Réflexions sur le PGT-A : Quand Est-il Utile, Quand Est-il Commercialisé ?
À retenir
Le PGT-A n'est pas un filtre magique pour tous les couples. Chez les patientes jeunes avec une bonne réserve ovarienne, le PGT-A systématique n'augmente pas le taux de naissance vivante et risque d'éliminer des embryons viables.
Sources clés : Étude STAR — Munné et al. Fert Steril 2019 (PMID 31551155) Revue Systématique Cochrane — PGT-A pour FIV (2020) Recommandation ASRM sur le PGT-A (2024)
En plus de 30 ans de pratique clinique en médecine de la reproduction, j’ai vu défiler de nombreuses innovations technologiques présentées comme des « filtres absolus ». Si les technologies avancées offrent des possibilités remarquables, le discours commercial confond trop souvent un outil diagnostique avec une garantie de résultat.
D’Abord la Patiente — Ensuite les Brochures Glacées
Des couples arrivent parfois en consultation avec une brochure luxueuse d’une autre clinique et me demandent, avec un espoir sincère, s’il faut tester génétiquement tous leurs embryons, puisque la brochure promet de sélectionner le bébé le plus sain et d’écarter tout risque.
Beaucoup de ces couples en sont à leur première FIV, avec une bonne réserve ovarienne et des paramètres spermatiques normaux. La brochure promet une certitude. Or, en biologie comme dans une pratique médicale rigoureuse, la certitude absolue n’existe pas.
À ces couples, j’explique que le PGT-A systématique ne devrait pas augmenter leur chance cumulée d’avoir un enfant et qu’il risque de faire écarter des embryons viables sous l’étiquette « suspect » ou « mosaïque ».
Cet article résume le raisonnement que je partage avec mes patientes lors de ces échanges.
Le Désir de Perfection face aux Preuves Cliniques
La société moderne recherche légitimement le contrôle, l’efficacité et la perfection. En médecine de la reproduction, cela se traduit par le désir d’utiliser la technologie comme un crible infaillible pour garantir une issue sans défaut.
Cependant, trois décennies en procréation assistée m’ont enseigné une leçon fondamentale : Une hypothèse est une chose ; la preuve clinique en est une autre.
Que Disent les Données Scientifiques ?
- Essai STAR (Munné et al., 2019) : Dans une vaste étude clinique randomisée multicentrique menée auprès de patientes de bon pronostic âgées de 25 à 40 ans (âge moyen 33,7 ans), le PGT-A systématique n’a montré aucune différence significative du taux de grossesse évolutive par rapport à la sélection embryonnaire classique sur critères morphologiques (41,8 % contre 43,5 %).
- Revue Systématique Cochrane (Cornelisse et al., 2020) : En analysant les données de 13 essais randomisés regroupant près de 2 800 femmes, la revue Cochrane a conclu que les preuves sont insuffisantes pour démontrer que le PGT-A améliore le taux de naissance vivante cumulé.
- Recommandation de l’ASRM (ASRM, 2024) : L’American Society for Reproductive Medicine indique que l’intérêt du PGT-A comme test de dépistage systématique pour toutes les patientes en FIV n’a pas été démontré.
La Biopsie du Trophoblaste et la Réalité des Embryons Mosaïques
Le PGT-A analyse quelques cellules prélevées dans le trophoblaste externe du blastocyste (qui formera le placenta), et non dans le bouton embryonnaire interne (qui formera le bébé).
L’embryon est un organisme vivant, dynamique et capable d’auto-réparation.
- Embryons Mosaïques : Même si quelques cellules de la couche externe présentent des anomalies, les cellules internes peuvent être parfaitement saines.
- Étude Greco et al. (NEJM, 2015) : Le transfert clinique d’embryons qualifiés de « mosaïques » a donné naissance à des enfants en parfaite santé.
Écarter systématiquement tout embryon qualifié de mosaïque peut donc faire perdre des embryons qui auraient pu devenir des enfants en bonne santé.
Quand le PGT-A peut-il être envisagé ?
Je ne suis pas opposé au PGT-A ; je suis opposé à sa commercialisation comme soin systématique pour tous. Sa place dépend de la situation clinique :
- Âge maternel avancé : le PGT-A peut être plus pertinent à un âge plus avancé, surtout chez des patientes sélectionnées chez qui l’on peut obtenir suffisamment d’embryons. L’ASRM note qu’il peut avoir un rôle bénéfique en cas d’âge maternel avancé, en particulier avec une bonne réserve ovarienne (ASRM, 2024). L’implantation par transfert peut être plus élevée et le risque de fausse couche plus faible, mais il n’est pas certain qu’il augmente le taux cumulé de naissance vivante chez toutes les patientes plus âgées.
- Fausses couches à répétition : il n’a pas été démontré que le PGT-A réduise significativement les fausses couches ou augmente les naissances vivantes par rapport à une attitude expectative (ASRM, 2026). Chez les femmes de plus de 40 ans ayant une fausse couche aneuploïde prouvée, il peut être discuté dans le cadre d’une décision partagée pour réduire le risque d’une nouvelle perte liée à l’aneuploïdie.
- Remaniements chromosomiques parentaux ou maladies monogéniques connus : ils relèvent d’un test ciblé (PGT-SR pour les remaniements de structure, PGT-M pour les maladies monogéniques) et non du PGT-A.
Pour une femme de 32 ans à sa première FIV, le PGT-A systématique réduit le nombre d’embryons disponibles, augmente considérablement le coût et ajoute une anxiété inutile.
Conclusion
La médecine doit offrir une clarté honnête, pas des illusions commerciales. Le PGT-A est un outil diagnostique majeur pour la bonne patiente ; pour la mauvaise indication, c’est une source de coût et de stress injustifiés.
Dans ma pratique, j’évalue chaque situation sur la base de la biologie individuelle, de l’histoire médicale et des preuves scientifiques — non sur des brochures publicitaires.
Références
- Munné S, Kaplan B, Frattarelli JL, et al. Preimplantation genetic testing for aneuploidy versus morphology as selection criteria for single frozen-thawed embryo transfer in good-prognosis patients: a multicenter randomized clinical trial (STAR). Fertility and Sterility. 2019;112(6):1071-1079.
- Cornelisse S, Zagers M, Kostova E, et al. Preimplantation genetic testing for aneuploidies (abnormal number of chromosomes) in in vitro fertilisation. Cochrane Database of Systematic Reviews. 2020;9(9):CD005291.
- ASRM Practice Committee. The use of preimplantation genetic testing for aneuploidy: a committee opinion. Fertility and Sterility. 2024;122(3):421-434. doi:10.1016/j.fertnstert.2024.04.013
- ASRM Practice Committee. Recurrent pregnancy loss: a committee opinion. Fertility and Sterility. 2026;125(6):1023-1041. doi:10.1016/j.fertnstert.2026.03.001
- Greco E, Minasi MG, Fiorentino F. Healthy babies after intrauterine transfer of mosaic aneuploid blastocysts. New England Journal of Medicine. 2015;373(21):2089-2090.
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Le contenu a été créé par Dr. Senai Aksoy et approuvé médicalement.