Grossesse naturelle après une FIV : pourquoi la conception spontanée reste possible
À retenir
Une conception naturelle reste possible après une FIV, mais il n'existe pas de taux unique applicable à tous. Une méta-analyse estime à 20 % les grossesses spontanées après une naissance par AMP ; une autre cohorte observe, à cinq ans, 17 % de naissances vivantes sans traitement après un échec de FIV/ICSI et 15 % après une naissance par FIV/ICSI.
Sources clés : Revue systématique et méta-analyse de Thwaites et al. (2023) — Human Reproduction Étude de cohorte d'ElMokhallalati et al. (2019) sur les naissances post-FIV Avis du comité de l'ASRM sur l'évaluation de la femme infertile
Sur cette page
- Le phénomène des grossesses spontanées après FIV
- Vidéo : L’avis clinique du Dr Senai Aksoy
- Que disent les études scientifiques ?
- Pourquoi une conception naturelle reste-t-elle possible ?
- Facteurs associés : qui a le plus de chances de concevoir spontanément ?
- En pratique : contraception ou nouveau projet de grossesse
- FAQ
- Sources
Le phénomène des grossesses spontanées après FIV
Une idée reçue fréquente consiste à penser qu’avoir eu recours à la fécondation in vitro (FIV) signifie une infertilité définitive. En réalité, en médecine de la reproduction, l’infertilité est rarement une situation binaire. Il s’agit souvent d’une subfertilité, c’est-à-dire d’une probabilité mensuelle de conception spontanée réduite, mais non nulle.
De nombreux couples ayant bénéficié d’une FIV conservent ainsi un potentiel reproductif résiduel. Une conception naturelle peut donc survenir dans les années qui suivent, que la FIV précédente ait abouti à une naissance vivante ou qu’elle se soit soldée par un échec.
Vidéo : L’avis clinique du Dr Senai Aksoy
Que disent les études scientifiques ?
Plusieurs études épidémiologiques et méta-analyses ont estimé la fréquence des grossesses spontanées après assistance médicale à la procréation (AMP) :
- Après une naissance par AMP : La revue systématique de Thwaites et coll. (2023), publiée dans Human Reproduction et portant sur 5 180 femmes issues de 11 études, estime à 20 % (IC à 95 % : 17–22 %) la proportion de grossesses spontanées après une naissance par AMP. Les méthodes et les durées de suivi étaient très variables ; l’estimation à trois ans était de 18 %.
- Après une FIV/ICSI réussie ou non : La cohorte écossaise monocentrique de 2 133 femmes (ElMokhallalati et al., 2019) mesurait les naissances vivantes sans traitement, et non les grossesses. À cinq ans, le taux était de 17 % après un traitement infructueux et de 15 % après une naissance obtenue par FIV/ICSI.
Ces travaux ne répondent donc pas exactement à la même question. Ils montrent qu’une conception ou une naissance sans nouveau traitement est possible dans certaines populations, sans fournir une probabilité individuelle universelle de 15 à 20 %.
Pourquoi une conception naturelle reste-t-elle possible ?
Les indications de la FIV sont diverses. Dans certaines situations, comme une infertilité inexpliquée ou certains facteurs masculins modérés, la probabilité mensuelle peut être diminuée sans être nulle. Dans d’autres, un obstacle anatomique ou biologique rend la conception sans traitement extrêmement improbable, voire impossible.
Dans la cohorte écossaise, un âge plus jeune et une durée d’infertilité plus courte étaient associés à davantage de naissances sans traitement. Une infertilité tubaire était associée à un taux plus faible après un traitement infructueux. Ces associations de groupe ne permettent pas de prédire une grossesse individuelle.
Facteurs associés : qui a le plus de chances de concevoir spontanément ?
Le diagnostic initial détermine si une conception sans traitement reste biologiquement possible. L’âge et la durée de l’infertilité influencent aussi la probabilité. L’avis de l’ASRM recommande d’évaluer l’ovulation, la perméabilité tubaire et les paramètres spermatiques plutôt que de déduire la fertilité actuelle du seul antécédent de FIV.
| Facteur | Ce qui peut laisser une possibilité | Ce qui la limite fortement ou l’empêche |
|---|---|---|
| Âge et durée | Un âge plus jeune et une infertilité plus courte étaient associés à de meilleurs taux dans la cohorte | La probabilité diminue généralement avec l’âge et la durée, sans seuil absolu |
| État tubaire | Au moins une trompe perméable et fonctionnelle | Ablation des deux trompes ou obstruction bilatérale complète confirmée |
| Facteur masculin | La présence de spermatozoïdes dans l’éjaculat peut laisser une possibilité selon leur nombre et leur mobilité | L’absence de spermatozoïdes dans l’éjaculat empêche une fécondation sans traitement |
| Diagnostic initial | Une infertilité inexpliquée ou certains troubles ovulatoires peuvent laisser une probabilité non nulle | Le diagnostic précis peut nécessiter un traitement et doit être réévalué individuellement |
En pratique : contraception ou nouveau projet de grossesse
Ces constats entraînent deux conduites pratiques essentielles :
- Pour les couples souhaitant un autre enfant : Le choix entre des essais sans traitement et l’utilisation d’embryons conservés doit être individualisé. L’âge, le diagnostic initial, les embryons disponibles, le temps écoulé et les priorités familiales comptent ; les études citées ne justifient pas un délai systématique de 6 ou 12 mois.
- Pour les couples ne souhaitant pas de nouvelle grossesse : Lorsque la conception sans traitement reste possible, l’infertilité passée ne constitue pas une contraception. Le choix de la méthode dépend du contexte post-partum, des antécédents médicaux et des préférences.
FAQ
Une grossesse naturelle après FIV signifie-t-elle que le diagnostic initial était erroné ?
Non. Cela signifie simplement que l’infertilité était relative et non pas absolue. Les chances mensuelles étaient faibles, mais la fertilité n’était pas nulle.
La FIV a-t-elle « réparé » la fertilité pour les grossesses futures ?
Non. La FIV ne supprime pas, à elle seule, la cause initiale de l’infertilité. Une conception ultérieure peut refléter une probabilité auparavant diminuée mais non nulle, ou une modification de la situation clinique.
Une femme ayant les trompes bouchées peut-elle concevoir naturellement ?
Si les deux trompes ont été retirées ou si une obstruction bilatérale complète est confirmée, l’ovocyte et les spermatozoïdes ne peuvent pas se rencontrer sans traitement. Une hystérosalpingographie (HSG) pouvant parfois suggérer une obstruction en cas de spasme tubaire, un ancien résultat doit être réinterprété avec un spécialiste.
Que faire dès la découverte d’une grossesse spontanée ?
En cas de retard de règles ou de test urinaire positif, contactez votre médecin. Selon vos antécédents, il pourra proposer un dosage sanguin de bêta-hCG et une échographie précoce afin d’évaluer la localisation et l’évolution de la grossesse.
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Sources
- Thwaites A, et al. How common is natural conception in women who have had a livebirth via assisted reproductive technology? Systematic review and meta-analysis. Hum Reprod. 2023;38(8):1590-1600.
- ElMokhallalati Y, et al. Treatment-independent live birth after in-vitro fertilisation: a retrospective cohort study. Hum Reprod. 2019;34(8):1470-1478.
- Practice Committee of the American Society for Reproductive Medicine. Fertility evaluation of infertile women: a committee opinion. Fertil Steril. 2021;116(5):1255-1265.
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