L'isotrétinoïne (Accutane) peut-elle aider en cas d'azoospermie non obstructive ?
À retenir
L'isotrétinoïne est étudiée hors AMM chez certains hommes atteints d'azoospermie non obstructive. Dans une petite étude publiée en 2025, des spermatozoïdes mobiles sont apparus dans l'éjaculat de 11 hommes sur 30 (37 %). Parmi les hommes présentant un arrêt de maturation, 6 sur 11 ont répondu. Cette approche nécessite un suivi spécialisé. Elle ne remplace pas systématiquement le prélèvement chirurgical de spermatozoïdes.
Sources clés : Essai clinique de Jessup et al. (2025) sur l'isotrétinoïne dans l'ANO — JARG Recommandations conjointes AUA/ASRM sur l'infertilité masculine Fiche d'information MotherToBaby (OTIS) sur l'isotrétinoïne
Sur cette page
- Pourquoi l’isotrétinoïne est-elle étudiée dans l’azoospermie ?
- Vidéo : L’avis clinique du Dr Senai Aksoy
- Biologie : Acide rétinoïque et spermatogenèse
- Preuves cliniques : L’essai Jessup et al. (2025)
- Réponse histologique : Qui sont les meilleurs candidats ?
- Protocole de traitement et suivi biologique
- Exposition paternelle et risque en cas de prise maternelle
- Questions fréquentes posées au Dr Aksoy
- Sources
Pourquoi l’isotrétinoïne est-elle étudiée dans l’azoospermie ?
L’isotrétinoïne, vendue sous les noms commerciaux Accutane, Roaccutane ou Curacné, est un rétinoïde pris par voie orale. Elle est surtout prescrite contre l’acné sévère. Des chercheurs se demandent maintenant si elle pourrait aider certains hommes infertiles.
Dans l’azoospermie non obstructive (ANO), aucun spermatozoïde n’est retrouvé dans l’éjaculat, car les testicules en produisent très peu ou pas du tout. Les options médicales sont limitées. Selon une piste à l’étude, une perturbation de la signalisation de l’acide rétinoïque pourrait bloquer le développement des spermatozoïdes chez certains hommes. C’est encore une hypothèse, pas une explication démontrée pour toutes les ANO.
L’approche du Dr Aksoy
Je ne considère pas l’isotrétinoïne comme un traitement courant de l’ANO. Je peux l’évoquer comme option expérimentale lorsqu’une biopsie ou une micro-TESE antérieure montre des cellules germinales avec arrêt de maturation, surtout tardif. La présence intermittente de spermatozoïdes dans l’éjaculat, une cryptozoospermie ou la découverte de rares spermatozoïdes lors d’un prélèvement antérieur peuvent également étayer cette discussion, après correction des causes hormonales réversibles.
Un syndrome de Sertoli seul, une sclérose tubulaire étendue, l’absence de cellules germinales ou une délétion complète AZFa ou AZFb rendent une réponse biologiquement peu probable. Je ne réalise pas de biopsie testiculaire diagnostique dans le seul but de décider d’un traitement par isotrétinoïne. Je ne retarde pas non plus une micro-TESE–ICSI lorsque l’âge ou la réserve ovarienne de la partenaire rend un délai de trois à six mois important. Le couple doit savoir que cette utilisation reste hors AMM, qu’elle ne garantit ni l’obtention de spermatozoïdes ni une naissance vivante, et qu’elle exige un suivi biologique et psychique structuré, de préférence dans le cadre d’une étude approuvée par un comité d’éthique.
Vidéo : L’avis clinique du Dr Senai Aksoy
Biologie : Acide rétinoïque et spermatogenèse
La fabrication des spermatozoïdes, la spermatogenèse, dure environ 74 jours dans le testicule humain. L’acide rétinoïque, une forme active de la vitamine A, contribue à plusieurs étapes clés :
- Entrée en méiose : l’acide rétinoïque active le gène STRA8 (Stimulated by Retinoic Acid Gene 8). Les cellules germinales précoces peuvent alors entrer en méiose, la division cellulaire qui conduit aux spermatozoïdes, et devenir des spermatocytes primaires.
- Remodelage de la barrière hémato-testiculaire (BHT) : la signalisation rétinoïde dans les cellules de Sertoli contribue à organiser le cycle des jonctions serrées qui constituent la barrière. Les cellules germinales en développement franchissent la barrière lorsque ces jonctions sont temporairement reconstruites autour d’elles.
- Spermiation : dans des études sur la souris, la signalisation rétinoïque aide à coordonner la libération finale des spermatozoïdes matures par les cellules de Sertoli dans le tubule séminifère.
Si les enzymes qui fabriquent l’acide rétinoïque (comme ALDH1A) et celles qui le dégradent (comme CYP26) ne sont plus en équilibre, la signalisation rétinoïque du testicule pourrait diminuer. Les chercheurs vérifient encore si ce mécanisme joue un rôle dans les arrêts de la spermatogenèse.
Preuves cliniques : L’essai Jessup et al. (2025)
Une petite étude prospective évaluant l’isotrétinoïne orale chez des hommes présentant une infertilité masculine sévère a été publiée dans le Journal of Assisted Reproduction and Genetics (Jessup et al., 2025) :
- Participants : 30 hommes présentant une infertilité masculine sévère, dont 26 avec ANO et 4 avec cryptozoospermie (spermatozoïdes trouvés seulement par moments, en très petit nombre). Parmi les 26 hommes azoospermiques, 92 % (24 hommes) avaient déjà subi un prélèvement testiculaire de spermatozoïdes ou une cartographie par aspiration à l’aiguille fine.
- Traitement : isotrétinoïne orale, 20 mg deux fois par jour (40 mg par jour), pendant 3 à 9 mois.
- Critère principal : apparition de spermatozoïdes mobiles dans l’éjaculat, en nombre suffisant pour une ICSI (injection intracytoplasmique de spermatozoïde) ou une congélation.
- Résultat global : une numération fiable de spermatozoïdes mobiles est apparue dans l’éjaculat de 37 % des participants (11 sur 30) pendant le traitement. Chez ces répondeurs, les spermatozoïdes éjaculés pouvaient être utilisés pour une ICSI.
Réponse histologique : Qui sont les meilleurs candidats ?
L’analyse du tissu testiculaire peut montrer si des cellules germinales sont encore présentes et capables de poursuivre leur maturation. Dans la petite étude de 2025, seul le sous-groupe « arrêt de maturation » (cellules germinales bloquées à un stade de développement) présentait un taux de réponse clairement rapporté (Jessup et al., 2025). Six des 11 hommes présentant un arrêt de maturation ont répondu (54 %). Ce groupe étant très petit, cette estimation est imprécise.
L’effectif de l’étude est trop faible pour donner des taux fiables pour d’autres profils, comme l’hypospermatogenèse ou le syndrome des cellules de Sertoli seules. Sans cellules germinales, une réponse est biologiquement moins probable, mais aucun taux n’a été mesuré.
Protocole de traitement et suivi biologique
Les spermatozoïdes mettent environ 74 jours à se former, auxquels s’ajoute le temps de transit dans l’épididyme. C’est pourquoi l’étude a suivi le traitement pendant 3 à 9 mois. Ce calendrier relevait du protocole de recherche : ce n’est pas une durée standard pour tous les patients.
- Bilan initial : spermogramme, avec recherche sur le culot de centrifugation ; bilan hormonal (FSH, LH, testostérone totale, prolactine, œstradiol) ; caryotype ; recherche de microdélétions du chromosome Y ; bilan hépatique (ASAT/ALAT) ; bilan lipidique à jeun.
- Dose étudiée : les participants prenaient 20 mg deux fois par jour. Il s’agit du protocole de l’étude, pas d’un conseil d’automédication.
- Surveillance : le prescripteur fixe le rythme des contrôles des lipides, des enzymes hépatiques et des effets indésirables, selon la notice du produit et les facteurs de risque du patient. La sécheresse des lèvres est fréquente, mais elle ne montre pas que la production de spermatozoïdes s’est améliorée.
- Congélation des spermatozoïdes : les spermatozoïdes mobiles nouvellement détectés peuvent être congelés rapidement, afin que l’échantillon soit prêt pour un cycle de FIV-ICSI programmé.
Exposition paternelle et risque en cas de prise maternelle
L’isotrétinoïne est un tératogène sévère : prise pendant la grossesse, elle peut provoquer de graves malformations. Beaucoup d’hommes craignent donc que leur propre traitement nuise à un futur enfant.
La fiche MotherToBaby sur l’isotrétinoïne distingue l’exposition paternelle du risque bien établi lié à la prise pendant la grossesse. Une exposition paternelle semble en général peu susceptible d’augmenter les risques pour la grossesse, mais les données directes chez les hommes qui prennent de l’isotrétinoïne restent limitées.
Cela ne veut pas dire que le traitement est sans risque. Les hommes qui envisagent un traitement hors AMM doivent discuter avec le prescripteur de leur projet d’enfant, des éventuels effets sexuels et des précautions personnelles.
Questions fréquentes posées au Dr Aksoy
L’isotrétinoïne (Accutane) est-elle un traitement autorisé de l’azoospermie ?
Non. L’isotrétinoïne est surtout utilisée contre l’acné sévère. Elle n’est pas autorisée pour traiter l’azoospermie, c’est-à-dire l’absence de spermatozoïdes dans le sperme. L’acide rétinoïque, dérivé de la vitamine A, joue un rôle important dans le démarrage et le maintien de la production de spermatozoïdes dans les testicules. De petites études ont rapporté la réapparition de spermatozoïdes dans le sperme après un traitement par isotrétinoïne chez certains hommes dont la production est altérée.
Je prends ces résultats au sérieux, mais nous n’avons pas encore de preuves assez solides pour dire qu’il faut utiliser l’isotrétinoïne dans le traitement de l’azoospermie. D’abord, nous ne savons pas quels patients pourraient en bénéficier. La sécurité à long terme et l’effet sur les chances de naissance vivante restent, eux aussi, insuffisamment étudiés.
L’isotrétinoïne n’est pas un médicament anodin. Elle peut provoquer des effets indésirables importants, notamment des modifications des enzymes hépatiques et des lipides sanguins. Aujourd’hui, je ne la considère pas comme un traitement standard de l’azoospermie. Mais chez certains hommes présentant un trouble de la production de spermatozoïdes, c’est à mon avis une option que des études plus larges pourront évaluer.
L’azoospermie empêche-t-elle un homme d’avoir des enfants ?
Pas nécessairement. La plus grande crainte des hommes chez qui l’on diagnostique une azoospermie est de ne jamais pouvoir devenir pères. Pourtant, l’absence de spermatozoïdes dans le sperme ne signifie pas toujours qu’il n’y en a aucun dans les testicules. Je cherche d’abord à en déterminer la cause.
Chez certains hommes, la production est normale, mais une obstruction des canaux empêche les spermatozoïdes d’atteindre le sperme. On peut alors prélever des spermatozoïdes dans les testicules ou les voies spermatiques pour une FIV avec ICSI, qui consiste à injecter un spermatozoïde dans un ovocyte. Chez certains patients, une réparation chirurgicale de l’obstruction peut aussi être envisagée. Chez d’autres hommes, c’est la production elle-même qui est atteinte : on parle d’azoospermie non obstructive. La micro-TESE permet alors de rechercher des spermatozoïdes dans le tissu testiculaire. Ces possibilités sont décrites dans les recommandations thérapeutiques AUA/ASRM.
Même chez les hommes dont la production est altérée et dont le sperme ne contient aucun spermatozoïde, nous pouvons avoir une chance d’en obtenir dans le testicule. Mais cette chance dépend de la cause, et le prélèvement ne réussit pas chez tous les patients. C’est pourquoi je ne conclus pas à partir d’un seul spermogramme : j’évalue les analyses correctement répétées, les hormones, l’examen clinique et, si nécessaire, les examens génétiques, conformément au bilan décrit par l’AUA/ASRM.
Ce que je veux faire comprendre à mes patients, c’est que l’azoospermie est un diagnostic important, mais qu’elle ne signifie pas toujours que la paternité est impossible. Ce qui compte, c’est la raison de l’absence de spermatozoïdes.
Existe-t-il un comprimé capable de rétablir la production de spermatozoïdes en cas d’azoospermie ?
Un traitement médicamenteux peut relancer la production chez certains hommes, mais aucun comprimé ne fonctionne pour tous les patients atteints d’azoospermie. Par exemple, si le signal hormonal envoyé par le cerveau pour lancer la production dans les testicules est insuffisant, un traitement hormonal adapté peut rétablir cette production. Il s’agit le plus souvent d’injections, et les résultats peuvent demander plusieurs mois.
Parfois, une prolactine élevée, la prise de testostérone ou de stéroïdes anabolisants freinent la production. Dans ces cas, corriger la cause peut permettre sa reprise.
La situation est différente lorsque le problème est un trouble sévère de la production dans le testicule lui-même. Le clomifène et certains autres médicaments agissant sur les hormones peuvent être utilisés chez des patients sélectionnés, mais il n’est pas démontré qu’ils rétablissent la production chez tous les hommes atteints d’azoospermie. De nouveaux médicaments comme l’isotrétinoïne sont aussi à l’étude, mais on ne peut pas encore les considérer comme des traitements prouvés.
Je tiens à insister sur un point. Prendre de la testostérone de sa propre initiative quand on souhaite un enfant peut arrêter complètement la production de spermatozoïdes au lieu de l’augmenter. Les recommandations thérapeutiques AUA/ASRM décrivent ce risque et les limites des traitements médicamenteux.
Chez un homme atteint d’azoospermie, je cherche d’abord une cause qu’un traitement hormonal pourrait corriger. Si elle existe, je la traite. Sinon, plutôt que de prescrire pendant des mois des médicaments au bénéfice incertain, j’évalue les chances de prélever des spermatozoïdes dans le testicule. Ce qui compte pour moi, ce n’est pas de donner un médicament à tout prix, mais de comprendre pourquoi la production s’est arrêtée et de choisir le traitement qui peut réellement aider.
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Sources
- Jessup CM, Amory JK, Turek PJ. Treatment with isotretinoin can improve de novo sperm production in nonobstructive azoospermia or cryptozoospermia. J Assist Reprod Genet. 2025;42(8):2793-2799. doi:10.1007/s10815-025-03567-6.
- Schlegel PN, et al. Diagnosis and treatment of infertility in men: AUA/ASRM guideline part I. Fertil Steril. 2021;115(1):54-61.
- Schlegel PN, et al. Diagnosis and treatment of infertility in men: AUA/ASRM guideline part II. Fertil Steril. 2021;115(1):62-69.
- Organization of Teratology Information Specialists (OTIS) / MotherToBaby. Isotretinoin (Accutane®).
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