Chirurgie de l'endométriose : excision, endométriose profonde et techniques d'épargne

Révisé médicalement le 22 mai 2026 - Dr. Senai Aksoy
Chirurgie de l'endométriose : excision, endométriose profonde et techniques d'épargne

À retenir

Pour les lésions superficielles d'endométriose, l'excision chirurgicale est préférée à l'ablation thermique (Pundir 2017, Healey 2014). L'endométriose profonde (atteinte du rectum, du sigmoïde, des uretères, de la vessie) doit être prise en charge dans des centres experts avec équipe pluridisciplinaire ; les techniques conservatrices d'épargne intestinale (shaving, excision discoïde) ont nettement moins de complications que la résection segmentaire (Bendifallah 2020). La récidive estimée à 21,5 % à 2 ans et 40-50 % à 5 ans sans traitement médical post-opératoire est significativement réduite par un traitement hormonal de fond.

Pourquoi opérer — et pourquoi pas systématiquement

La chirurgie n’est plus un passage obligé dans l’endométriose. Les recommandations ESHRE 2022 (Becker et al., Human Reproduction Open) ont réduit ses indications routinières au profit d’une approche médicale et radiologique. Elle reste cependant un outil essentiel dans plusieurs situations :

À l’inverse, la chirurgie ne doit plus être :

Cet article détaille les techniques actuelles. Pour la vue d’ensemble, voir le guide complet de l’endométriose.

Lésions superficielles : excision plutôt qu’ablation

Pour les lésions péritonéales superficielles, deux gestes sont possibles : excision (retrait complet de la lésion avec son support péritonéal) ou ablation (destruction thermique par énergie monopolaire, bipolaire, plasma ou laser).

L’excision est aujourd’hui préférée lorsque l’expertise le permet.

Les preuves

L’argument biologique

L’excision présente plusieurs avantages biologiques sur l’ablation :

La limite reste l’expertise opératoire : l’excision est techniquement plus exigeante et doit être réalisée par un opérateur entraîné.

Endométriose profonde : équipe pluridisciplinaire

L’endométriose profonde infiltrante (DIE) se définit par des lésions infiltrant la couche musculaire d’un organe (rectum, sigmoïde, vessie, uretère, vagin, cloison recto-vaginale) sur plus de 5 mm de profondeur.

Sa prise en charge doit être centralisée dans des centres experts avec :

Le bilan pré-opératoire inclut systématiquement une évaluation digestive (recto-sigmoïdoscopie ou colo-IRM), une évaluation urologique (uro-IRM, urétéroscopie selon le cas), et un bilan fonctionnel adapté.

Techniques d’épargne intestinale

Pour les atteintes du rectum et du sigmoïde, trois techniques coexistent :

Shaving (rasage)

Excision superficielle de la lésion sans ouvrir la lumière intestinale. C’est la technique la plus conservatrice.

Excision discoïde

Excision d’un disque comprenant toute l’épaisseur de la paroi intestinale, suivie d’une suture transverse. Moyennement invasive.

Résection segmentaire

Résection d’un segment d’intestin avec anastomose termino-terminale. La plus invasive — réservée aux atteintes étendues, circonférentielles, ou multifocales.

Les preuves comparatives

La méta-analyse de Bendifallah et al., 2020 (60 études) montre que le shaving a significativement moins de complications que les techniques plus invasives :

L’efficacité antalgique des trois techniques est globalement comparable. Le shaving est donc privilégié lorsque l’anatomie le permet, et la résection segmentaire réservée aux atteintes étendues sans alternative conservatrice.

Atteintes urinaires

Vessie

L’atteinte vésicale relève généralement d’une excision discoïde de la paroi vésicale suivie d’une suture en double plan, avec sondage vésical 7 à 14 jours selon l’étendue. Le risque de fistule vésico-vaginale est faible avec une technique soigneuse.

Uretères

L’atteinte urétérale peut être extrinsèque (compression par tissu péri-urétéral) ou intrinsèque (infiltration de la paroi). Les gestes varient de l’urétérolyse simple à la résection-anastomose ou la réimplantation vésicale. La pose préalable de stents urétéraux est fréquente pour sécuriser le geste.

Endométriose diaphragmatique et thoracique

L’atteinte du diaphragme et de la plèvre est rare mais possible — elle se manifeste par une douleur scapulaire cyclique ou un pneumothorax cataménial. Sa prise en charge implique souvent une équipe de chirurgie thoracique en complément de l’équipe gynécologique.

Choix de l’énergie chirurgicale

Plusieurs sources d’énergie sont utilisées en chirurgie de l’endométriose :

Le choix dépend de l’expérience du chirurgien, du site opératoire et de la disponibilité de l’équipement.

Risques opératoires à connaître

Comme toute chirurgie pelvienne complexe, la chirurgie de l’endométriose comporte des risques qui doivent être expliqués clairement :

Le niveau d’expertise du centre est l’un des principaux modulateurs de ces risques.

Récidive et prévention

La récidive est estimée à environ 21,5 % à 2 ans et 40 à 50 % à 5 ans sans traitement médical post-opératoire. Le taux dépend du stade initial, du caractère complet de l’excision, de l’âge et du contexte hormonal.

Un traitement médical de fond réduit significativement le risque de récidive :

Ce traitement est proposé après la chirurgie chez la femme sans projet immédiat de grossesse. Voir traitement de la douleur.

Chirurgie et fertilité

L’effet de la chirurgie sur la fertilité dépend du contexte :

En pratique

FAQ

Pourquoi privilégier l’excision plutôt que l’ablation ?

Les études randomisées (Pundir 2017, Healey 2014) montrent une supériorité de l’excision pour la dyschésie, la dyspareunie, la douleur pelvienne chronique et le score global de qualité de vie. L’excision permet aussi une histologie complète et limite les lésions thermiques sur le tissu sain.

Vais-je perdre une partie de mon intestin lors de la chirurgie ?

Pas systématiquement. Les techniques conservatrices (shaving, excision discoïde) sont privilégiées lorsque l’anatomie le permet. La résection segmentaire est réservée aux atteintes étendues, circonférentielles ou multifocales. La méta-analyse Bendifallah 2020 montre que le shaving a nettement moins de complications.

Combien de temps de récupération après la chirurgie ?

Pour une chirurgie laparoscopique standard d’endométriose superficielle, la reprise des activités habituelles se fait en 2 à 4 semaines. Pour une chirurgie de DIE avec résection digestive ou urologique, la convalescence peut atteindre 6 à 8 semaines selon l’étendue du geste.

Quel est le risque de récidive après chirurgie ?

Environ 21,5 % à 2 ans et 40 à 50 % à 5 ans sans traitement médical post-opératoire. Le risque est significativement réduit par un traitement hormonal de fond (contraceptif combiné en continu, diénogest ou SIU-LNG) chez la femme sans projet immédiat de grossesse.

Faut-il opérer pour améliorer la fertilité ?

Cela dépend du stade et du contexte. L’excision des lésions superficielles peut améliorer modestement les chances de grossesse spontanée. La cystectomie systématique d’endométriome avant FIV n’est en revanche pas recommandée. La décision est individualisée selon l’EFI, l’âge, la réserve ovarienne et les facteurs associés.

Comment choisir le centre où me faire opérer ?

Pour une endométriose profonde, privilégiez un centre expert avec :

Y a-t-il une alternative à la chirurgie ?

Oui. Le traitement médical par paliers (contraceptifs combinés, diénogest, agonistes de la GnRH avec add-back) est efficace pour la majorité des douleurs et doit être tenté avant d’envisager la chirurgie diagnostique pure. La chirurgie reste indiquée en cas de douleur réfractaire, d’endométriose profonde symptomatique ou de complication.

Sources

Dr. Senai Aksoy

Le Dr Aksoy s'est formé en France avant de rentrer en Turquie, où il a été membre fondateur de l'équipe ICSI de l'hôpital Sevgi à Ankara — premier centre ICSI du pays (1994-95) — et co-auteur des premières publications turques sur l'ICSI réalisées en collaboration avec l'équipe Van Steirteghem (Bruxelles, Human Reproduction 1996, PMID 8671323). Il a contribué à créer le programme FIV de l'Hôpital Américain d'Istanbul et dirige son propre centre de fertilité depuis 1998.

Profils vérifiés: PubMed ORCID LinkedIn

Le contenu a été créé par Dr. Senai Aksoy et approuvé médicalement.