Scratching endométrial avant une FIV : pourquoi ce n'est plus un geste de routine

Révisé médicalement le 10 octobre 2026 - Dr. Senai Aksoy
Femme aux cheveux bruns mi-longs, en pull bleu clair, assise à une table près d'une fenêtre, le menton posé sur la main

À retenir

Le scratching endométrial (lésion endométriale) consiste à créer volontairement une petite lésion de la muqueuse de l'utérus avant un cycle de FIV, dans l'espoir de favoriser l'implantation. La mise à jour Cochrane de 2026 conclut que l'effet du geste sur la naissance vivante est incertain : les résultats sont compatibles avec une amélioration, une absence d'effet ou une légère baisse. L'ESHRE ne le recommande ni en routine ni en cas d'échecs d'implantation répétés, et aucune donnée fiable ne montre qu'il aide avant un transfert d'embryons congelés.

Sources clés : Mise à jour de la revue Cochrane : lésion endométriale en FIV (2026) Recommandations de bonne pratique de l'ESHRE sur les add-ons (2023) Recommandations de bonne pratique de l'ESHRE sur les échecs d'implantation répétés (2023)

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Le scratching endométrial en FIV

Le scratching endométrial, aussi appelé lésion endométriale, a longtemps semblé être un moyen simple d’aider l’embryon à s’implanter. Un petit geste, une théorie plausible et l’espoir de réussir le transfert suivant.

Des études de meilleure qualité ont depuis changé la donne. La mise à jour Cochrane de 2026 conclut que l’effet du scratching sur la naissance vivante est incertain.[1] L’ESHRE ne le recommande pas en pratique clinique courante[6] ni en cas d’échecs d’implantation répétés.[7]

L’approche du Dr Aksoy : Je ne propose pas le scratching endométrial comme étape systématique avant une FIV ou après un nombre fixe de transferts infructueux. Après un échec, je réévalue l’embryon, la cavité utérine et les conditions du transfert. Si nécessaire, je vérifie aussi le moment et la durée d’exposition à la progestérone. Un échec ne justifie pas automatiquement un geste invasif supplémentaire.

Faut-il faire un scratching avant FIV — Dr Senai Aksoy

En quoi consiste le geste ?

Un fin tube en plastique est introduit dans l’utérus en passant par le col, pour créer une petite lésion, une « éraflure », de la muqueuse.[1] Dans la plupart des essais, le geste était réalisé avec une canule de biopsie de type Pipelle, pendant la seconde moitié (phase lutéale) du cycle précédant le cycle de FIV.[1]

Le geste est court, mais il reste invasif.

Pourquoi l’idée a séduit

L’idée était qu’une petite lésion déclencherait une réaction locale de réparation, qui rendrait la muqueuse plus réceptive. Les mécanismes évoqués sont une réaction de cicatrisation et d’inflammation, la décidualisation, des modifications de l’expression des gènes et une meilleure synchronisation entre l’embryon et l’endomètre.[6] La décidualisation est la transformation que subit la muqueuse pour se préparer à une grossesse.

Ces idées sont intéressantes sur le plan biologique. Mais un mécanisme plausible n’est pas un bénéfice démontré : seuls les essais peuvent le montrer.

Ce que montrent les données aujourd’hui

La mise à jour Cochrane de 2026 a inclus 24 essais randomisés portant sur 7 234 femmes. Comme beaucoup de ces essais présentaient un risque de biais élevé, l’analyse principale n’a retenu que les 8 essais à faible risque de biais, soit 4 402 femmes.[1]

Mise à jour Cochrane de 2026 : lésion endométriale comparée à l’absence de geste ou à un geste simulé, dans les essais à faible risque de biais (8 essais, 4 402 femmes).[1]

CritèreRapport de cotes (OR) et intervalle de confiance à 95 % (IC)Ce que cela signifieNiveau de certitude
Naissance vivanteOR 1,12 (0,98 à 1,28)Si 27 % des femmes ont une naissance vivante sans le geste, entre 27 % et 32 % en auraient une avec ; l’effet est incertainModéré
Grossesse cliniqueOR 1,08 (0,95 à 1,23)Si 32 % des femmes ont une grossesse clinique sans le geste, entre 31 % et 37 % en auraient une avec ; l’effet est incertainModéré
Fausse coucheOR 1,00 (0,76 à 1,31)Pourrait faire peu ou pas de différenceFaible
Douleur—Provoque probablement une douleur légère à modéréeModéré

Les auteurs de la revue Cochrane concluent que les résultats sont compatibles avec une hausse des chances de naissance vivante, une absence d’effet ou une légère baisse.[1]

Le plus grand essai pris isolément va dans le même sens. Dans un essai multicentrique publié en 2019 et portant sur 1 364 femmes, le taux de naissance vivante était de 26,1 % avec le scratching et de 26,1 % sans (OR ajusté 1,00 ; IC à 95 % : 0,78 à 1,27).[2] Un essai britannique mené chez 1 048 femmes qui faisaient leur première FIV a retrouvé un taux de naissance vivante de 38,6 % avec le scratching et de 37,1 % sans. Cette différence peut être due au hasard, et les auteurs déconseillent le scratching dans ce groupe.[3]

Toutes les analyses ne vont pas dans ce sens. Une méta-analyse de 2023, qui a regroupé les données individuelles de 4 112 femmes issues de 13 essais, a retrouvé une amélioration possible et modeste du taux de naissance vivante (OR 1,29 ; IC à 95 % : 1,02 à 1,64). Ses auteurs conseillent pourtant d’utiliser le scratching avec prudence et d’expliquer aux patientes à quel point les données restent incertaines.[4] Une méta-analyse de 2026 portant sur 8 essais a elle aussi rapporté un petit bénéfice ; pour la naissance vivante, à partir de 6 essais, le risque relatif (RR) était de 1,12 (IC à 95 % : 1,03 à 1,22).[13] Elle regroupe bien moins d’essais que la mise à jour Cochrane, qui reste prudente.[1]

En pratique, si le scratching a le moindre effet, celui-ci est faible et trop peu fiable pour justifier un usage en routine.

Avant un transfert d’embryons congelés

Aucune donnée fiable ne montre que le scratching améliore le taux de naissance vivante avant un transfert d’embryons congelés (TEC).[5][8]

Les essais sont peu nombreux. Dans un petit essai randomisé en double aveugle mené chez des femmes ayant un TEC en cycle naturel, il n’y avait pas de différence significative de grossesse clinique, de grossesse évolutive ni de naissance vivante.[5] Comme cet essai ne portait que sur des cycles naturels, il ne tranche pas la question pour les cycles préparés par traitement hormonal (cycles artificiels) ; les données sont trop limitées pour conclure dans un sens ou dans l’autre. Une méta-analyse consacrée aux premiers transferts n’a pas trouvé de différence d’effet du scratching entre transferts frais et transferts congelés, ce qui ne prouve pas pour autant que l’effet soit le même.[8]

Après des échecs d’implantation répétés

C’est dans cette situation que le scratching est le plus souvent proposé. Après un nouveau test négatif, il est naturel de chercher encore quelque chose à essayer.

Les données portant spécifiquement sur des échecs d’implantation répétés bien définis restent insuffisantes, et les études disponibles n’ont pas montré de bénéfice fiable sur la naissance vivante.[7][12] Dans les trois petits essais menés dans ce groupe et résumés par l’ESHRE, il n’y a pas eu d’augmentation significative du taux de grossesse ni du taux de naissance vivante, et l’ESHRE ne recommande pas le geste.[7] La HFEA n’a trouvé aucune étude de qualité modérée ou élevée portant spécifiquement sur les échecs d’implantation répétés.[12] L’essai de grande taille le plus proche de cette situation a inclus 933 femmes après un seul cycle de FIV infructueux. Dans les groupes analysés, 110 femmes sur 465 ont eu une naissance vivante avec le scratching, contre 88 sur 461 sans (RR 1,24 ; IC à 95 % : 0,96 à 1,59). Les auteurs déconseillent le scratching en dehors des essais cliniques.[9] Une analyse qui a regroupé les essais selon le nombre d’échecs antérieurs n’a pas permis de dire quelles patientes en tireraient un bénéfice, à supposer qu’il y en ait.[10]

Le moment du geste compte

Lorsqu’il a été étudié, le scratching était en général réalisé pendant le cycle qui précédait le traitement.[1] Dans certaines études, le scratching pratiqué pendant le cycle de traitement lui-même a été associé à des taux de grossesse plus bas ou à davantage de fausses couches.[8][11]

Ces résultats ne montrent pas que tout moment ou toute technique soit nocif, mais ils sont une raison de plus de ne pas utiliser ce geste en routine.

Douleur et risques

Le scratching provoque probablement une douleur légère à modérée.[1] Dans l’essai multicentrique de 2019, le score de douleur médian était de 3,5 sur 10, et une femme sur quatre a coté sa douleur à 6 ou plus.[2]

L’ESHRE note que des saignements et des douleurs minimes à modérés peuvent survenir et que, lorsque le geste est réalisé par hystéroscopie, il existe un faible risque d’infection.[6] La HFEA indique qu’une infection après un scratching est peu fréquente, même s’il existe un faible risque lorsque le col de l’utérus est déjà infecté. Elle ajoute que le scratching ne comporte aucun risque supplémentaire connu pour l’enfant.[12]

Quand le bénéfice est incertain, même un petit geste doit être justifié, compte tenu de l’inconfort et du coût qu’il entraîne.

Ce que disent l’ESHRE et la HFEA

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Questions fréquentes posées au Dr Aksoy

Faut-il faire un scratching endométrial avant un transfert d’embryons congelés ?

Je ne recommande pas de faire systématiquement un scratching endométrial avant un transfert d’embryons congelés. Dans ce geste, on utilise un cathéter fin pour créer une petite lésion dans la muqueuse de l’utérus. L’objectif est que la réaction biologique pendant la cicatrisation aide l’embryon à s’accrocher. Le bénéfice clinique que prévoit cette théorie n’a cependant pas encore été suffisamment démontré. En particulier, nous n’avons aucune donnée fiable montrant qu’il augmente le taux de naissance vivante lors des transferts d’embryons congelés. C’est pourquoi je ne juge pas nécessaire d’intervenir à l’intérieur de l’utérus dans le seul but d’augmenter les chances de grossesse. Pour moi, les caractéristiques de l’embryon, l’état de la cavité utérine et une bonne planification du moment du transfert passent avant.

Le scratching endométrial a-t-il un bénéfice démontré, et l’utilisez-vous après des échecs d’implantation répétés ?

Des résultats contradictoires sont publiés sur ce sujet depuis des années. Certaines études ont rapporté un bénéfice, mais des études plus grandes et mieux conçues n’ont pas retrouvé le même résultat. La revue Cochrane mise à jour en 2026 montre elle aussi que l’effet sur la naissance vivante reste incertain. Chez une patiente qui a connu des échecs de transfert répétés, avant de me tourner vers le scratching, je cherche un élément qui pourrait expliquer pourquoi l’embryon ne s’est pas implanté. Je réévalue des points comme le statut chromosomique de l’embryon, une pathologie à l’intérieur de l’utérus, la préparation de l’endomètre et le calendrier de la progestérone. Si nécessaire, je peux réaliser une hystéroscopie diagnostique, mais ce n’est pas la même chose qu’un scratching. À l’heure actuelle, je ne considère pas le scratching comme un traitement standard des échecs d’implantation répétés.

Le scratching endométrial fait-il mal, et quels sont ses inconvénients et ses risques ?

Le geste peut en général être réalisé en consultation, sans anesthésie. Un cathéter fin est introduit dans l’utérus pour créer une lésion contrôlée de l’endomètre. La plupart des patientes ressentent une douleur ou des crampes brèves, proches d’une douleur de règles. De légers saignements peuvent survenir ensuite. Les complications comme l’infection sont rares, mais le geste n’est pas totalement sans risque. En particulier, il ne doit pas être réalisé chez une patiente qui a une infection génitale en cours. Pour moi, la vraie question est de savoir s’il est nécessaire d’accepter une douleur, d’éventuelles complications et un coût supplémentaire pour un geste dont le bénéfice n’a pas été démontré chez la plupart des patientes. C’est pourquoi je ne pense pas qu’un usage systématique soit justifié.

Sources

  1. Perera AK, Gan J, Afroz A, Armstrong S, Raine-Fenning N, Martins WP, Lensen SF. Endometrial injury in women undergoing in vitro fertilisation (IVF). Cochrane Database Syst Rev 2026;5:CD009517.
  2. Lensen S, Osavlyuk D, Armstrong S, et al. A randomized trial of endometrial scratching before in vitro fertilization. N Engl J Med 2019;380(4):325–334.
  3. Metwally M, Chatters R, Pye C, et al. Endometrial scratch to increase live birth rates in women undergoing first-time in vitro fertilisation: RCT and systematic review. Health Technol Assess 2022;26(10):1–212.
  4. van Hoogenhuijze NE, Lahoz Casarramona G, Lensen S, et al. Endometrial scratching in women undergoing IVF/ICSI: an individual participant data meta-analysis. Hum Reprod Update 2023;29(6):721–740.
  5. Mak JSM, Chung CHS, Chung JPW, et al. The effect of endometrial scratch on natural-cycle cryopreserved embryo transfer outcomes: a randomized controlled study. Reprod Biomed Online 2017;35(1):28–36.
  6. ESHRE Add-ons working group; Lundin K, Bentzen JG, Bozdag G, et al. Good practice recommendations on add-ons in reproductive medicine. Hum Reprod 2023;38(11):2062–2104.
  7. ESHRE Working Group on Recurrent Implantation Failure; Cimadomo D, de los Santos MJ, Griesinger G, et al. ESHRE good practice recommendations on recurrent implantation failure. Hum Reprod Open 2023;2023(3):hoad023.
  8. Vitagliano A, Andrisani A, Alviggi C, et al. Endometrial scratching for infertile women undergoing a first embryo transfer: a systematic review and meta-analysis of published and unpublished data from randomized controlled trials. Fertil Steril 2019;111(4):734–746.e2.
  9. van Hoogenhuijze NE, Mol F, Laven JSE, et al. Endometrial scratching in women with one failed IVF/ICSI cycle — outcomes of a randomised controlled trial (SCRaTCH). Hum Reprod 2021;36(1):87–98.
  10. van Hoogenhuijze NE, Kasius JC, Broekmans FJM, Bosteels J, Torrance HL. Endometrial scratching prior to IVF; does it help and for whom? A systematic review and meta-analysis. Hum Reprod Open 2019;2019(1):hoy025.
  11. Mackens S, Racca A, Van de Velde H, et al. Follicular-phase endometrial scratching: a truncated randomized controlled trial. Hum Reprod 2020;35(5):1090–1098.
  12. Human Fertilisation and Embryology Authority. Endometrial scratching. Classé ambre pour la plupart des patientes en FIV/ICSI et gris pour les échecs d’implantation répétés ; données examinées en juillet 2023.
  13. Gricius R, Piesliakaitė K, Narutytė R, Austys D, Ramašauskaitė D. Impact of endometrial scratching on IVF/ICSI outcomes: a meta-analysis. J Clin Med 2026;15(9):3340.
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Dr. Senai Aksoy

Le Dr Aksoy s'est formé en France avant de rentrer en Turquie, où il a été membre de l'équipe ICSI de l'hôpital Sevgi à Ankara — premier centre ICSI du pays (1994-95) — et co-auteur des premières publications turques sur l'ICSI réalisées en collaboration avec l'équipe Van Steirteghem (Bruxelles, Human Reproduction 1996, PMID 8671323). Il a contribué à créer le programme FIV de l'Hôpital Américain d'Istanbul et dirige son propre centre de fertilité depuis 1998.

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