Le diagnostic préimplantatoire (DPI) peut-il être utilisé pour la sélection du sexe ?
À retenir
Certaines formes de diagnostic génétique préimplantatoire (DPI / PGT) peuvent identifier le sexe chromosomique. Prévenir une maladie grave liée au sexe n'est pas la même démarche que choisir par convenance : cette pratique reste controversée sur le plan éthique, les lois varient selon les pays et notre clinique ne la propose pas en Turquie.
Sources clés : ASRM — Avis d'éthique sur la sélection du sexe pour raisons non médicales (2022) ESHRE — Recommandations de bonne pratique pour le DPI / PGT (2021) ACOG — Avis de comité sur le diagnostic génétique préimplantatoire
Dans cet article
- Comment le DPI analyse les chromosomes et le sexe embryonnaire
- Les indications médicales de la sélection liée au sexe
- La sélection pour convenance personnelle et les enjeux éthiques
- Variations réglementaires internationales et cadre légal en Turquie
- Perspective clinique : privilégier la santé de l’embryon sur le sexe
- Foire aux questions (FAQ)
- Articles associés
- Sources
Comment le DPI analyse les chromosomes et le sexe embryonnaire
Le test génétique préimplantatoire (PGT, souvent encore appelé DPI en français) analyse quelques cellules d’un embryon obtenu par fécondation in vitro (FIV). Selon le type de test, le laboratoire peut identifier le sexe chromosomique. Cette possibilité technique ne constitue pas, à elle seule, une indication médicale.
L’analyse repose généralement sur quelques cellules prélevées dans le trophectoderme d’un blastocyste. Selon la méthode utilisée, les chromosomes sexuels peuvent faire partie des informations obtenues. Le résultat porte toutefois sur les cellules biopsiées, et non sur chacune des cellules de l’embryon (Recommandations de l’ESHRE, 2021).
On distingue trois formes cliniques de tests préimplantatoires :
- PGT-A (recherche d’aneuploïdies) : estime si les cellules prélevées présentent un gain ou une perte de chromosomes. Il s’agit d’un dépistage, pas d’une garantie sur la santé de l’embryon ni sur son implantation.
- PGT-M (maladies monogéniques) : recherche une variation génétique familiale précise (voir notre guide sur le DPI des maladies monogéniques).
- PGT-SR (remaniements structuraux) : recherche un déséquilibre chromosomique lorsqu’un parent est porteur d’un remaniement connu.
L’approche du Dr Senai Aksoy
Lorsque cette question se pose, je distingue d’abord deux objectifs très différents : réduire le risque d’une maladie héréditaire grave, ou choisir un sexe par préférence personnelle. Le premier peut conduire à envisager un PGT-M après conseil génétique. Le second n’est pas une indication médicale et n’est pas proposé dans notre clinique.
Les indications médicales de la sélection liée au sexe
Le sexe embryonnaire peut avoir une pertinence clinique lorsqu’une famille présente un risque documenté de maladie grave liée au sexe. En pratique, on privilégie un PGT-M ciblant l’anomalie familiale plutôt qu’une sélection fondée sur le sexe seul.
Certaines affections héréditaires sévères touchent principalement les garçons (qui ne possèdent qu’un seul chromosome X), alors que les femmes porteuses peuvent être asymptomatiques ou peu atteintes. Parmi ces pathologies figurent :
- La myopathie de Duchenne et de Becker
- L’hémophilie A et B
- Le syndrome de l’X fragile
- L’adrénoleucodystrophie liée à l’X
Lorsqu’une variation familiale est connue, l’équipe de génétique vérifie si un PGT-M ciblé peut être mis au point. Dans de rares situations où ce test n’est pas techniquement fiable, le sexe peut contribuer à l’estimation du risque. Il ne permet toutefois pas, à lui seul, de dire que chaque embryon est atteint ou indemne. Un diagnostic prénatal peut encore être discuté après le début de la grossesse (Avis de l’ACOG).
La sélection pour convenance personnelle et les enjeux éthiques
La sélection du sexe sans motif médical — souvent qualifiée de « choix de convenance » ou de recherche d’« équilibre familial » — consiste à choisir délibérément le sexe de l’enfant sans qu’aucun risque génétique n’existe.
Les comités d’éthique et les sociétés internationales de procréation médicale soulignent des réserves majeures (Avis d’éthique de l’ASRM, 2022) :
- Stéréotypes liés au sexe : une telle sélection peut renforcer certaines attentes familiales ou pressions sociales.
- Réduction du choix d’embryons : donner la priorité au sexe peut écarter des embryons qui auraient autrement été envisagés selon des critères cliniques.
- Charge supplémentaire du traitement : le PGT implique une biopsie, une analyse en laboratoire et, le plus souvent, la congélation des embryons. Ces étapes ajoutent des coûts et des contraintes lorsqu’elles ne répondent à aucune indication médicale (voir les risques et aspects pratiques de la FIV).
Variations réglementaires internationales et cadre légal en Turquie
La législation relative au choix du sexe varie considérablement d’un pays à l’autre :
- États-Unis : aucune loi fédérale n’interdit le choix du sexe pour convenance personnelle, chaque clinique définissant sa propre politique déontologique.
- Royaume-Uni : la loi interdit la sélection pour convenance ; un test peut être autorisé pour éviter une maladie héréditaire grave.
- Europe : les règles diffèrent selon les pays. Il faut donc vérifier le cadre national plutôt que parler d’une règle unique de l’Union européenne.
- Turquie : la réglementation des pratiques de procréation médicalement assistée n’autorise pas la sélection du sexe pour convenance personnelle.
À Istanbul, notre clinique envisage le PGT uniquement lorsqu’une indication médicale ou génétique est documentée. Nous ne proposons pas de transfert fondé sur une préférence personnelle concernant le sexe. Chaque situation est discutée au cas par cas avec l’équipe de génétique.
Perspective clinique : privilégier la santé de l’embryon sur le sexe
En pratique, le sexe embryonnaire n’est pas un critère de qualité. L’implantation et la naissance vivante dépendent de plusieurs facteurs, et aucun résultat de PGT ne peut les garantir.
Pour établir le pronostic et le plan de traitement, l’équipe tient notamment compte des éléments suivants :
- Le résultat chromosomique : le PGT-A estime le statut des cellules biopsiées ; il ne démontre pas que l’embryon est sain à tous points de vue génétiques.
- La morphologie embryonnaire : un développement équilibré de la masse cellulaire interne et du trophectoderme (voir comment décoder les scores embryonnaires 4AA, 3BB et 5BC).
- Les facteurs utérins et endométriaux : la cavité utérine, l’endomètre et les conditions du transfert sont évalués dans leur ensemble.
- L’âge et le contexte clinique : la réponse ovarienne, les facteurs spermatiques, le développement embryonnaire et les traitements antérieurs orientent la prise en charge.
Limiter le transfert à un seul sexe peut réduire le nombre d’embryons disponibles. Cela ne rend pas les embryons restants plus aptes à s’implanter du seul fait de leur sexe.
Foire aux questions (FAQ)
Le compte rendu du DPI mentionne-t-il obligatoirement le sexe de l’embryon ?
Non. Bien que les séquenceurs génétiques identifient les chromosomes sexuels, la divulgation de cette information dépend des règles de la clinique et de la législation du pays. Dans les pays où la sélection non médicale est interdite, le sexe est masqué sur le rapport pour éviter tout transfert de convenance.
L’« équilibre familial » constitue-t-il une indication médicale ?
Non. Le souhait d’avoir une fille après plusieurs garçons (ou inversement) relève de la convenance personnelle. Cette demande n’est pas reconnue comme un motif médical et demeure interdite par la loi turque.
Choisir le sexe de l’embryon modifie-t-il les chances de succès en FIV ?
Non. Choisir un embryon en fonction de son sexe n’améliore pas les chances de réussite. Le pronostic repose sur l’ensemble du contexte clinique ; même un embryon déclaré euploïde après PGT-A ne garantit ni implantation ni naissance vivante.
Les patientes internationales peuvent-elles demander une sélection de convenance en Turquie ?
Non. Tous les actes médicaux pratiqués en Turquie s’appliquent de manière identique aux patientes nationales et internationales. La sélection non médicale du sexe est prohibée sur l’ensemble du territoire turc.
Articles associés
- Le diagnostic préimplantatoire des maladies monogéniques (DPI-M)
- Embryon 4AA, 3BB, 5BC : comprendre le rapport du laboratoire
- Risques et points à discuter avant une FIV
Sources
- American Society for Reproductive Medicine (ASRM) Ethics Committee. Use of reproductive technology for sex selection for nonmedical reasons: an Ethics Committee opinion (2022).
- European Society of Human Reproduction and Embryology (ESHRE) PGT-Special Interest Group. ESHRE PGT Consortium good practice recommendations for the detection of structural and numerical chromosomal aberrations (2021).
- American College of Obstetricians and Gynecologists (ACOG) Committee on Genetics. Preimplantation Genetic Testing: ACOG Committee Opinion No. 799.
- American Society for Reproductive Medicine (ASRM) Practice Committee. The use of preimplantation genetic testing for aneuploidy (PGT-A): a committee opinion (2024).
- Ministère de la Santé de la République de Turquie. Règlement sur les pratiques et centres de traitement par procréation médicalement assistée (Üremeye Yardımcı Tedavi Uygulamaları ve Merkezleri Hakkında Yönetmelik).
Ajouter comme source préférée sur Google
Vous pouvez ajouter draksoyivf.com parmi vos sources d'informations médicales préférées sur Google.
Le contenu a été créé par Dr. Senai Aksoy et approuvé médicalement.