Vaginite et flore vaginale : ce qui est normal, et quand consulter
À retenir
La flore vaginale normale est en général dominée par des lactobacilles protecteurs et un pH acide. Une vaginite peut apparaître lorsque cet équilibre change, ou lorsqu'une infection ou une irritation s'installe. Le traitement dépend donc de la cause — vaginose bactérienne, mycose, trichomonase, irritation ou carence œstrogénique — et non des seuls symptômes.
Sources clés : Lignes directrices du CDC sur le traitement de la vaginose bactérienne Liu et al. 2025 — revue sur la vaginose bactérienne et la dysbiose microbienne
Le vagin abrite naturellement une communauté microbienne complexe. Chez de nombreuses femmes en âge de procréer, les lactobacilles contribuent à maintenir un pH acide et à limiter la prolifération de certains organismes. Des symptômes peuvent apparaître lorsque cet équilibre change, ou lorsqu’une infection ou une irritation s’installe.
Ce que fait une flore vaginale normale
Une flore vaginale saine est généralement dominée par des espèces protectrices de Lactobacillus. Elle n’est pas immuable : elle peut évoluer avec les règles, les rapports sexuels, les antibiotiques, la grossesse, les variations hormonales et la ménopause.
Elle contribue notamment à :
- maintenir un environnement légèrement acide,
- limiter la prolifération de certains organismes indésirables,
- et soutenir la santé des tissus locaux.

Ce que signifie une vaginite
La vaginite est un terme clinique qui regroupe des symptômes pouvant avoir plusieurs causes. Elle peut se manifester par :
- une modification de la couleur, de la quantité ou de la consistance des pertes,
- des démangeaisons, des brûlures ou une rougeur de la vulve et du vagin,
- une odeur inhabituelle ou désagréable,
- des douleurs pendant les rapports ou en urinant.
Comme ces symptômes se chevauchent, ils permettent rarement à eux seuls d’identifier la cause avec fiabilité.
Causes courantes
Réponse courte : les causes les plus fréquentes sont la vaginose bactérienne, la mycose (candidose), la trichomonase et la vaginite atrophique liée à une carence en œstrogènes. Leur mécanisme et leur traitement ne sont pas les mêmes.
Vaginose bactérienne
La vaginose bactérienne correspond à un changement de l’équilibre bactérien vaginal. Elle peut s’accompagner de pertes plus fluides, d’une odeur plus marquée et d’un pH plus élevé.
Candidose vulvo-vaginale
La candidose est une prolifération de Candida. Elle provoque souvent des démangeaisons, des brûlures et des pertes plus épaisses, avec un pH généralement normal.
Trichomonase
La trichomonase est une infection sexuellement transmissible due à Trichomonas vaginalis. Elle peut provoquer des pertes et une irritation, mais les symptômes peuvent aussi être discrets ou peu spécifiques.
Vaginite atrophique ou liée à une carence en œstrogènes
Une baisse des œstrogènes peut rendre les tissus vaginaux plus fins et plus secs, en particulier après la ménopause et parfois pendant l’allaitement.
Pourquoi l’évaluation est importante
Des causes différentes peuvent produire des symptômes très proches. L’interrogatoire et l’examen clinique, la mesure du pH et la microscopie peuvent souvent orienter le diagnostic. Des tests moléculaires ou d’autres examens de laboratoire peuvent être utiles lorsque le doute persiste (recommandations du CDC sur les pertes vaginales). Cette évaluation est particulièrement importante avant de commencer un traitement antimicrobien.
Une odeur ne signifie donc pas automatiquement qu’il s’agit d’une vaginose, pas plus que des démangeaisons ne prouvent une mycose. L’objectif est de choisir un traitement adapté et d’éviter un traitement inutile.
Ce que signifie un « déséquilibre de la flore » ou un résultat Gardnerella
Réponse courte : un compte-rendu mentionnant un « déséquilibre de la flore » ou « Gardnerella détectée » ne suffit pas, à lui seul, à poser un diagnostic ni à décider d’un traitement antibiotique.
Un résultat de laboratoire doit être interprété avec les symptômes et les constatations de l’examen. La présence de Gardnerella vaginalis ne suffit pas à diagnostiquer une vaginose bactérienne, et la culture de G. vaginalis n’est pas un test suffisamment spécifique. Les cliniciens peuvent s’appuyer sur les symptômes, l’examen, le pH, les critères d’Amsel ou le score de Nugent pour évaluer l’ensemble de la situation (recommandations du CDC sur la vaginose bactérienne).
La prise en charge du partenaire dépend également du diagnostic. Elle n’est pas recommandée systématiquement en cas de vaginose bactérienne ou de candidose non compliquée. En cas de trichomonase, les partenaires sexuels actuels doivent être évalués et recevoir un traitement présomptif (recommandations du CDC sur la trichomonase).
Le regard clinique du Dr Aksoy : Un compte-rendu peut apporter une information utile, mais il ne remplace pas le tableau clinique. Nous regardons les symptômes et les résultats de l’examen avant de décider si un traitement est nécessaire, plutôt que de traiter automatiquement le nom d’un organisme isolé.
Le traitement dépend du diagnostic
Le traitement est choisi après avoir évalué la cause la plus probable :
- Vaginose bactérienne : du métronidazole ou de la clindamycine peuvent être prescrits par voie orale ou locale.
- Candidose : un azolé local peut être utilisé ou, dans certaines situations chez une patiente qui n’est pas enceinte, du fluconazole oral. Pendant la grossesse, les recommandations du CDC privilégient un azolé local pendant sept jours (recommandations du CDC sur la candidose).
- Trichomonase : du métronidazole ou du tinidazole par voie orale, avec évaluation et traitement présomptif des partenaires sexuels actuels (recommandations du CDC sur la trichomonase).
- Vaginite atrophique : un traitement vaginal local à base d’œstrogènes, ou une autre approche, peut être envisagé après une évaluation individuelle.
Conclusion
La vaginite n’est pas une maladie unique qui aurait un traitement unique. Ces symptômes peuvent avoir plusieurs causes. Comprendre le rôle de la flore normale aide à saisir pourquoi le pH, les lactobacilles, les hormones et les examens ciblés comptent dans le choix de la suite.
Demander une revue de dossier
Si vos pertes, votre odeur ou votre irritation ne correspondent pas à un schéma clair — ou si un compte-rendu mentionne un « déséquilibre de la flore » sans l’expliquer — un examen et des tests adaptés sont plus utiles que de deviner à partir des seuls symptômes. Vous pouvez demander une revue de dossier confidentielle si vous souhaitez un second avis sur un résultat déjà reçu.
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FAQ
Les symptômes seuls permettent-ils de connaître la cause d’une vaginite ?
En général, non. Une odeur, des démangeaisons, des pertes ou une irritation peuvent accompagner une vaginose, une mycose, une trichomonase, une irritation locale ou une carence en œstrogènes.
La vaginose bactérienne est-elle la même chose qu’une mycose ?
Non. La vaginose correspond à un changement de l’équilibre bactérien, tandis que la mycose est généralement due à une prolifération de Candida. Les traitements sont différents.
Faut-il toujours traiter le partenaire en cas de vaginite ?
Non. Cela dépend du diagnostic. En cas de trichomonase, les partenaires sexuels actuels doivent être évalués et recevoir un traitement présomptif. La vaginose bactérienne et la candidose non compliquée sont prises en charge autrement.
Pourquoi le pH vaginal compte-t-il ?
Le pH peut aider à orienter l’évaluation. Il est souvent plus élevé en cas de vaginose ou de trichomonase, tandis qu’une candidose non compliquée peut s’accompagner d’un pH normal.
Sources
- Centers for Disease Control and Prevention. Vulvovaginal - lignes directrices de traitement des IST.
- Centers for Disease Control and Prevention. Vaginose bactérienne - lignes directrices de traitement des IST.
- Centers for Disease Control and Prevention. Candidose vulvo-vaginale - lignes directrices de traitement des IST.
- Centers for Disease Control and Prevention. Trichomonase - lignes directrices de traitement des IST.
- MedlinePlus. Vaginite.
- Liu D, Zhang X, Zhao X, Che X, Song W, Wu G. Bacterial vaginosis: advancing insights into microbial dysbiosis. Crit Rev Microbiol 2025;52(1):159-175.
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