire
Durée du pré-traitement8 à 12 semaines2 à 6 semaines
Effets secondaires principauxAcné, peau grasse, chute de cheveuxRétention d’eau, arthralgies, glycémie élevée
Coût financierFaibleÉlevé (env. 2 000 à 4 500 € par cycle)

Quels sont les effets secondaires et les risques ?

Réponse courte : Ces deux adjuvants présentent des effets indésirables spécifiques et des contre-indications exigeant une surveillance médicale étroite.

La DHEA induit fréquemment des effets androgéniques (acné, peau grasse, pilosité faciale, perte de cheveux), une diminution du cholestérol HDL et une résistance à l’insuline. Elle est proscrite en cas d’antécédents de cancers hormono-dépendants (sein, endomètre, ovaire), ainsi que pendant la grossesse et l’allaitement.

L’hormone de croissance peut provoquer des œdèmes aux extrémités (mains et pieds), des douleurs articulaires et une altération de la tolérance au glucose. Elle doit être employée avec une grande prudence chez les patientes prédiabétiques ou diabétiques. Enfin, son usage hors autorisation de mise sur le marché (off-label) et son coût très élevé constituent des freins majeurs.

Recommandations des sociétés savantes (ESHRE, ASRM et HFEA)

Réponse courte : Aucune grande société savante internationale ne préconise l’utilisation de routine de la DHEA ou de la GH chez les mauvaises répondeuses.

L’ESHRE (European Society of Human Reproduction and Embryology), dans ses directives actualisées sur la stimulation ovarienne, stipule clairement que la DHEA et l’hormone de croissance ne sont pas recommandées pour augmenter l’efficacité des protocoles.

Au Royaume-Uni, l’autorité de régulation HFEA qualifie ces substances d’adjuvants (« add-ons ») à l’efficacité non démontrée. Aucune de ces molécules ne figure dans la catégorie « verte » (bénéfice prouvé), imposant aux cliniques d’informer les patientes de manière transparente sur le manque de preuves et le surcoût financier associé.

FAQ (foire aux questions)

La DHEA ou l’hormone de croissance réduisent-elles le risque d’annulation de cycle ?

Bien que certaines données d’observation suggèrent une baisse du taux d’annulation, les essais randomisés ne fournissent aucune preuve rigoureuse d’un tel effet ou d’une amélioration corrélée des grossesses.

Combien de temps avant la FIV faut-il prendre de la DHEA ?

Puisque la DHEA cible le développement folliculaire précoce (qui prend près de trois mois), la supplémentation doit être initiée 8 à 12 semaines avant le début de la stimulation ovarienne.

Quel est le coût de l’hormone de croissance en FIV ?

L’hormone de croissance reste très onéreuse. Elle peut ajouter entre 2 000 et 4 500 € au coût total d’un cycle de FIV, sans faire l’objet d’une prise en charge par la sécurité sociale ou les mutuelles pour cette indication.

Existe-t-il des alternatives plus prometteuses pour les faibles réserves ?

Pour les patientes désireuses de tenter un pré-traitement androgénique, la testostérone transdermique (gel ou patch appliqué pendant 4 à 8 semaines) montre des signaux plus encourageants que la DHEA. La revue Cochrane 2024 a rapporté un bénéfice potentiel sur les naissances vivantes (OR 2,53, IC à 95 % 1,61–3,99), bien que des études supplémentaires restent indispensables pour confirmer ce résultat avant de généraliser sa prescription.

Note clinique

Au cours de mes 30 années d’exercice, j’ai vu de nombreuses patientes demander de la DHEA ou de l’hormone de croissance après l’échec d’une tentative difficile. L’élément central qu’il faut garder à l’esprit est qu’une légère hausse du rendement ovocytaire ne garantit pas la naissance d’un enfant. Dans notre pratique, nous privilégions d’abord la personnalisation du protocole de stimulation ovarienne principal plutôt que des adjuvants à l’efficacité non prouvée.

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Dr. Senai Aksoy

Le Dr Aksoy s'est formé en France avant de rentrer en Turquie, où il a été membre fondateur de l'équipe ICSI de l'hôpital Sevgi à Ankara — premier centre ICSI du pays (1994-95) — et co-auteur des premières publications turques sur l'ICSI réalisées en collaboration avec l'équipe Van Steirteghem (Bruxelles, Human Reproduction 1996, PMID 8671323). Il a contribué à créer le programme FIV de l'Hôpital Américain d'Istanbul et dirige son propre centre de fertilité depuis 1998.

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