Pertes, démangeaisons, odeur : mycose ou vaginose bactérienne ?

Révisé médicalement le 12 octobre 2026 - Dr. Senai Aksoy
Une approche clinique sereine pour comprendre les pertes vaginales, l'équilibre de la flore et le choix du traitement

À retenir

Des démangeaisons intenses avec des pertes blanches épaisses orientent généralement vers une mycose (candidose), tandis que des pertes fluides accompagnées d'une odeur de poisson évoquent une vaginose bactérienne (dysbiose). Cependant, des irritations non infectieuses peuvent donner des symptômes proches. Les antifongiques n'agissant pas sur les bactéries, un contrôle du pH ou un prélèvement reste indispensable en cas de doute ou de récidive.

Sources clés : CDC — Recommandations sur la vaginose bactérienne CDC — Recommandations sur la candidose vulvo-vaginale Manuel MSD — Revue générale des vaginites

Quand une patiente me dit en consultation : « Docteur, je crois que j’ai encore une mycose », je l’écoute toujours avec une grande attention. Non pas parce que son impression est forcément fausse, mais parce qu’en pratique gynécologique, les symptômes intimes ont vite fait de se ressembler.

Il est tentant d’attribuer toute gêne vaginale à Candida. Pourtant, une vaginose bactérienne, une irritation de contact, une IST ou une modification hormonale peuvent donner des signes proches. La bonne question n’est donc pas seulement « comment calmer vite ? », mais « quelle en est la cause ? ».

Pertes, démangeaisons, odeur : mycose ou vaginose bactérienne ? — Dr. Senai Aksoy

L’approche du Dr Aksoy

En consultation, l’erreur la plus fréquente consiste à traiter chaque démangeaison avec un ovule antifongique et chaque odeur avec une toilette agressive. La candidose est une infection fongique inflammatoire, tandis que la vaginose bactérienne correspond à une rupture d’équilibre de l’écosystème vaginal : les lactobacilles protecteurs se raréfient au profit de bactéries anaérobies. Répéter les antifongiques en cas de vaginose ou sur une muqueuse déjà irritée ne règle pas la cause et peut accentuer l’irritation. Lorsque les symptômes récidivent, sont atypiques ou surviennent pendant la grossesse ou un parcours de PMA, un examen avec mesure du pH et prélèvement si nécessaire offre une base plus fiable que l’automédication.

Comment faire la différence : la règle clinique de base

Comme premier repère :

Cette formule reste une orientation initiale. En pratique médicale, nous combinons plusieurs éléments concrets : l’aspect des sécrétions, l’odeur, l’état inflammatoire de la muqueuse, le pH vaginal et l’analyse microscopique.

Comme le soulignent les recommandations des CDC sur la vaginose bactérienne et le Manuel MSD sur les vaginites, cette distinction est cruciale : un traitement antifongique n’a aucune efficacité contre les bactéries de la vaginose, et un antibiotique n’élimine pas les champignons.

Quels symptômes font plutôt penser à une mycose vaginale ?

La candidose vulvo-vaginale provoque surtout une inflammation. Elle survient lorsque des levures du genre Candida, le plus souvent Candida albicans, prolifèrent au niveau de la vulve et du vagin.

Les signes caractéristiques sont :

Lorsqu’une odeur forte et désagréable domine nettement le tableau, l’hypothèse d’une mycose simple devient très peu probable.

Une mycose qui revient (on parle de candidose récidivante à partir de trois épisodes symptomatiques en un an) peut être liée à des antibiotiques fréquents, à un diabète ou à d’autres facteurs sous-jacents, selon les recommandations des CDC sur la candidose. C’est une raison de plus de confirmer le diagnostic plutôt que de répéter le même traitement.

Quels signes évoquent davantage une vaginose bactérienne ?

La vaginose bactérienne ne correspond pas à une infection classique transmise de l’extérieur, mais à une dysbiose de l’écosystème vaginal. Dans une flore saine, les lactobacilles (notamment Lactobacillus crispatus) prédominent et maintiennent un pH acide protecteur (environ 3,8 à 4,2).

Lorsque ces bactéries protectrices régressent, des micro-organismes anaérobies — tels que Gardnerella vaginalis, Atopobium vaginae et Mobiluncus — deviennent plus abondants.

Les manifestations typiques comprennent :

De nombreuses personnes ayant une vaginose ne remarquent aucun symptôme net. D’autres constatent seulement un changement des pertes ou de l’odeur, comme le rappelle la fiche des CDC sur la vaginose bactérienne.

La vaginose bactérienne n’est pas classée parmi les infections sexuellement transmissibles (OMS, 2024). L’activité sexuelle y est toutefois associée, et les femmes qui n’ont jamais eu de rapports sont rarement touchées.

Les causes non infectieuses : quand ce n’est ni l’une ni l’autre

Toutes les gênes intimes ne sont pas d’origine infectieuse. Une irritation, une allergie, un changement hormonal ou une dermatose vulvaire peuvent donner un tableau très proche. Les recommandations européennes IUSTI/OMS notent que beaucoup de ces signes sont peu spécifiques et que les dermatoses vulvaires ou les réactions allergiques et irritatives sont des causes fréquentes (Sherrard 2018).

Parmi les causes fréquentes, on retrouve :

C’est pourquoi répéter un traitement antifongique en vente libre sans diagnostic peut aggraver l’inconfort. Sur une peau déjà fragilisée par un produit irritant, l’antifongique peut accentuer la brûlure.

Dans quels cas faut-il consulter rapidement ?

Un épisode léger et déjà reconnu chez une femme non enceinte peut parfois être pris en charge avec un traitement familier. Certaines situations justifient toutefois un avis médical rapide.

Comment le diagnostic est-il confirmé au cabinet ?

Selon les symptômes, l’évaluation peut associer un examen clinique et plusieurs tests :

  1. L’examen sous spéculum : Observation de la muqueuse (rougeur, œdème, aspect des sécrétions).
  2. La mesure du pH vaginal : Une languette réactive posée sur la paroi vaginale permet de vérifier l’acidité (pH ≤ 4,5 en faveur de la mycose ; pH > 4,5 en faveur de la vaginose ou d’une trichomonase).
  3. Le test à la potasse (Sniff test) : L’ajout d’une goutte d’hydroxyde de potassium (KOH à 10 %) sur les pertes dégage immédiatement l’odeur d’amine caractéristique de la vaginose.
  4. L’examen microscopique direct :
    • Recherche de clue cells (cellules épithéliales recouvertes de bactéries) signant la vaginose bactérienne.
    • Visualisation de levures bourgeonnantes ou de filaments mycéliens signant la candidose.
  5. Le prélèvement vaginal en laboratoire : Il peut être utile en cas de récidive, de forme compliquée ou d’échec thérapeutique. Une culture peut identifier une levure non-albicans ; des tests moléculaires validés peuvent aussi aider à distinguer vaginose, candidose et trichomonase chez une personne symptomatique.

Principes de traitement : adapter la molécule au germe

Remèdes de grand-mère vs réalité médicale

On lit fréquemment sur Internet qu’il faudrait introduire du yaourt, de l’ail, de l’huile de coco ou du vinaigre dans le vagin.

D’un point de vue médical, ces pratiques sont fortement déconseillées :

Les traitements recommandés disposent d’une posologie, d’indications et de données de sécurité définies. Les préparations maison n’offrent pas les mêmes garanties et peuvent retarder le diagnostic.

Faut-il traiter le partenaire ?

Quel lien avec la fertilité, la grossesse et la FIV ?

Une mycose vaginale isolée n’est pas connue pour endommager les trompes ni réduire la fertilité à long terme, même si elle peut rendre les rapports inconfortables pendant la période fertile.

En revanche, la vaginose bactérienne et les dysbioses chroniques méritent une attention particulière :

Conseils pratiques pour préserver sa flore vaginale

Pour maintenir un écosystème intime équilibré et résistant :

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Questions fréquentes posées au Dr Aksoy

Des pertes malodorantes sans démangeaisons sont-elles dangereuses ? Que signalent-elles le plus souvent ?

Des pertes peuvent sentir mauvais sans qu’il y ait la moindre démangeaison. Lorsque les pertes sont fluides, gris-blanc et dégagent une odeur de poisson, la vaginose bactérienne fait partie des premières causes auxquelles je pense.

La vaginose bactérienne apparaît lorsque les bactéries protectrices qui vivent normalement dans le vagin diminuent et que d’autres bactéries se multiplient. L’odeur peut être plus nette après un rapport sexuel ou après les règles.

Une mycose provoque en général des démangeaisons, des brûlures et parfois des pertes blanches, épaisses comme du lait caillé. Mais les symptômes seuls ne permettent pas de poser un diagnostic certain.

Des pertes malodorantes ont d’autres causes possibles. La trichomonase, une infection qui peut se transmettre par voie sexuelle, ou un tampon oublié dans le vagin peuvent aussi provoquer une mauvaise odeur.

Chez une patiente dans cette situation, j’examine d’abord les caractéristiques des pertes. Si nécessaire, je mesure le pH vaginal et j’analyse un prélèvement au microscope pour trouver la cause.

Une mauvaise odeur ne signifie pas toujours une maladie grave, mais il n’est pas raisonnable de la considérer comme normale et d’attendre des mois. En cas de douleurs pelviennes, de fièvre, de saignements anormaux ou de grossesse, il ne faut pas retarder l’évaluation médicale.

Une mycose et une vaginose bactérienne (Gardnerella) peuvent-elles survenir en même temps ? Comment planifiez-vous le traitement ?

Oui, une mycose et une vaginose bactérienne peuvent coexister chez la même femme. Un détail est pourtant important : la présence à la fois de Candida et de Gardnerella ne veut pas forcément dire que deux infections distinctes doivent être traitées.

Ces micro-organismes peuvent parfois être présents dans le vagin sans provoquer de maladie (revue sur la colonisation vaginale par les levures). Mettre en évidence un micro-organisme par un test moléculaire sensible ne prouve pas toujours qu’il est la cause des symptômes (van der Veer 2018).

J’évalue d’abord les symptômes et les résultats de l’examen. Si, par exemple, des démangeaisons marquées, une rougeur et des brûlures accompagnent une mauvaise odeur et des pertes fluides, je recherche les deux infections.

Quand les deux infections sont réellement présentes, donner seulement un antifongique ou seulement un antibiotique peut ne pas suffire. Nous pouvons alors planifier ensemble le traitement des deux.

Mais je ne commence pas deux médicaments chez tout le monde simplement parce que deux micro-organismes apparaissent sur un test. Un médicament inutile peut perturber encore davantage l’équilibre naturel du vagin.

Dans les infections qui reviennent souvent, je revois le diagnostic au lieu de prescrire à nouveau les mêmes médicaments. Si nécessaire, je demande des examens supplémentaires pour identifier l’espèce de levure en cause.

Ce qui compte pour moi, ce n’est pas d’éliminer tous les micro-organismes listés dans le compte rendu du laboratoire, mais de traiter l’infection qui provoque réellement les symptômes.

Un ovule en vente libre suffit-il pour traiter une mauvaise odeur intime ?

Quand des pertes malodorantes apparaissent, beaucoup de patientes achètent aussitôt un ovule en pharmacie. Je ne le recommande pas, surtout quand la cause n’est pas connue.

Toutes les infections vaginales ne se traitent pas avec le même médicament.

Un ovule utilisé contre la mycose, par exemple, ne traite pas la vaginose bactérienne. De même, il n’a pas été démontré que les produits vendus pour soutenir la flore vaginale guérissent à eux seuls une infection active.

Certains produits peuvent atténuer l’odeur pendant un moment. Cela ne veut pas dire que le problème sous-jacent a disparu.

Utilisés sans nécessité, les produits vaginaux peuvent en outre provoquer une irritation ou compliquer l’évaluation correcte de l’infection lors de l’examen.

Devant des pertes malodorantes qui apparaissent pour la première fois, qui reviennent ou qui ne s’améliorent pas malgré le traitement, je préfère d’abord identifier la cause. Une fois le diagnostic posé, le traitement peut se faire par voie orale ou par voie vaginale.

Se laver à l’intérieur du vagin, utiliser des produits parfumés ou appliquer des antiseptiques pour supprimer l’odeur n’est pas non plus une bonne idée. Cela peut perturber l’équilibre des bactéries protectrices et aggraver le problème.

Mon conseil à mes patientes : ne cherchez pas à masquer l’odeur, cherchez ce qui la provoque. Une fois le bon diagnostic posé, nous pouvons traiter efficacement la plupart de ces infections.

Sources

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Dr. Senai Aksoy

Le Dr Aksoy s'est formé en France avant de rentrer en Turquie, où il a été membre de l'équipe ICSI de l'hôpital Sevgi à Ankara — premier centre ICSI du pays (1994-95) — et co-auteur des premières publications turques sur l'ICSI réalisées en collaboration avec l'équipe Van Steirteghem (Bruxelles, Human Reproduction 1996, PMID 8671323). Il a contribué à créer le programme FIV de l'Hôpital Américain d'Istanbul et dirige son propre centre de fertilité depuis 1998.

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Le contenu a été créé par Dr. Senai Aksoy et approuvé médicalement.