Vaginite et flore vaginale : ce qui est normal, et quand consulter
À retenir
Chez de nombreuses femmes en âge de procréer, le microbiote vaginal est riche en lactobacilles qui contribuent à maintenir un pH acide. La vaginite désigne un ensemble de symptômes — pertes anormales, odeur, démangeaisons ou brûlures — pouvant découler d'une vaginose bactérienne, d'une mycose, d'une trichomonase, d'une irritation ou d'une carence en œstrogènes. Parce que ces manifestations se chevauchent souvent, l'histoire clinique, l'examen et des tests adaptés sont plus fiables que l'autodiagnostic. La découverte isolée de Gardnerella sur un prélèvement ne nécessite pas d'antibiotiques sans critères cliniques avérés.
Sources clés : Lignes directrices du CDC sur la vaginose bactérienne ACOG Practice Bulletin n° 215 : Vaginite chez la patiente non enceinte Liu et al. 2025 — revue sur la vaginose bactérienne et la dysbiose microbienne
Le vagin abrite une communauté changeante de micro-organismes, appelée flore ou microbiote vaginal. Chez de nombreuses femmes en âge de procréer, les lactobacilles contribuent à maintenir un milieu acide. Il existe aussi d’autres profils sans symptômes : un résultat de laboratoire ne suffit donc pas à classer une flore comme « saine » ou « pathologique ».
Une modification du microbiote, une infection, une irritation ou un manque d’œstrogènes peuvent provoquer des pertes inhabituelles, des démangeaisons, une odeur ou des brûlures. Comprendre que ces symptômes ont plusieurs causes possibles aide à éviter les traitements inadaptés.
Ce que fait une flore vaginale normale
Un microbiote riche en lactobacilles peut comprendre Lactobacillus crispatus, L. jensenii ou L. gasseri. Ces bactéries participent à la production d’acide lactique et à un pH vaginal acide, souvent compris entre 3,8 et 4,5 chez la femme en âge de procréer (Liu et al. 2025).
Cet environnement peut contribuer à :
- freiner certaines bactéries anaérobies associées à la vaginose,
- produire des métabolites et des substances antimicrobiennes qui modulent la communauté microbienne,
- soutenir l’environnement local de la muqueuse.
Cet environnement n’est pas figé. Il fluctue naturellement sous l’effet du cycle menstruel, de la grossesse, des rapports intimes, de la prise d’antibiotiques ou de la ménopause, au gré des variations des taux d’œstrogènes.

Ce que signifie une vaginite : signes et manifestations
La vaginite est un terme clinique global désignant une inflammation ou une infection du vagin. Il ne s’agit pas d’une maladie unique, mais d’un tableau clinique pouvant avoir des origines très différentes (Bulletin pratique ACOG n° 215).
Les manifestations les plus fréquentes comprennent :
- une modification de la couleur, du volume ou de la consistance des pertes vaginales,
- des démangeaisons vulvaires ou vaginales persistantes, des brûlures ou des rougeurs,
- une odeur désagréable ou inhabituelle, souvent décrite comme une odeur de poisson,
- des douleurs ou un inconfort lors des rapports sexuels (dyspareunie),
- des brûlures en urinant (dysurie), fréquemment ressenties au contact de l’urine sur la peau vulvaire irritée.
Des affections différentes peuvent provoquer des sensations très proches. Les symptômes seuls ne suffisent donc pas toujours à identifier la cause.
Causes courantes : de la dysbiose aux infections
Parmi les causes couramment recherchées lors du bilan figurent :
- La vaginose bactérienne (VB) : Cause la plus fréquente de pertes anormales chez la femme en âge de procréer. Il ne s’agit pas d’une infection par un germe extérieur, mais d’une dysbiose : les lactobacilles protecteurs s’effacent au profit d’un ensemble complexe de bactéries anaérobies (Gardnerella vaginalis, Atopobium vaginae, Prevotella). Elle se manifeste par des pertes fluides, grisâtres ou blanchâtres, une odeur d’amines (« odeur de poisson ») et un pH supérieur à 4,5.
- La candidose vulvo-vaginale (mycose) : Prolifération d’un champignon levuriforme, le plus souvent Candida albicans. Elle provoque un prurit vulvaire intense, des brûlures, une rougeur locale et des pertes blanches, épaisses et grumeleuses (rappelant du lait caillé). Fait diagnostique majeur : le pH vaginal reste normal (≤ 4,5).
- La trichomonase : Infection sexuellement transmissible causée par le protozoaire Trichomonas vaginalis. Elle entraîne des pertes abondantes, verdâtres ou jaunâtres, parfois spumeuses (mousseuses), avec une forte irritation vulvaire et un col utérin piqueté de petites hémorragies (« col framboisé »). Le pH y est nettement élevé (> 4,5).
- Le syndrome génito-urinaire de la ménopause (vaginite atrophique) : La chute des œstrogènes après la ménopause — ou pendant l’allaitement prolongé — affine la muqueuse, réduit le glycogène et diminue les lactobacilles. Cela provoque sécheresse, tiraillements et brûlures sans infection microbienne active.
- L’irritation ou dermite de contact : Réaction à des savons agressifs, douches vaginales, lingettes parfumées, préservatifs ou lubrifiants. Les tissus sont enflammés, mais les prélèvements ne retrouvent aucun agent pathogène.
Pour comparer en détail les deux motifs de consultation les plus courants, découvrez notre dossier sur les pertes, démangeaisons, odeur : mycose ou vaginose bactérienne ?.
Pourquoi l’évaluation médicale est essentielle
Il est compréhensible de penser à une mycose dès que les démangeaisons commencent. Mais si la cause est une vaginose, une trichomonase ou une irritation, un antifongique ne la traitera pas et peut retarder la bonne évaluation.
En consultation, le diagnostic associe l’histoire clinique, l’examen et un ou plusieurs tests. Aucun résultat isolé ne répond à toutes les situations (recommandations du CDC sur les pertes vaginales) :
- La mesure du pH vaginal : Un pH supérieur à 4,5 est fréquent en cas de vaginose ou de trichomonase, tandis qu’une candidose simple survient généralement avec un pH normal. C’est un indice, pas un diagnostic ; une trichomonase peut aussi s’accompagner d’un pH normal.
- L’examen direct au microscope (frottis frais) : Il peut montrer des clue cells, des éléments de levure ou des trichomonas mobiles. Un examen négatif n’exclut pas une candidose ou une trichomonase, car la sensibilité de la microscopie est limitée.
- Le test à la potasse (whiff test) : L’ajout d’une goutte d’hydroxyde de potassium (KOH à 10 %) libère une odeur d’amines caractéristique en cas de vaginose bactérienne.
- Les tests moléculaires validés (TAAN / NAAT) : Ils peuvent rechercher Trichomonas, identifier des espèces de Candida ou analyser des profils bactériens associés à la vaginose lorsque cela est indiqué. Les TAAN de la vaginose sont destinés aux femmes symptomatiques ; détecter un micro-organisme ne prouve pas toujours qu’il explique les symptômes.
Ce que signifie un « déséquilibre de la flore » ou un résultat Gardnerella
Lire « déséquilibre de la flore » ou « présence de Gardnerella vaginalis » sur un compte-rendu peut inquiéter. Cette mention ne constitue pas, à elle seule, un diagnostic.
La présence de Gardnerella n’est pas synonyme de vaginose bactérienne. La bactérie peut être détectée sans symptômes ; le CDC ne recommande pas sa culture pour diagnostiquer une vaginose, car elle manque de spécificité. Les tests moléculaires de vaginose sont réservés aux femmes symptomatiques (recommandations du CDC sur la vaginose bactérienne).
La vaginose peut être diagnostiquée par au moins trois des quatre critères d’Amsel (pertes fluides et homogènes, pH supérieur à 4,5, whiff test positif et clue cells au microscope) ou par un score de Nugent compris entre 7 et 10 à la coloration de Gram.
Le regard clinique du Dr Aksoy : Un compte-rendu aide au diagnostic ; il ne prescrit pas le traitement. Si une patiente n’a pas de symptômes et que l’examen ne va pas dans le sens d’une infection, le nom isolé d’un germe peut ne pas justifier d’antibiotiques. Le résultat doit être replacé dans le tableau clinique. C’est la patiente que nous soignons, pas la feuille de laboratoire.
Faut-il traiter le partenaire ?
La question du partenaire dépend strictement du diagnostic établi :
- Trichomonase : S’agissant d’une infection sexuellement transmissible, le traitement simultané du ou des partenaires sexuels actuels est indispensable, avec abstinence jusqu’à la fin des prises et disparition des signes cliniques (recommandations du CDC sur la trichomonase).
- Candidose non compliquée : Aucun traitement systématique du partenaire masculin n’est requis, la mycose n’étant pas considérée comme une IST.
- Vaginose bactérienne : Les recommandations plus anciennes du CDC ne préconisent pas le traitement systématique du partenaire. Un essai randomisé de 2025 a toutefois observé moins de récidives lorsque les partenaires masculins recevaient simultanément un traitement oral et local (Vodstrcil et al. 2025). Les recommandations évoluent : cette option se discute avec le médecin dans certaines vaginoses récidivantes et ne doit pas être commencée sans prescription.
Le traitement dépend du diagnostic confirmé
Le traitement dépend de la cause confirmée ou la plus probable. Les schémas ci-dessous sont des exemples issus des recommandations, pas des consignes d’automédication :
- Vaginose bactérienne : Le CDC cite le métronidazole oral, le gel vaginal de métronidazole et la crème vaginale de clindamycine parmi les options ; le choix dépend notamment de la grossesse, de la tolérance, des interactions et du contexte clinique (recommandations du CDC sur la vaginose bactérienne). Le CDC précise que les données ne confirment pas une réaction de type disulfirame avec l’alcool, mais il faut suivre l’avis du prescripteur et la notice du produit utilisé.
- Candidose (mycose) : Le traitement peut faire appel à un azolé local ou, chez certaines patientes qui ne sont pas enceintes, au fluconazole par voie orale. Attention pendant la grossesse : Les recommandations du CDC retiennent uniquement un azolé local pendant 7 jours, sous contrôle médical ; le fluconazole oral ne doit pas être utilisé (recommandations du CDC sur la candidose).
- Trichomonase : Un nitro-imidazolé oral est nécessaire, ainsi que le traitement des partenaires actuels ; le schéma exact doit être prescrit.
- Syndrome génito-urinaire de la ménopause : Des hydratants vaginaux ou un traitement hormonal local peuvent être envisagés après une évaluation individuelle.
- Irritation de contact : La première étape consiste à retirer le produit suspect. Des symptômes persistants ou importants nécessitent un examen, car une infection et une affection cutanée peuvent se ressembler.
Impact sur la fertilité, la FIV et la grossesse
Une mycose vaginale simple n’est pas connue pour endommager les trompes. La vaginose, surtout lorsqu’elle est symptomatique pendant la grossesse, mérite une évaluation clinique :
- Pendant la grossesse : La vaginose symptomatique est associée à des complications, notamment la rupture prématurée des membranes et l’accouchement prématuré ; elle doit être évaluée et traitée (recommandations du CDC sur la vaginose bactérienne). Le CDC ne recommande pas le dépistage systématique des femmes enceintes asymptomatiques, y compris à risque élevé de prématurité, car les essais donnent des résultats contradictoires.
- En parcours de FIV et transfert embryonnaire : Certaines études observationnelles associent un microbiote vaginal dominé par les lactobacilles à de meilleurs résultats de FIV, sans démontrer que ce profil en est la cause. L’ESHRE ne recommande pas le profilage systématique du microbiote vaginal ou endométrial après des échecs d’implantation répétés.
- Santé utérine : Une dysbiose vaginale est différente d’une endométrite chronique. Un prélèvement vaginal ne diagnostique pas une inflammation de l’endomètre ; une suspicion d’endométrite chronique nécessite une évaluation ciblée distincte.
Conseils pratiques pour préserver sa flore au quotidien
Quelques gestes simples peuvent limiter l’irritation, sans prétendre « optimiser » un résultat de microbiote :
- Laver uniquement la vulve externe : Utilisez de l’eau tiède ou un nettoyant doux sans savon (syndet) au pH physiologique. Ne jamais laver ni diriger d’eau à l’intérieur du vagin : le canal vaginal s’auto-nettoie en permanence.
- Éviter les douches vaginales : Elles sont associées à la vaginose et peuvent favoriser les récidives ; elles ne traitent ni les pertes ni les odeurs.
- Limiter l’humidité et les frottements prolongés : Changez de vêtement humide s’il provoque une irritation ; aucun textile particulier ne garantit une protection contre la vaginite.
- Utiliser les antibiotiques seulement lorsqu’ils sont prescrits : Ils peuvent modifier le microbiote vaginal et doivent répondre à une indication clinique claire.
Foire aux questions
Mes symptômes seuls suffisent-ils à déterminer la cause de mon infection ?
Non. Les pertes, démangeaisons, brûlures et odeurs se recoupent entre vaginose, candidose, trichomonase, cervicite et irritation non infectieuse. L’histoire clinique, l’examen et des tests adaptés — pH, microscopie, culture ou TAAN selon le cas — aident à identifier la cause.
La vaginose bactérienne est-elle considérée comme une IST ?
Pas au sens d’une IST classique. La vaginose bactérienne est une dysbiose vaginale, mais l’activité sexuelle et certains facteurs liés au partenaire peuvent influer sur le risque ; les données sur sa transmission continuent d’évoluer. Elle peut aussi survenir sans activité sexuelle récente.
Peut-on avoir une mycose et une vaginose bactérienne en même temps ?
Oui. Plusieurs affections peuvent être présentes en même temps. Si les symptômes persistent après un traitement, une nouvelle évaluation est plus utile que de supposer que le premier diagnostic était complet.
Pourquoi les mycoses surviennent-elles souvent après des antibiotiques ?
Les antibiotiques peuvent modifier les communautés bactériennes qui contribuent habituellement à maintenir Candida en équilibre. Une candidose devient alors plus probable chez certaines personnes, mais tout symptôme survenant après un antibiotique n’est pas forcément une mycose.
Quand faut-il consulter un médecin plutôt que d’attendre ?
Consultez sans attendre s’il s’agit d’un premier épisode, si vous êtes enceinte, si vous ressentez des douleurs pelviennes ou abdominales, si vous avez de la fièvre, ou si les symptômes récidivent fréquemment ou persistent plus de quelques jours après un traitement.
Sources
- Centers for Disease Control and Prevention. Bacterial Vaginosis - STI Treatment Guidelines. MMWR Recomm Rep, 2021.
- Centers for Disease Control and Prevention. Vulvovaginal Candidiasis - STI Treatment Guidelines. MMWR Recomm Rep, 2021.
- Centers for Disease Control and Prevention. Trichomoniasis - STI Treatment Guidelines. MMWR Recomm Rep, 2021.
- Centers for Disease Control and Prevention. Vaginal Discharge - STI Treatment Guidelines. MMWR Recomm Rep, 2021.
- American College of Obstetricians and Gynecologists. Vaginitis in Nonpregnant Patients: ACOG Practice Bulletin No. 215. Obstet Gynecol, 2020;135(1):e1-e17. doi:10.1097/AOG.0000000000003604.
- Liu D, Zhang X, Zhao X, Che X, Song W, Wu G. Bacterial vaginosis: advancing insights into microbial dysbiosis. Crit Rev Microbiol, 2025;52(1):159-175. doi:10.1080/1040841X.2025.2537923.
- Vodstrcil LA, et al. Male-Partner Treatment to Prevent Recurrence of Bacterial Vaginosis. N Engl J Med, 2025;392(10):947-957. doi:10.1056/NEJMoa2405404.
- ESHRE Working Group on Recurrent Implantation Failure. ESHRE good practice recommendations on recurrent implantation failure. Hum Reprod Open, 2023;2023(3):hoad023.
- Sobel JD. Overview of Vaginitis. MSD Manual Professional Edition, 2024.
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