Vaginite et flore vaginale : ce qui est normal, et quand consulter

Révisé médicalement le 3 septembre 2026 - Dr. Senai Aksoy
Femme pensive dans une salle de bains méditerranéenne baignée de lumière, évoquant une approche calme et informée des symptômes vaginaux

À retenir

Chez de nombreuses femmes en âge de procréer, le microbiote vaginal est riche en lactobacilles qui contribuent à maintenir un pH acide. La vaginite désigne un ensemble de symptômes — pertes anormales, odeur, démangeaisons ou brûlures — pouvant découler d'une vaginose bactérienne, d'une mycose, d'une trichomonase, d'une irritation ou d'une carence en œstrogènes. Parce que ces manifestations se chevauchent souvent, l'histoire clinique, l'examen et des tests adaptés sont plus fiables que l'autodiagnostic. La découverte isolée de Gardnerella sur un prélèvement ne nécessite pas d'antibiotiques sans critères cliniques avérés.

Sources clés : Lignes directrices du CDC sur la vaginose bactérienne ACOG Practice Bulletin n° 215 : Vaginite chez la patiente non enceinte Liu et al. 2025 — revue sur la vaginose bactérienne et la dysbiose microbienne

Pertes et odeur : mycose ou vaginose bactérienne ? — Dr Senai Aksoy

Le vagin abrite une communauté changeante de micro-organismes, appelée flore ou microbiote vaginal. Chez de nombreuses femmes en âge de procréer, les lactobacilles contribuent à maintenir un milieu acide. Il existe aussi d’autres profils sans symptômes : un résultat de laboratoire ne suffit donc pas à classer une flore comme « saine » ou « pathologique ».

Une modification du microbiote, une infection, une irritation ou un manque d’œstrogènes peuvent provoquer des pertes inhabituelles, des démangeaisons, une odeur ou des brûlures. Comprendre que ces symptômes ont plusieurs causes possibles aide à éviter les traitements inadaptés.

Ce que fait une flore vaginale normale

Un microbiote riche en lactobacilles peut comprendre Lactobacillus crispatus, L. jensenii ou L. gasseri. Ces bactéries participent à la production d’acide lactique et à un pH vaginal acide, souvent compris entre 3,8 et 4,5 chez la femme en âge de procréer (Liu et al. 2025).

Cet environnement peut contribuer à :

Cet environnement n’est pas figé. Il fluctue naturellement sous l’effet du cycle menstruel, de la grossesse, des rapports intimes, de la prise d’antibiotiques ou de la ménopause, au gré des variations des taux d’œstrogènes.

Comparaison entre une flore vaginale dominée par les lactobacilles et le profil souvent observé en cas de vaginose bactérienne, avec les plages de pH et les symptômes associés
Comparaison visuelle : une flore dominée par les lactobacilles conserve un pH acide (3,8–4,5), tandis que la vaginose bactérienne se caractérise par une prolifération d’anaérobies et un pH supérieur à 4,5.

Ce que signifie une vaginite : signes et manifestations

La vaginite est un terme clinique global désignant une inflammation ou une infection du vagin. Il ne s’agit pas d’une maladie unique, mais d’un tableau clinique pouvant avoir des origines très différentes (Bulletin pratique ACOG n° 215).

Les manifestations les plus fréquentes comprennent :

Des affections différentes peuvent provoquer des sensations très proches. Les symptômes seuls ne suffisent donc pas toujours à identifier la cause.

Causes courantes : de la dysbiose aux infections

Parmi les causes couramment recherchées lors du bilan figurent :

Pour comparer en détail les deux motifs de consultation les plus courants, découvrez notre dossier sur les pertes, démangeaisons, odeur : mycose ou vaginose bactérienne ?.

Pourquoi l’évaluation médicale est essentielle

Il est compréhensible de penser à une mycose dès que les démangeaisons commencent. Mais si la cause est une vaginose, une trichomonase ou une irritation, un antifongique ne la traitera pas et peut retarder la bonne évaluation.

En consultation, le diagnostic associe l’histoire clinique, l’examen et un ou plusieurs tests. Aucun résultat isolé ne répond à toutes les situations (recommandations du CDC sur les pertes vaginales) :

  1. La mesure du pH vaginal : Un pH supérieur à 4,5 est fréquent en cas de vaginose ou de trichomonase, tandis qu’une candidose simple survient généralement avec un pH normal. C’est un indice, pas un diagnostic ; une trichomonase peut aussi s’accompagner d’un pH normal.
  2. L’examen direct au microscope (frottis frais) : Il peut montrer des clue cells, des éléments de levure ou des trichomonas mobiles. Un examen négatif n’exclut pas une candidose ou une trichomonase, car la sensibilité de la microscopie est limitée.
  3. Le test à la potasse (whiff test) : L’ajout d’une goutte d’hydroxyde de potassium (KOH à 10 %) libère une odeur d’amines caractéristique en cas de vaginose bactérienne.
  4. Les tests moléculaires validés (TAAN / NAAT) : Ils peuvent rechercher Trichomonas, identifier des espèces de Candida ou analyser des profils bactériens associés à la vaginose lorsque cela est indiqué. Les TAAN de la vaginose sont destinés aux femmes symptomatiques ; détecter un micro-organisme ne prouve pas toujours qu’il explique les symptômes.
Microbiote vaginal et transfert d'embryon : faut-il dépister avant ? — Dr Senai Aksoy

Ce que signifie un « déséquilibre de la flore » ou un résultat Gardnerella

Lire « déséquilibre de la flore » ou « présence de Gardnerella vaginalis » sur un compte-rendu peut inquiéter. Cette mention ne constitue pas, à elle seule, un diagnostic.

La présence de Gardnerella n’est pas synonyme de vaginose bactérienne. La bactérie peut être détectée sans symptômes ; le CDC ne recommande pas sa culture pour diagnostiquer une vaginose, car elle manque de spécificité. Les tests moléculaires de vaginose sont réservés aux femmes symptomatiques (recommandations du CDC sur la vaginose bactérienne).

La vaginose peut être diagnostiquée par au moins trois des quatre critères d’Amsel (pertes fluides et homogènes, pH supérieur à 4,5, whiff test positif et clue cells au microscope) ou par un score de Nugent compris entre 7 et 10 à la coloration de Gram.

Le regard clinique du Dr Aksoy : Un compte-rendu aide au diagnostic ; il ne prescrit pas le traitement. Si une patiente n’a pas de symptômes et que l’examen ne va pas dans le sens d’une infection, le nom isolé d’un germe peut ne pas justifier d’antibiotiques. Le résultat doit être replacé dans le tableau clinique. C’est la patiente que nous soignons, pas la feuille de laboratoire.

Faut-il traiter le partenaire ?

La question du partenaire dépend strictement du diagnostic établi :

Le traitement dépend du diagnostic confirmé

Le traitement dépend de la cause confirmée ou la plus probable. Les schémas ci-dessous sont des exemples issus des recommandations, pas des consignes d’automédication :

Impact sur la fertilité, la FIV et la grossesse

Une mycose vaginale simple n’est pas connue pour endommager les trompes. La vaginose, surtout lorsqu’elle est symptomatique pendant la grossesse, mérite une évaluation clinique :

Conseils pratiques pour préserver sa flore au quotidien

Quelques gestes simples peuvent limiter l’irritation, sans prétendre « optimiser » un résultat de microbiote :

  1. Laver uniquement la vulve externe : Utilisez de l’eau tiède ou un nettoyant doux sans savon (syndet) au pH physiologique. Ne jamais laver ni diriger d’eau à l’intérieur du vagin : le canal vaginal s’auto-nettoie en permanence.
  2. Éviter les douches vaginales : Elles sont associées à la vaginose et peuvent favoriser les récidives ; elles ne traitent ni les pertes ni les odeurs.
  3. Limiter l’humidité et les frottements prolongés : Changez de vêtement humide s’il provoque une irritation ; aucun textile particulier ne garantit une protection contre la vaginite.
  4. Utiliser les antibiotiques seulement lorsqu’ils sont prescrits : Ils peuvent modifier le microbiote vaginal et doivent répondre à une indication clinique claire.

Foire aux questions

Mes symptômes seuls suffisent-ils à déterminer la cause de mon infection ?

Non. Les pertes, démangeaisons, brûlures et odeurs se recoupent entre vaginose, candidose, trichomonase, cervicite et irritation non infectieuse. L’histoire clinique, l’examen et des tests adaptés — pH, microscopie, culture ou TAAN selon le cas — aident à identifier la cause.

La vaginose bactérienne est-elle considérée comme une IST ?

Pas au sens d’une IST classique. La vaginose bactérienne est une dysbiose vaginale, mais l’activité sexuelle et certains facteurs liés au partenaire peuvent influer sur le risque ; les données sur sa transmission continuent d’évoluer. Elle peut aussi survenir sans activité sexuelle récente.

Peut-on avoir une mycose et une vaginose bactérienne en même temps ?

Oui. Plusieurs affections peuvent être présentes en même temps. Si les symptômes persistent après un traitement, une nouvelle évaluation est plus utile que de supposer que le premier diagnostic était complet.

Pourquoi les mycoses surviennent-elles souvent après des antibiotiques ?

Les antibiotiques peuvent modifier les communautés bactériennes qui contribuent habituellement à maintenir Candida en équilibre. Une candidose devient alors plus probable chez certaines personnes, mais tout symptôme survenant après un antibiotique n’est pas forcément une mycose.

Quand faut-il consulter un médecin plutôt que d’attendre ?

Consultez sans attendre s’il s’agit d’un premier épisode, si vous êtes enceinte, si vous ressentez des douleurs pelviennes ou abdominales, si vous avez de la fièvre, ou si les symptômes récidivent fréquemment ou persistent plus de quelques jours après un traitement.

Sources

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Dr. Senai Aksoy

Le Dr Aksoy s'est formé en France avant de rentrer en Turquie, où il a été membre de l'équipe ICSI de l'hôpital Sevgi à Ankara — premier centre ICSI du pays (1994-95) — et co-auteur des premières publications turques sur l'ICSI réalisées en collaboration avec l'équipe Van Steirteghem (Bruxelles, Human Reproduction 1996, PMID 8671323). Il a contribué à créer le programme FIV de l'Hôpital Américain d'Istanbul et dirige son propre centre de fertilité depuis 1998.

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