Endométriose et infertilité : EFI, chirurgie, FIV et réserve ovarienne

Révisé médicalement le 22 mai 2026 - Dr. Senai Aksoy
Endométriose et infertilité : EFI, chirurgie, FIV et réserve ovarienne

À retenir

L'endométriose est retrouvée chez environ une femme infertile sur quatre. Le score EFI (Endometriosis Fertility Index) aide à choisir entre une période d'attente et une FIV directe. La cystectomie systématique avant FIV n'est plus recommandée : elle n'améliore pas le taux de naissance vivante et réduit la réserve ovarienne d'environ 30 % après geste unilatéral et 44 % après geste bilatéral. La pré-stimulation prolongée par agoniste de la GnRH n'est plus utilisée en routine (Cochrane 2019). En Turquie, l'interdiction du don d'ovocytes oriente les patientes avec réserve ovarienne effondrée vers des stratégies d'épargne (random-start, DuoStim, accumulation d'embryons).

Endométriose et fertilité : combien de patientes concernées ?

L’endométriose est retrouvée chez environ 23 à 50 % des femmes infertiles selon les séries. Inversement, 30 à 50 % des femmes avec endométriose présentent une infertilité. Le lien n’est pas mécanique : une endométriose minime peut s’accompagner d’une infertilité significative, et une endométriose avancée peut être compatible avec une grossesse spontanée.

La prise en charge a profondément évolué depuis ESHRE 2022 (Becker et al., Human Reproduction Open), avec deux changements majeurs : la chirurgie systématique de l’endométriome avant FIV n’est plus recommandée, et le protocole ultralong par agoniste de la GnRH avant FIV non plus.

Cet article approfondit le volet fertilité du guide complet de l’endométriose.

Pourquoi l’endométriose réduit la fertilité

Les mécanismes sont multiples et coexistent :

Cette pluralité de mécanismes explique pourquoi aucune intervention unique ne « répare » la fertilité dans l’endométriose, et pourquoi la stratégie doit être individualisée.

Le score EFI : l’outil de décision

L’Endometriosis Fertility Index (Adamson & Pasta 2010, Fertility & Sterility) est un score validé qui combine :

Le total va de 0 à 10. Plus le score est élevé, meilleure est la prédiction de grossesse spontanée après chirurgie.

Interprétation pratique

Le score est utile après une cœlioscopie. Lorsque la décision est prise sans chirurgie (imagerie + clinique), le choix entre attente et FIV s’appuie sur l’âge, la réserve ovarienne, la durée d’infertilité, les facteurs masculins et tubaires, et la sévérité de l’imagerie.

Chirurgie ovarienne et réserve : ce qu’il faut savoir

Impact mesuré de la cystectomie

La cystectomie laparoscopique d’un endométriome réduit la réserve ovarienne — et ce phénomène est bien documenté.

Cette baisse s’explique par deux mécanismes : retrait involontaire de tissu ovarien sain adhérent à la paroi du kyste, et lésions thermiques liées à la coagulation bipolaire utilisée pour l’hémostase.

Pourquoi la chirurgie avant FIV n’améliore pas le résultat

La méta-analyse de Hamdan et al., 2015, Hum Reprod Update compare cystectomie pré-FIV et attitude expectative :

L’ESHRE 2022 émet en conséquence une recommandation forte : la cystectomie systématique des endométriomes avant FIV n’est pas recommandée.

Quand opérer reste discuté

Lorsque la chirurgie est indiquée, certaines précautions techniques limitent la perte de réserve : utilisation minimale de la coagulation bipolaire (suture, agents hémostatiques), techniques économes en énergie (énergie plasma ou laser CO₂ pour ablation de la paroi du kyste lorsqu’elles sont disponibles), opérateur entraîné à l’endométriose.

Le pré-traitement par agoniste de la GnRH : pourquoi on ne l’utilise plus en routine

Pendant longtemps, un protocole « ultralong » de 3 à 6 mois d’agoniste de la GnRH avant FIV a été utilisé, dans l’idée que la suppression hormonale pourrait améliorer la réceptivité endométriale et la qualité ovocytaire chez la patiente endométriosique.

La revue Cochrane mise à jour par Georgiou et al., 2019 a réévalué cette pratique :

L’ESHRE 2022 émet une recommandation forte contre cette pratique en routine. Elle peut être discutée au cas par cas chez certaines patientes ayant des douleurs importantes ou une endométriose particulièrement étendue, après information complète.

Choix du protocole de FIV en cas d’endométriose

ESHRE 2022 (traduit) : « Aucun protocole spécifique d’AMP ne peut être recommandé chez la femme atteinte d’endométriose. Les protocoles agoniste et antagoniste de la GnRH peuvent être proposés selon les préférences du couple et du médecin, en l’absence de différence démontrée en termes de grossesse ou de naissance vivante. »

Plusieurs points pratiques :

Décision : attente ou FIV directement ?

Le choix dépend du stade, de l’EFI, de l’âge, de la réserve ovarienne et des facteurs associés :

Contexte turc : ce qui change pour les patientes

La réglementation turque interdit le don d’ovocytes, le don de sperme, le don d’embryons et la gestation pour autrui. Cette contrainte concerne surtout les patientes ayant une endométriose avancée avec réserve ovarienne sévèrement diminuée ou un échec de FIV répété : les stratégies disponibles en Turquie se limitent à l’utilisation des ovocytes propres.

Plusieurs approches s’y adaptent :

Cette information est communiquée clairement lors de la consultation, afin de permettre une décision éclairée. Les options à l’étranger sont évoquées à titre informatif, sans orientation active.

En pratique

FAQ

J’ai un endométriome de 5 cm et je veux faire une FIV. Faut-il l’opérer avant ?

Pas automatiquement. Les études ne montrent pas d’amélioration du taux de naissance vivante après cystectomie pré-FIV, et la chirurgie réduit la réserve ovarienne. La discussion porte sur la douleur associée, l’accès aux follicules lors de la ponction, et la suspicion éventuelle de malignité. Votre médecin décide avec vous, après imagerie et bilan complet.

Pourquoi mon AMH a baissé après la chirurgie ?

Parce que la cystectomie retire involontairement du tissu ovarien sain adhérent à la paroi du kyste, et parce que la coagulation utilisée pour l’hémostase peut endommager les follicules voisins. La baisse moyenne est d’environ 30 % après cystectomie unilatérale et 44 % après bilatérale.

Le protocole ultralong avec « ménopause artificielle » est-il toujours utilisé ?

Plus en routine. La Cochrane 2019 et l’ESHRE 2022 ne soutiennent pas cette pratique pour améliorer le résultat de la FIV. Elle peut être discutée au cas par cas pour des indications particulières.

Combien de temps attendre après une chirurgie d’endométriose avant de tenter une FIV ?

Cela dépend de votre EFI et de votre situation. Pour les stades III/IV avec EFI supérieur à 7, une attente de 6 à 12 mois est raisonnable car environ 60 % des patientes conçoivent spontanément dans les 3 ans. Pour les EFI plus bas, l’âge avancé ou un facteur masculin associé, la FIV est proposée plus rapidement.

Et si j’ai une réserve ovarienne très basse ?

L’objectif devient d’optimiser chaque cycle : protocoles random-start, DuoStim, accumulation d’embryons. En Turquie, le don d’ovocytes n’est pas possible, donc la stratégie d’épargne ovocytaire est essentielle. La préservation de la fertilité est à envisager précocement.

L’endométriose va-t-elle s’aggraver avec la stimulation de FIV ?

La stimulation expose à des taux d’œstrogènes élevés, qui pourraient théoriquement aggraver les lésions. Les données cliniques ne confirment pas un retentissement significatif sur la maladie elle-même. Le bénéfice de la FIV est presque toujours supérieur à ce risque théorique chez la patiente infertile.

Vais-je devoir faire une cœlioscopie diagnostique avant la FIV ?

Pas systématiquement. Si l’imagerie a déjà documenté votre maladie et que la décision est de proposer une FIV, la cœlioscopie purement diagnostique n’est pas indiquée. Elle reste utile si l’imagerie est négative malgré des symptômes persistants, ou pour un geste thérapeutique (douleur, atteinte profonde).

Sources

Dr. Senai Aksoy

Le Dr Aksoy s'est formé en France avant de rentrer en Turquie, où il a été membre fondateur de l'équipe ICSI de l'hôpital Sevgi à Ankara — premier centre ICSI du pays (1994-95) — et co-auteur des premières publications turques sur l'ICSI réalisées en collaboration avec l'équipe Van Steirteghem (Bruxelles, Human Reproduction 1996, PMID 8671323). Il a contribué à créer le programme FIV de l'Hôpital Américain d'Istanbul et dirige son propre centre de fertilité depuis 1998.

Profils vérifiés: PubMed ORCID LinkedIn

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