Échecs répétés de FIV et système immunitaire : que sait-on vraiment ?
À retenir
Un transfert négatif ne suffit pas à diagnostiquer un trouble immunitaire. Après plusieurs échecs, il faut revoir les antécédents et les cycles de FIV précédents avant d'envisager d'autres examens. Les recommandations actuelles ne soutiennent pas les tests de cellules NK ni les traitements immunitaires complémentaires systématiques. Une maladie auto-immune ou un trouble de la coagulation connu ou suspecté peut nécessiter un bilan ciblé distinct.
Sources clés : ESHRE — recommandations sur l'échec d'implantation répété ASRM — rôle de l'immunothérapie en FIV (2018) ASRM — avis 2026 sur l'échec d'implantation répété
Intralipides et FIV : ce que les traitements immunitaires peuvent ou non apporter — Dr Senai Aksoy
Cette vidéo complète les sections sur les bilans et les traitements immunitaires complémentaires ; elle ne couvre pas toutes les maladies auto-immunes abordées dans l'article.
Sur cette page
- Ce que l’équipe examine en priorité
- Pourquoi le système immunitaire est évoqué
- Le problème de nombreux tests immunitaires
- Quand un bilan immunitaire peut être envisagé
- Et les traitements immunitaires ?
- La FIV peut-elle déclencher une maladie auto-immune ?
- Conclusion
- Questions fréquentes posées au Dr Aksoy
Après un transfert négatif, l’explication immunitaire peut sembler offrir à la fois une raison et un traitement à essayer ensuite. Encore faut-il savoir si le test proposé peut identifier une cause, et si traiter son résultat servirait à quelque chose. Un transfert négatif ne suffit pas, à lui seul, à diagnostiquer un trouble immunitaire ni à justifier un bilan immunitaire étendu (recommandations ESHRE sur l’échec d’implantation répété).
Lorsque plusieurs transferts ont échoué, on commence par revoir le traitement déjà réalisé. Des antécédents de maladie auto-immune ou de thrombose peuvent conduire à des examens plus ciblés. Ce sont deux raisons différentes de faire des examens, et elles n’ont pas les mêmes conséquences sur la prise en charge.
Ce que l’équipe examine en priorité
Avant de penser à un traitement immunitaire, je cherche d’abord s’il existe un problème corrigeable du côté de l’embryon, de la cavité utérine, des trompes, du moment de la progestérone ou du transfert lui-même. Les comptes rendus des cycles précédents le permettent : ils montrent le développement des embryons, ce qu’a montré l’examen de l’utérus et le déroulement des transferts. L’avis de l’ASRM de 2026 recommande lui aussi d’examiner les antécédents médicaux en même temps que ces comptes rendus. L’évaluation porte en général sur :
- la qualité des embryons et les éventuels résultats chromosomiques ;
- l’âge et la réserve ovarienne ;
- les facteurs spermatiques et les conditions de laboratoire ;
- la cavité utérine, y compris les anomalies qui justifient un examen complémentaire ;
- une adénomyose, une endométriose ou un hydrosalpinx (trompe remplie de liquide) ;
- le déroulement des transferts précédents.
Tous ces éléments ne se traitent pas. L’âge et la ploïdie de l’embryon (le fait qu’il ait ou non un nombre normal de chromosomes) aident surtout à replacer l’échec dans son contexte et à ajuster les attentes pour la tentative suivante. Revoir l’ensemble du dossier permet de savoir quelles questions restent ouvertes avant d’ajouter des examens.
Pourquoi le système immunitaire est évoqué
Les cellules immunitaires font normalement partie de la muqueuse utérine. Leur rôle dans l’implantation a conduit les chercheurs à se demander si des variations de l’activité immunitaire pouvaient contribuer aux échecs. Les recommandations de l’ESHRE exposent cette biologie et la difficulté de l’appliquer en pratique clinique.
Une explication plausible doit encore pouvoir être vérifiée par un test fiable. Pour beaucoup de tests immunitaires proposés après une FIV, le lien entre la biologie, le résultat du test et un traitement utile n’est pas établi.
Le problème de nombreux tests immunitaires
Les cellules tueuses naturelles (cellules NK) illustrent bien le problème. Malgré leur nom, leur présence dans la muqueuse utérine est normale. Les cellules NK du sang diffèrent de celles de l’utérus : leur numération sanguine ne renseigne pas directement sur ce qui se passe là où l’embryon s’implante. Même une mesure dans l’utérus a ses limites, car le nombre de cellules n’indique pas comment elles fonctionnent.
Les méthodes de mesure et les valeurs de référence varient aussi d’un laboratoire à l’autre. Un résultat « anormal » peut donc ajouter une incertitude plutôt qu’expliquer l’échec du transfert. L’ESHRE ne recommande ni le dosage sanguin ou utérin des cellules NK, ni le dosage sanguin des cytokines en cas d’échec d’implantation répété.
Avant d’accepter un examen, demandez à votre médecin ce que chaque résultat possible changerait dans votre prise en charge. Répéter un test non validé ne lève pas l’incertitude sur sa signification.
Quand un bilan immunitaire peut être envisagé
Rechercher une maladie que l’on suspecte n’a pas le même but que chercher une explication immunitaire à un échec de FIV. Des symptômes, une thrombose antérieure ou d’autres éléments des antécédents ou de l’examen peuvent donner une raison précise de rechercher une maladie auto-immune ou un trouble de la coagulation. Si un diagnostic est déjà posé, une consultation avec le spécialiste concerné peut être nécessaire avant le traitement de fertilité.
Les fausses couches à répétition relèvent elles aussi d’un bilan propre. Elles ne se confondent pas avec un échec d’implantation et ne justifient pas de passer directement à un panel immunitaire commercial.
Pour l’échec d’implantation répété isolé, l’avis 2026 de l’ASRM conclut que les preuves sont insuffisantes pour recommander la recherche systématique des anticorps antiphospholipides. La raison de demander un test doit ressortir clairement des antécédents, tout comme la façon dont son résultat pourrait modifier la prise en charge.
Et les traitements immunitaires ?
Corticoïdes, immunoglobulines intraveineuses (IVIG), intralipides et anticoagulants sont parfois présentés ensemble comme des « traitements immunitaires complémentaires ». Ils ont pourtant des modes d’action et des indications différents, et ne sont pas interchangeables. Qu’un médicament soit prescrit pour une maladie diagnostiquée ne prouve pas qu’il améliore l’implantation chez les patientes qui n’ont pas cette maladie.
Chez les patientes de FIV sans autre indication médicale, les recommandations de l’ASRM sur l’immunothérapie déconseillent l’usage systématique des corticoïdes et jugent les preuves insuffisantes pour les intralipides ou les IVIG. Son avis de 2026 sur l’échec d’implantation répété ne soutient pas non plus une anticoagulation systématique. Une maladie confirmée par ailleurs, comme un syndrome des antiphospholipides, peut justifier un anticoagulant ; elle ne justifie pas d’ajouter les autres traitements à un cycle de FIV.
Certains travaux rapportent des résultats plus encourageants. Une synthèse de revues systématiques publiée en 2025 signale des bénéfices possibles pour plusieurs traitements, dont les intralipides. Mais la plupart des revues incluses étaient de qualité méthodologique faible ou très faible ; certaines reprenaient les mêmes essais, et la définition de l’échec d’implantation variait.
Ces faiblesses comptent lorsqu’il s’agit de proposer un traitement de façon systématique. La revue ouvre des pistes de recherche, mais n’établit pas de bénéfice fiable en pratique courante. Ces traitements peuvent aussi avoir des effets indésirables : en ajouter un « par précaution » après un transfert négatif n’est pas un choix neutre.
La FIV peut-elle déclencher une maladie auto-immune ?
Lorsqu’une patiente a déjà une sclérose en plaques (SEP) ou un lupus, préparer un traitement de fertilité soulève une autre question : ce traitement peut-il influencer la maladie existante ? Les études présentées ci-dessous portent sur cette situation. Elles ne permettent pas de savoir si la FIV provoque une nouvelle maladie auto-immune chez une femme jusque-là en bonne santé.
Dans la sclérose en plaques, les études sur les poussées après un traitement de fertilité aboutissent à des conclusions différentes. Une revue publiée en 2023 par Sparaco et ses collègues considère le protocole antagoniste de la GnRH comme un choix raisonnable, sans démontrer qu’il prévient les poussées. Voici comment je mets ce choix en balance avec l’activité de la maladie et la gestion des traitements :
Le regard clinique du Dr Aksoy
« Le diagnostic de sclérose en plaques ne détermine pas, à lui seul, le protocole de FIV. Avec le neurologue, j’examine d’abord la date de la dernière poussée, les lésions nouvelles ou actives à l’IRM, l’évolution de la maladie et les médicaments à adapter au projet de grossesse. En cas de maladie active ou de poussée récente, nous décidons ensemble du calendrier. Je ne souhaite pas qu’une patiente arrête son traitement de sa propre initiative parce qu’elle commence une FIV.
« Selon la réponse ovarienne attendue, je peux choisir un protocole antagoniste. Si le risque de syndrome d’hyperstimulation ovarienne est élevé, ce protocole permet, lorsque c’est approprié, de déclencher la maturation des ovocytes avec un agoniste de la GnRH et de congeler les embryons si nécessaire.
« Je ne présente pas ce choix comme un moyen de prévenir les fluctuations hormonales pour réduire les poussées. Il n’est pas démontré que les protocoles antagonistes préviennent mieux les poussées de sclérose en plaques que les autres protocoles. Ma priorité est une stimulation sûre, coordonnée avec la prise en charge neurologique et le traitement de la maladie. »
Ces mesures de réduction du risque d’hyperstimulation sont conformes aux recommandations de l’ASRM sur sa prévention. Ces données portent sur la sécurité de la stimulation ovarienne et ne constituent pas une preuve de protection contre les poussées de SEP.
Le lupus demande la même attention au contexte des résultats. Dans une étude prospective française menée chez des femmes atteintes de lupus, les issues de grossesse et les poussées ne différaient pas significativement entre les grossesses obtenues après traitement de fertilité et les grossesses spontanées. La plupart des femmes du groupe traité avaient cependant une maladie inactive au départ. Ces résultats ne démontrent donc pas la sécurité du traitement en cas de lupus actif ou sévère.
L’étude a en outre suivi des grossesses déjà obtenues : elle ne donne pas la probabilité de naissance vivante par cycle de FIV commencé. Si vous avez une maladie auto-immune, neurologique ou rhumatologique, votre spécialiste et l’équipe de fertilité doivent tenir compte de l’activité de la maladie, des poussées récentes et du plan de traitement avant de commencer, en plus du bilan de fertilité.
Conclusion
Après des échecs répétés, je pars des cycles précédents et des antécédents médicaux. Si un examen ou un traitement immunitaire vous est proposé, demandez quel élément le rend pertinent dans votre situation. Un résultat incertain ne doit pas être présenté comme une cause confirmée.
Faire examiner votre dossier
Après plusieurs cycles sans succès, revoir les données embryonnaires, utérines, spermatiques et les cycles précédents peut aider à préciser les questions encore ouvertes. Vous pouvez demander un examen confidentiel de votre dossier avant de décider si d’autres examens sont utiles.
À lire aussi
- Échec de la FIV : que faire après un test négatif ?
- Taux de réussite de la FIV : comment les lire vraiment
- Transfert frais ou congelé en FIV : comment choisir ?
- Stratégies pour améliorer les chances de succès en FIV : une approche fondée sur les preuves
Questions fréquentes posées au Dr Aksoy
La FIV affaiblit-elle le système immunitaire ?
Non. Les médicaments de stimulation ovarienne utilisés en FIV et le soutien par progestérone après le transfert ne sont pas des traitements qui affaiblissent le système immunitaire de façon générale. Les taux d’hormones changent, mais cela ne veut pas dire que les défenses de l’organisme ont baissé. La cortisone, parfois proposée en complément, est différente : elle peut freiner la réponse immunitaire, et je ne recommande pas de la donner systématiquement à toutes les patientes.
Faut-il faire un bilan immunitaire après un seul transfert négatif ?
Un premier transfert négatif est une vraie déception, mais il ne signifie pas, à lui seul, que votre système immunitaire a rejeté l’embryon. Même un embryon de bel aspect peut ne pas s’implanter pour des raisons chromosomiques ou d’autres raisons biologiques ; nous ne nous attendons pas à ce que chaque transfert réalisé dans de bonnes conditions aboutisse à une grossesse. Je commence par revoir le développement de l’embryon, l’utérus et les conditions du transfert. Je ne demande pas de bilan immunitaire à partir d’un seul résultat.
Cette approche rejoint les recommandations de l’ESHRE sur l’échec d’implantation répété, qui préconisent d’évaluer chaque situation individuellement.
Que signifie un taux élevé de cellules NK dans le sang ?
Il est compréhensible de s’inquiéter en lisant « NK élevées » sur un compte rendu. Mais ce test mesure des cellules du sang. Les cellules NK de la muqueuse utérine ont d’autres caractéristiques, et elles jouent aussi un rôle normal au début de la grossesse. Une valeur élevée dans le sang ne montre donc pas que l’embryon est attaqué dans l’utérus. Il n’existe pas non plus de seuil reconnu qui prédise de façon fiable les chances de grossesse ou indique quel traitement serait nécessaire. Je ne commence pas de traitement sur la base de ce résultat.
Faut-il ajouter des intralipides ou de la cortisone « au cas où » ?
Je comprends que vous vouliez tout tenter avant la prochaine tentative. Mais les intralipides sont une perfusion intraveineuse, et la cortisone un médicament qui a ses propres effets : je ne les ajoute pas en me disant que « cela ne peut pas faire de mal ». Il n’a pas été démontré de façon fiable que les intralipides augmentent les naissances vivantes. Dans un vaste essai mené chez des femmes ayant eu plusieurs transferts sans succès, la prednisone n’a pas augmenté les naissances vivantes, et certains résultats de grossesse défavorables incitaient à la prudence.
Je cherche d’abord s’il existe un problème corrigeable du côté de l’embryon, de la cavité utérine, des trompes, du moment de la progestérone ou du transfert lui-même. Si une maladie diagnostiquée nécessite un traitement, je la prends en charge avec le spécialiste concerné.
Sources
- ESHRE Working Group on Recurrent Implantation Failure; Cimadomo D, de los Santos MJ, Griesinger G, et al. ESHRE good practice recommendations on recurrent implantation failure. Human Reproduction Open. 2023;2023(3):hoad023. DOI: 10.1093/hropen/hoad023.
- Practice Committee of the American Society for Reproductive Medicine. The role of immunotherapy in in vitro fertilization: a guideline. Fertility and Sterility. 2018;110(3):387–400. DOI: 10.1016/j.fertnstert.2018.05.009.
- Practice Committee of the American Society for Reproductive Medicine. Recurrent implantation failure: a committee opinion. Fertility and Sterility. 2026;126:277–293.
- Sun Y, Cui L, Lu Y, et al. Prednisone vs Placebo and Live Birth in Patients With Recurrent Implantation Failure Undergoing In Vitro Fertilization: A Randomized Clinical Trial. JAMA. 2023;329(17):1460–1468. DOI: 10.1001/jama.2023.5302.
- Almohammadi A, Choucair F, Khan KS, Bueno-Cavanillas A, Cano-Ibáñez N. Interventions for recurrent embryo implantation failure: An umbrella review. International Journal of Gynecology & Obstetrics. 2025;169(2):539–556. DOI: 10.1002/ijgo.16066. Publication en ligne le 5 décembre 2024.
- Sparaco M, Carbone L, Landi D, et al. Assisted Reproductive Technology and Disease Management in Infertile Women with Multiple Sclerosis. CNS Drugs. 2023;37(10):849–866.
- Dernoncourt A, Guettrot-Imbert G, Sentilhes L, et al. Safety of Fertility Treatments in Women With Systemic Lupus Erythematosus: Data From a Prospective Population-Based Study. BJOG. 2025;132(5):614–624. Publication en ligne le 19 décembre 2024.
- Practice Committee of the American Society for Reproductive Medicine. Prevention of moderate and severe ovarian hyperstimulation syndrome: a guideline. Fertility and Sterility. 2024;121:230–245.
Ajouter comme source préférée sur Google
Vous pouvez ajouter draksoyivf.com parmi vos sources d'informations médicales préférées sur Google.
Le contenu a été créé par Dr. Senai Aksoy et approuvé médicalement.